Berkshire Hathaway sans Warren Buffett : Howard prend la présidence, Greg Abel garde les commandes

Warren Buffett a quitté vendredi la présidence du conseil de Berkshire Hathaway, à 96 ans. Son fils Howard hérite du fauteuil, sans pouvoir opérationnel. Une succession bouclée sur vingt ans — et un conglomérat de plus de 1 000 milliards de dollars désormais privé de son arbitre historique.

Salle d'assemblée générale d'actionnaires vide, scène éclairée au fond

Berkshire Hathaway tourne la page Warren Buffett

C’est une ligne qui manquait encore au plan de succession le plus commenté du capitalisme mondial. Vendredi 18 septembre 2026, Berkshire Hathaway a annoncé que Warren Buffett, 96 ans, quittait la présidence de son conseil d’administration. Il prend le titre honorifique de président d’honneur et conserve son siège d’administrateur, mais n’exerce plus aucune fonction dirigeante dans la société qu’il a reprise en 1965.

Le retrait était attendu. Il intervient neuf mois après que l’investisseur a cédé la direction générale à Greg Abel, son bras droit de longue date. La bascule avait été annoncée dès 2021 pour le poste de directeur général, puis précipitée par la décision surprise de mai 2025 de fixer une date. Le conglomérat, dont la valorisation dépasse aujourd’hui les 1 000 milliards de dollars, fait figure d’exception dans un club dominé par les géants technologiques.

Dans sa lettre aux actionnaires, Warren Buffett a réglé la question avec la sobriété qui a fait sa réputation. « Le temps finit toujours par l’emporter. Il s’est toutefois montré généreux avec moi », a-t-il écrit, avant d’ajouter qu’après plus de soixante ans de carrière, il occupait « toujours le meilleur poste au monde ». Le titre a progressé de 0,4 % dans l’après-midi : le marché avait intégré l’échéance depuis longtemps.

Howard Buffett, un président taillé pour la culture maison

Le successeur n’est pas un inconnu. Howard Buffett, 71 ans, fils aîné de Warren, siège au conseil d’administration depuis 1993 — trente-trois ans d’observation, soit un apprentissage plus long que celui qu’a connu son père avant de prendre les rênes. Il devient président non exécutif, sans responsabilité opérationnelle.

Son mandat tient en une mission : préserver la culture du groupe. Celle-ci consiste d’abord à laisser les filiales gérer leurs affaires courantes sans ingérence du siège. Agriculteur, photographe, auteur d’une douzaine d’ouvrages sur la conservation, ancien shérif du comté de Macon dans l’Illinois, Howard Buffett dirige par ailleurs une fondation caritative engagée contre la faim dans le monde. Il n’a en revanche jamais dirigé de société cotée — une faiblesse relevée par une partie des analystes.

« Comparé à d’autres dynasties familiales, généralement, lorsque l’on a le fils de l’héritier présomptif, celui-ci est habituellement impliqué dans les opérations quotidiennes », observe Cathy Seifert, analyste chez CFRA Research. « Ce n’est pas le cas d’Howard Buffett. » Le conseil compte toutefois plusieurs administrateurs aguerris capables de servir de garde-fous.

Greg Abel, seul aux commandes opérationnelles

La conséquence la plus concrète de l’annonce se joue ailleurs. Greg Abel, 64 ans, directeur général depuis le début de l’année, ne disposera plus de Warren Buffett comme conseiller régulier. Entré chez Berkshire en 2000 lors du rachat de MidAmerican Energy, membre de la direction depuis 2018, il a jusqu’ici suivi la stratégie de son prédécesseur sans rupture apparente.

Il hérite d’un ensemble hétéroclite : l’assureur automobile GEICO, la compagnie ferroviaire BNSF, une constellation d’entreprises dans l’énergie, l’industrie et la distribution, la marque de glaces Dairy Queen — et un portefeuille d’actions où figurent Apple, American Express, Alphabet et Coca-Cola. Ajit Jain reste vice-président en charge de l’assurance.

« Considérez Howard comme une police d’assurance dont les actionnaires sont titulaires et qu’ils espèrent ne jamais avoir à faire valoir. »

— Warren Buffett, président d’honneur, Berkshire Hathaway

La formule dit l’essentiel du dispositif : le fils n’est pas là pour diriger, mais pour intervenir si la culture dérive. « La culture que Warren a bâtie et les valeurs qu’il a défendues resteront au cœur de Berkshire, et Howard en sera le gardien », a déclaré Greg Abel le même jour.

Ce que la gouvernance de Berkshire Hathaway change pour les actionnaires

Pour les investisseurs européens exposés au conglomérat, la question n’est pas celle d’un choc de direction mais d’une érosion progressive. La « prime Buffett » — cette valorisation supplémentaire que le marché accordait à la seule présence du fondateur — a déjà presque entièrement disparu des cours. Le sujet devient celui de l’allocation du capital sans son arbitre historique.

Fonction Titulaire Rôle depuis septembre 2026
Président d’honneur Warren Buffett, 96 ans Administrateur, sans fonction dirigeante
Président du conseil Howard Buffett, 71 ans Non exécutif, gardien de la culture
Directeur général Greg Abel, 64 ans Direction opérationnelle de l’ensemble
Vice-président Ajit Jain Supervision des activités d’assurance

Le précédent n’est pas isolé en Europe. La sortie de Leonardo Maria Del Vecchio du conseil d’EssilorLuxottica comme la bataille de gouvernance du groupe Castel rappellent que les transmissions familiales se jouent rarement sur le seul organigramme. Berkshire a au moins l’avantage d’avoir préparé la sienne sur vingt ans.

« Il s’agit avant tout d’une question de continuité », résume Michael Withers, professeur de gestion à la business school de l’université de Notre Dame. « Le défi à venir sera de voir si Abel et Howard sauront honorer l’héritage tout en laissant à Berkshire la marge de manœuvre nécessaire pour s’adapter à un marché qui semble très différent de celui que Buffett maîtrisait. » Tom Russo, associé chez Gardner, Russo & Quinn et actionnaire de longue date, est plus direct : « C’est un terrain inconnu. »

L’essentiel à retenir

Warren Buffett a quitté la présidence du conseil de Berkshire Hathaway le 18 septembre 2026 et devient président d’honneur, tout en restant administrateur. Son fils aîné Howard Buffett, 71 ans et administrateur depuis 1993, prend la présidence du conseil sans fonction exécutive : son mandat est de préserver la culture du groupe. Le pouvoir opérationnel reste entre les mains de Greg Abel, directeur général depuis le début de l’année. Pour les actionnaires, l’enjeu n’est plus la succession — elle est bouclée — mais la capacité du duo à allouer le capital d’un conglomérat de plus de 1 000 milliards de dollars sans son arbitre historique.

 

Questions fréquentes

Warren Buffett quitte-t-il complètement Berkshire Hathaway ?

Non. Il abandonne la présidence du conseil d’administration et prend le titre de président d’honneur, mais il reste administrateur. Il n’exerce en revanche plus aucune fonction dirigeante depuis qu’il a cédé la direction générale à Greg Abel au début de l’année 2026.

Qui dirige réellement Berkshire Hathaway désormais ?

Greg Abel, 64 ans, directeur général depuis le début de l’année 2026. Howard Buffett préside le conseil sans fonction exécutive, et Ajit Jain reste vice-président en charge des activités d’assurance.

Quel est le rôle exact d’Howard Buffett comme président du conseil ?

Un rôle non exécutif centré sur la préservation de la culture d’entreprise : autonomie laissée aux filiales, priorité aux actionnaires, horizon long. Warren Buffett l’a lui-même décrit comme une « police d’assurance » que les actionnaires espèrent ne jamais avoir à faire valoir.

Que possède Berkshire Hathaway ?

Le conglomérat détient notamment l’assureur automobile GEICO, la compagnie ferroviaire BNSF, la marque de glaces Dairy Queen et de nombreuses entreprises dans l’énergie, l’industrie et la distribution. Il détient également un portefeuille d’actions cotées comprenant Apple, American Express, Alphabet et Coca-Cola.