Les recycleurs reprochaient aux aciéristes de ne pas payer assez cher. Les aciéristes reprochaient aux recycleurs de leur livrer de la ferraille trop sale. Le 9 septembre, les deux filières ont signé le premier Pacte Acier Vert français, à La Roche-sur-Foron, sous l’égide du ministère de l’Industrie. Avec un chiffre en ligne de mire : trois millions de tonnes d’acier français supplémentaires.
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Acier vert : ce que contient le pacte signé le 9 septembre
Federrec, la fédération professionnelle du recyclage, et l’A3M, l’Alliance des minerais, minéraux et métaux qui représente les sidérurgistes, ont paraphé mercredi 9 septembre un document qui n’existait pas jusqu’ici : un Pacte Acier Vert. La signature s’est tenue à Rochexpo, à La Roche-sur-Foron, en marge de la Journée technique nationale des recycleurs, et sous le patronage du ministère de l’Industrie.
Le texte n’est pas un contrat commercial. C’est un engagement de filière, qui fixe une cible chiffrée : porter la production nationale d’acier à 12 à 14 millions de tonnes à l’horizon 2035, contre 10,8 millions de tonnes en 2024 selon les chiffres retenus par les signataires. Soit un retour au niveau de 2018-2019, et, disent-ils, un « repositionnement de la France dans le trio de tête européen ».
Pour y parvenir, un seul chemin est envisagé : augmenter la part de l’acier produit à partir de ferraille recyclée, dans des fours à arc électrique, plutôt qu’à partir de minerai de fer fondu au coke dans un haut-fourneau.
Le four à arc électrique, seul levier disponible à court terme
Le principe est connu des sidérurgistes depuis des décennies : un four à arc électrique refond de l’acier déjà produit au lieu de le fabriquer à partir de minerai. L’écart d’émissions est considérable. Selon les chiffres avancés par Federrec et l’A3M, la voie électrique émet 0,3 à 0,6 tonne de CO₂ par tonne d’acier, contre environ 2,3 tonnes pour un haut-fourneau classique.
L’enjeu dépasse le seul bilan carbone d’une usine. La sidérurgie pèse à elle seule un quart des émissions industrielles de CO₂ de la France — un ordre de grandeur confirmé par les travaux parlementaires récents sur la décarbonation de l’industrie. Dans un pays qui dispose à la fois d’un gisement domestique de ferrailles et d’un mix électrique peu carboné, l’argument de la souveraineté se superpose naturellement à celui du climat.
Le problème n’est donc pas l’outil : il est sous-utilisé. Sur les 10,8 millions de tonnes d’acier produites en France, 4 millions seulement sortent des fours électriques, pour une capacité installée de 6 millions, souligne l’A3M. Un tiers de la capacité existante tourne à vide, faute de matière première de qualité en quantité suffisante.
37 % en France, 70 % aux États-Unis : l’ampleur du retard
Rapporté à la production totale, la « voie électrique » représente aujourd’hui environ 37 % de l’acier français. La moyenne européenne se situe autour de 45 %. Aux États-Unis, où le modèle des mini-aciéries s’est imposé dès les années 1980, la proportion approche les 70 %.
| Indicateur | France | Union européenne | États-Unis |
|---|---|---|---|
| Part de l’acier issu de fours électriques | 37 % | 45 % | ~70 % |
| Production d’acier 2024 | 10,8 Mt | — | — |
| Cible du Pacte Acier Vert | 12 à 14 Mt en 2035 | — | — |
Le vrai goulot d’étranglement : la ferraille qui part à l’étranger
Le paradoxe français tient en une phrase : le pays collecte de la ferraille, et l’exporte. En 2024, les adhérents de Federrec ont collecté 11,23 millions de tonnes et en ont vendu 10,6 millions. Le marché intérieur n’a absorbé que la moitié de ces ventes — une progression réelle par rapport aux 42 % de l’année précédente, mais qui laisse encore un volume considérable partir vers la Turquie ou l’Inde, où les aciéristes se montrent moins exigeants sur la qualité du tri.
« On était dans des relations individuelles client-fournisseur. Là, on défend l’industrie française avec une filière amont et une filière aval. C’est une première. On pourrait le faire avec d’autres filières métaux. Le cuivre, par exemple. »
Le pacte s’attaque donc moins à un problème de volume qu’à un problème de qualité et de standards. Harmoniser les cahiers des charges du tri, garantir aux aciéristes une matière conforme, sécuriser les approvisionnements dans la durée : c’est là que se joue la réussite ou l’échec de l’engagement. Un chantier technique, long, et qui suppose des investissements dans les centres de tri.
Un absent de poids pèse par ailleurs sur l’exercice : ArcelorMittal a tenu à préciser qu’il ne fait pas partie de l’A3M, dont il n’est plus adhérent depuis le début de l’année 2026. Le sidérurgiste a pourtant confirmé en février la construction à Dunkerque de ce qu’il présente comme le plus gros four électrique d’Europe.
Un pacte sans financement public à ce stade
Les deux fédérations le reconnaissent : la mise en œuvre suppose « un accompagnement » et « un soutien public », français comme européen. Aucun montant n’a été annoncé le 9 septembre. Le pacte est un cadre, pas un plan d’investissement.
Les signataires comptent en revanche sur deux dispositifs réglementaires européens déjà en place ou en cours. Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), qui impose des obligations déclaratives et financières aux importateurs d’acier, doit renchérir mécaniquement les tonnes venues de pays moins-disants sur le carbone. L’Industrial Accelerator Act, lui, vise à soutenir la demande d’acier bas carbone produit en Europe — une logique proche de celle du Buy European Act que les eurodéputés cherchent à durcir.
Reste que l’acier européen encaisse en parallèle la pression des exportations chinoises à bas prix. Comme pour le tungstène ou les autres métaux stratégiques, la question française n’est pas tant celle de la ressource que celle de la capacité à la transformer sur place plutôt qu’à l’expédier.
Federrec et l’A3M ont signé le 9 septembre 2026 le premier Pacte Acier Vert français, qui vise 12 à 14 millions de tonnes d’acier produites en France à l’horizon 2035, contre 10,8 millions en 2024. Le levier est le four à arc électrique, qui émet 0,3 à 0,6 tonne de CO₂ par tonne d’acier contre 2,3 pour un haut-fourneau, mais dont un tiers de la capacité française tourne à vide. Le nœud du dossier est la qualité du tri : la moitié des ferrailles vendues par les recycleurs français part encore à l’étranger. Aucun financement public n’est chiffré à ce stade.
Questions fréquentes sur l’acier vert
Qu’est-ce que l’acier vert ?
On appelle acier vert, ou acier bas carbone, un acier produit en émettant nettement moins de CO₂ que la filière traditionnelle du haut-fourneau. En pratique, il s’agit aujourd’hui principalement d’acier refondu dans un four à arc électrique à partir de ferraille recyclée, alimenté par une électricité peu carbonée.
Qui a signé le Pacte Acier Vert ?
Federrec, la fédération professionnelle des entreprises du recyclage, et l’A3M, l’Alliance des minerais, minéraux et métaux qui représente les sidérurgistes français. La signature a eu lieu le 9 septembre 2026 à La Roche-sur-Foron, sous l’égide du ministère de l’Industrie. ArcelorMittal, qui n’est plus adhérent de l’A3M depuis début 2026, n’en fait pas partie.
Pourquoi la France est-elle en retard sur l’acier électrique ?
La filière électrique représente environ 37 % de la production française, contre 45 % dans l’Union européenne et près de 70 % aux États-Unis. Le frein principal n’est pas l’outil industriel — un tiers de la capacité des fours électriques français est inutilisée — mais l’approvisionnement en ferraille de qualité suffisante, une large part de la matière collectée en France étant exportée.
Le pacte est-il assorti d’aides publiques ?
Non, pas à ce stade. Les signataires évoquent la nécessité d’un accompagnement et d’un soutien public français et européen, sans qu’aucun montant n’ait été annoncé. Ils s’appuient en revanche sur deux leviers réglementaires européens : le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) et l’Industrial Accelerator Act.






