Bulle de l’IA : la dette d’un data center Oracle se négocie sous sa valeur
Un prêt qui s’échange à 90 cents pour un dollar n’est pas un défaut. C’est un avertissement. Vendredi 18 septembre 2026, le Financial Times a révélé qu’environ 18 milliards de dollars de prêts adossés à un centre de données loué par Oracle au Nouveau-Mexique se négociaient entre 89 et 91 cents pour un dollar entre les banques du syndicat prêteur — parmi lesquelles l’espagnole Santander et l’américaine Jefferies.
Le signal compte parce qu’il ne vient pas du marché actions, où le débat sur la bulle de l’IA tourne en boucle depuis un an, mais du crédit. Or c’est par le crédit que se financent les campus de calcul : emprunts syndiqués adossés à des baux de très longue durée, censés être ensuite placés auprès d’un large éventail d’investisseurs. Cette dissémination a échoué. Les efforts pour céder la dette ont achoppé sur les inquiétudes liées à l’alourdissement de l’endettement d’Oracle et à la dégradation de sa qualité de crédit.
Résultat : les banques conservent dans leurs bilans davantage de dette liée aux projets d’Oracle qu’elles ne l’avaient prévu. Ni Oracle, ni Santander, ni Jefferies n’ont répondu aux sollicitations de Reuters.
Project Jupiter, un campus de 1 400 acres privé de gazoduc
Le chantier en question porte le nom de Project Jupiter. Il s’étend sur 1 400 acres — environ 570 hectares — dans le comté de Doña Ana, au Nouveau-Mexique, et s’inscrit dans l’accord plus large conclu entre Oracle et OpenAI pour fournir de la capacité de calcul dédiée à l’intelligence artificielle. Les prêts de 18 milliards de dollars ont été levés fin 2025 auprès du consortium bancaire pour lancer la construction.
Le problème n’est pas la demande de calcul. Il est physique. Le campus devait initialement être alimenté par 2,2 gigawatts de production au gaz naturel. L’office foncier de l’État a rejeté la demande visant à acheminer un gazoduc jusqu’au site. Sans cette alimentation, le calendrier de montée en puissance devient incertain — et avec lui la valeur du bail qui sert de collatéral au prêt.
S’y ajoute une opposition locale déterminée, portée par des habitants et des associations environnementales qui contestent les conséquences du projet sur leur territoire. Les recours ralentissent un chantier dont toute la logique financière repose sur la vitesse.
La bulle de l’IA ne se mesure plus au cours des actions technologiques, mais au prix auquel une banque accepte de se débarrasser d’un prêt.
Les prêteurs européens coincés avec le papier
Pour les banques européennes, l’épisode a une portée qui dépasse le Nouveau-Mexique. Santander figure au syndicat ; d’autres établissements du continent se sont positionnés ces deux dernières années sur le financement d’infrastructures de calcul, en Europe comme aux États-Unis, attirés par des marges attractives et des baux signés par des contreparties de premier rang.
Le modèle suppose que le risque circule. Quand il ne circule plus, il reste où il est né. C’est exactement ce que décrit le Financial Times : un syndicat contraint de porter plus longtemps que prévu une exposition calibrée pour être revendue. Le même mécanisme avait déjà fait trébucher Oracle en Bourse au printemps, lorsque les investisseurs avaient commencé à mettre un prix sur la facture de son expansion.
| Élément | Donnée |
|---|---|
| Montant des prêts | Environ 18 milliards de dollars |
| Prix de négociation | 89 à 91 cents pour un dollar |
| Banques citées au syndicat | Santander, Jefferies |
| Projet | Project Jupiter, 1 400 acres, comté de Doña Ana (Nouveau-Mexique) |
| Alimentation initialement prévue | 2,2 GW au gaz naturel — gazoduc refusé par l’État |
| Destination | Capacité de calcul IA dans le cadre de l’accord Oracle-OpenAI |
Jefferies, prêteur et optimiste : le paradoxe de la bulle de l’IA
Le même jour, la même maison disait autre chose. Dans une note sur les semi-conducteurs publiée jeudi, à l’issue de deux jours de rencontres avec l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement de l’IA, les analystes de Jefferies se déclaraient plus optimistes qu’avant sur la demande.
Leur argument : les craintes sur le ralentissement des lancements de modèles de pointe passent à côté du sujet. Les laboratoires concentrent désormais leurs moyens sur le déploiement et la monétisation des modèles existants — de l’inférence, pas de l’entraînement — et les nouvelles exigences de sécurité et de surveillance des systèmes d’IA pourraient créer une demande supplémentaire de puissance de calcul.
Côté Nvidia, la note décrit une offre toujours allouée, des engagements clients courant jusqu’à trois ans, et des projets de centres de données sous-tendant une croissance d’environ 70 % l’an prochain déjà validés. Les goulots d’étranglement se situent dans la mémoire, l’encapsulage CoWoS, les plaquettes et l’optique. Broadcom décrit une demande soutenue, Applied Materials des dépenses importantes en mémoire à haute bande passante.
Les deux lectures ne s’annulent pas : elles désignent deux risques distincts. La demande de calcul peut rester intacte pendant que le financement des bâtiments qui l’abritent se grippe. C’est précisément ce que révèle l’écart entre une note d’analyste enthousiaste et un prêt coté 90 cents — un décalage que l’Europe connaît bien depuis les annonces à plusieurs dizaines de milliards sur les data centers français, dont le plan de financement reste, pour l’essentiel, à écrire.
Environ 18 milliards de dollars de prêts adossés au centre de données Project Jupiter, loué par Oracle au Nouveau-Mexique, s’échangent entre 89 et 91 cents pour un dollar : les banques du syndicat, dont Santander et Jefferies, n’ont pas réussi à placer ce papier et le gardent au bilan. Le chantier de 1 400 acres, adossé à l’accord Oracle-OpenAI, a vu l’État du Nouveau-Mexique refuser le gazoduc devant alimenter ses 2,2 GW prévus. Le même jour, Jefferies jugeait la demande de calcul plus forte que jamais. La bulle de l’IA, si elle existe, se joue donc moins sur la demande que sur le financement des mètres carrés qui l’accueillent.
Questions fréquentes
Que signifie une dette cotée à 90 cents pour un dollar ?
Que le marché accepte d’acheter ce prêt à 90 % de sa valeur nominale. Ce n’est pas un défaut de paiement, mais l’expression d’un doute : les acheteurs exigent une décote pour compenser le risque perçu sur le projet ou sur l’emprunteur.
Qu’est-ce que le Project Jupiter d’Oracle ?
Un campus de centres de données de 1 400 acres situé dans le comté de Doña Ana, au Nouveau-Mexique. Il s’inscrit dans l’accord conclu entre Oracle et OpenAI pour fournir de la capacité de calcul dédiée à l’intelligence artificielle, et a été financé fin 2025 par environ 18 milliards de dollars de prêts bancaires.
Pourquoi les banques n’ont-elles pas revendu cette dette ?
Selon le Financial Times, les tentatives de cession à un plus large éventail d’investisseurs ont achoppé sur les inquiétudes liées à l’augmentation de l’endettement d’Oracle et à la détérioration de sa qualité de crédit. Les banques du syndicat conservent donc plus d’exposition que prévu à leur bilan.
La demande de calcul pour l’IA est-elle en train de ralentir ?
Pas selon Jefferies. Dans une note publiée le 17 septembre 2026, la banque décrit une demande toujours très forte, une offre Nvidia encore allouée et des engagements clients courant jusqu’à trois ans. Le point de tension se situe sur le financement des infrastructures, pas sur l’appétit pour la puissance de calcul.






