Prix de la pomme de terre : sécheresse et surcapacités prennent la filière de la frite en étau

Un quart de récolte en moins dans le nord-ouest de l'Europe, des prix contractuels signés au plus bas et une usine de frites menacée à Mouscron : la pomme de terre traverse une crise à double détente, entre pénurie au champ et trop-plein à l'usine.

Arrachage de pommes de terre dans un champ sec du nord de la France
Sommaire
  1. Mouscron : Clarebout prépare la fermeture de sa plus vieille usine de frites
  2. Récolte 2026 : les producteurs européens annoncent un quart de pommes de terre en moins
  3. Prix de la pomme de terre : de la surproduction de 2025 à la rareté de 2026
  4. Calibre, sucre, contrats : les agriculteurs pris entre deux feux
  5. Hauts-de-France : les industriels continuent pourtant d’investir
  6. La betterave sucrière subit la même sécheresse

 

Infographie : récolte de pommes de terre 2026 en baisse de 25,4 %, rendement 40,5 t/ha, Fontane à 130 €/t, 392 emplois menacés à Mouscron

Mouscron : Clarebout prépare la fermeture de sa plus vieille usine de frites

Le 8 septembre, le transformateur belge Clarebout Potatoes, repris en 2025 par le groupe américain Simplot, a annoncé un projet d’arrêt progressif de son site « Mouscron 1 », installé à la frontière franco-belge depuis 1988. L’usine, exploitée par sa filiale Mydibel, produit essentiellement des frites surgelées. Elle emploie 392 personnes, dont environ 60 % de travailleurs français, selon Le Monde.

La direction présente ce site comme le plus petit et le plus ancien du groupe, avec un coût de production à la tonne plus élevé que dans ses autres usines. Officiellement, aucune décision définitive n’est prise : la procédure belge d’information et de consultation des représentants du personnel s’est ouverte, et les syndicats doivent pouvoir proposer des alternatives. Sur le terrain, la méthode a choqué. Les salariés ont été renvoyés chez eux la veille de l’annonce, les accès du site cadenassés, avant d’apprendre la nouvelle le lendemain.

Au-delà de la vétusté, le groupe invoque un marché des produits surgelés à base de pommes de terre marqué par des surcapacités de production, une concurrence accrue et une hausse continue des coûts.

Récolte 2026 : les producteurs européens annoncent un quart de pommes de terre en moins

Paradoxe de la saison : les usines tournent en dessous de leurs capacités alors que la matière première va manquer. Selon la première estimation du North-Western European Potato Growers (NEPG), qui réunit les producteurs de Belgique, d’Allemagne, de France et des Pays-Bas, la récolte 2026 de pommes de terre de consommation pourrait tomber à 20,695 millions de tonnes, contre 27,750 millions en 2025. Une chute de 25,4 %, qui place la production 13,7 % sous la moyenne des cinq dernières années.

Deux facteurs se cumulent. Selon cette première estimation de récolte, les surfaces plantées ont reculé de 13,7 %, à 521 455 hectares, après une campagne 2025 excédentaire. Et la chaleur comme la sécheresse de juillet et d’août ont fait plonger le rendement moyen à 40,5 tonnes par hectare, contre 47 tonnes l’an dernier.

Pays Récolte 2026 estimée Évolution sur un an
Allemagne 7,550 millions de tonnes -24,3 %
France 6,485 millions de tonnes -21,5 %
Belgique 3,431 millions de tonnes -35,3 %
Pays-Bas 3,229 millions de tonnes -23,5 %
Total NEPG 20,695 millions de tonnes -25,4 %
Première estimation de la récolte 2026 de pommes de terre de consommation (source : NEPG)

Le NEPG précise que ces chiffres restent provisoires, une partie des cultures pouvant encore grossir. Mais la récolte 2026 pourrait compter parmi les plus faibles de la décennie.

« La capacité de production de Clarebout Potatoes dépasse la demande anticipée d’environ 14 à 20 %. »

— Clarebout Potatoes, communiqué cité par la VRT

Prix de la pomme de terre : de la surproduction de 2025 à la rareté de 2026

Le retournement est brutal. L’hiver dernier, la filière croulait sous les volumes : la récolte 2025 avait été abondante. La demande industrielle, elle, reculait, pénalisée par les droits de douane américains de 15 % sur les frites surgelées, un euro fort et la concurrence de la Chine, de l’Inde, de l’Égypte et de la Turquie. En janvier, des producteurs avaient déversé des tonnes de pommes de terre devant l’Assemblée nationale.

Cette surabondance s’est traduite dans les contrats. En France, l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT) a fait état d’une baisse d’environ 25 % des prix contractuels : la tonne de Fontane, variété phare de la frite, se négociait autour de 130 euros pour 2026, contre 180 euros un an plus tôt.

La sécheresse rebat désormais les cartes. Avec un quart de volumes en moins, les tubercules disponibles hors contrat deviennent plus disputés. Le NEPG anticipe une concurrence accrue pour les lots adaptés à la transformation : la demande reste forte sur le marché du frais en Europe du Sud et de l’Est, et la Grande-Bretagne, elle aussi frappée par un été chaud et sec, devrait importer pommes de terre et produits transformés. Les producteurs, eux, restent liés par des prix contractuels fixés au plus bas du cycle.

Calibre, sucre, contrats : les agriculteurs pris entre deux feux

Dans les champs du Nord, les arrachages ont commencé dès août, sur des sols durcis qu’il a parfois fallu irriguer avant de passer les machines. Le constat est partout le même : moins de pommes de terre, et plus petites. Or les cahiers des charges des industriels sont stricts sur le calibre, le taux de matière sèche et la teneur en sucre, un excès de sucre donnant des frites trop foncées à la cuisson. Les refus de lots sont attendus.

Le NEPG prévient que certains producteurs, notamment en Belgique et en France, auront du mal à livrer les tonnages prévus par leurs contrats. L’organisation demande aux transformateurs et aux négociants davantage de souplesse sur les spécifications. Elle anticipe aussi une campagne de transformation plus courte que d’habitude, et signale d’autres menaces pour le stockage : taupins, stolbur et germination précoce.

Pour les exploitants qui travaillent avec Clarebout, l’annonce de Mouscron ajoute une inquiétude : celle de perdre un débouché qu’ils pensaient sécurisé par contrat.

Hauts-de-France : les industriels continuent pourtant d’investir

La crise n’a pas refroidi tous les projets. Clarebout exploite depuis 2023 une usine à Bourbourg, près de Dunkerque, qui emploie plus de 400 salariés. À une cinquantaine de kilomètres de Mouscron, le canadien McCain engage un programme d’investissement de l’ordre de 300 millions d’euros, concentré sur son usine de Harnes, pour moderniser son outil de production du Pas-de-Calais, où il exploite aussi le site de Béthune.

La géographie de la frite se déplace ainsi vers les Hauts-de-France, au plus près des bassins de production, tandis que les unités les plus anciennes deviennent les premières variables d’ajustement. Une logique de rationalisation qui rappelle celle observée dans d’autres filières agricoles frappées par la météo, comme la vendange champenoise cette année.

La betterave sucrière subit la même sécheresse

La pomme de terre n’est pas la seule culture touchée dans la région. Le groupe sucrier Tereos, très implanté dans les Hauts-de-France, estime que le rendement de ses planteurs pourrait être inférieur de plus de 20 % à celui de 2025, en raison des fortes chaleurs et du déficit hydrique. Le groupe a annoncé une campagne sucrière ramenée à cent jours en moyenne, contre cent trente en 2025, et anticipe une production européenne de sucre à son plus bas niveau depuis trente-huit ans, selon Le Monde.

Pour les exploitations de la région, qui alternent souvent pomme de terre, betterave et maïs, la saison cumule donc les pertes sur leurs deux principales cultures industrielles. Face à ce climat devenu durablement plus chaud et plus sec, le NEPG appelle à accélérer la sélection de variétés résistantes à la chaleur, à la sécheresse et au mildiou, et à développer le stockage de l’eau et l’irrigation.

L’essentiel à retenir

La récolte 2026 de pommes de terre du nord-ouest de l’Europe est attendue à 20,7 millions de tonnes, en recul de 25,4 %, selon le NEPG. Les prix contractuels avaient pourtant chuté d’environ 25 % en France, à 130 euros la tonne de Fontane. Côté industrie, Clarebout envisage de fermer son usine de Mouscron (392 emplois), invoquant des capacités supérieures de 14 à 20 % à la demande. Les producteurs abordent la campagne avec moins de volumes, des tubercules plus petits et des contrats signés au plus bas.

 

Questions fréquentes

Pourquoi le prix de la pomme de terre est-il sous tension en 2026 ?

La récolte du nord-ouest de l’Europe devrait reculer de 25,4 %, sous l’effet d’une baisse des surfaces de 13,7 % et d’une sécheresse estivale qui a fait chuter les rendements à 40,5 tonnes par hectare, selon le NEPG. Les lots adaptés à la transformation deviennent plus disputés.

Quel est le prix contractuel de la pomme de terre à frites en France ?

Selon l’UNPT, la tonne de Fontane s’échangeait autour de 130 euros sous contrat pour 2026, contre 180 euros un an plus tôt, soit une baisse d’environ 25 %.

Pourquoi Clarebout veut-il fermer son usine de Mouscron ?

Le groupe invoque des surcapacités, une concurrence accrue et la hausse des coûts. Sa capacité de production dépasserait la demande de 14 à 20 %, et le site de Mouscron 1 est le plus petit et le plus ancien du groupe. La procédure de consultation est en cours et 392 emplois sont concernés.

Quel pays est le plus touché par la baisse de la récolte ?

La Belgique, avec une production estimée à 3,431 millions de tonnes, en recul de 35,3 %. La France suit une baisse de 21,5 %, à 6,485 millions de tonnes.