Le rapport mensuel des prix américains est tombé vendredi, à quatre jours d’une réunion de la Réserve fédérale dont personne ne connaît l’issue. Il ne laisse guère de marge à Kevin Warsh : la facture énergétique se diffuse plus vite que le pouvoir d’achat ne résiste. Et l’Europe, qui vient elle-même de relever ses taux, regarde la scène de très près.
Un mois d’août sans répit à la caisse
L’indice des prix à la consommation publié par le Bureau of Labor Statistics a progressé de 0,4 % en août, après une hausse de seulement 0,1 % en juillet. Sur douze mois, la hausse ressort à 3,4 %, exactement le même rythme que le mois précédent. Autrement dit : l’inflation américaine ne s’emballe pas, mais elle ne reflue plus non plus, alors que la cible officielle de la banque centrale reste fixée à 2 %.
Le détail est moins rassurant que le chiffre d’ensemble. L’inflation dite sous-jacente, qui exclut l’alimentation et l’énergie parce que ces deux postes sont les plus volatils, a gagné 0,3 % sur le mois — sa plus forte progression depuis avril, et un dixième de point au-dessus des attentes des économistes pour le deuxième mois d’affilée. C’est précisément cette mesure que la Fed surveille, parce qu’elle indique si la hausse des prix s’est installée dans le reste de l’économie ou si elle reste cantonnée au pétrole.
| Indicateur (août 2026) | Sur un mois | Sur douze mois |
|---|---|---|
| Indice des prix à la consommation (CPI) | + 0,4 % | + 3,4 % |
| Inflation sous-jacente (hors énergie et alimentation) | + 0,3 % | + 2,4 % |
| Essence | + 3,9 % | — |
| Autres carburants (dont diesel) | + 9,6 % | + 44 % |
| Alimentation | + 0,1 % | + 2,7 % |
| Salaire horaire moyen corrigé de l’inflation | — | − 0,3 % |
Inflation américaine : les carburants font presque tout le travail
Un seul poste explique plus d’un tiers de la hausse mensuelle : l’essence, qui a bondi de 3,9 % après deux mois consécutifs de baisse. Les autres carburants, diesel en tête, ont grimpé de 9,6 % sur le seul mois d’août et de 44 % sur un an. Début septembre, la moyenne nationale du gazole a franchi pour la première fois le seuil des 6 dollars le gallon — environ 3,8 litres —, contre 3,50 dollars en début d’année.
La cause est connue : la reprise des hostilités entre Washington et Téhéran autour du détroit d’Ormuz a ramené le baril au-dessus de 100 dollars. Le rapport d’août ne capture même pas encore la totalité de ce rebond, puisqu’il s’arrête avant les dernières envolées de la première quinzaine de septembre. Le renchérissement se lit déjà ailleurs dans l’indice : les billets d’avion ont augmenté de 2,7 %, conséquence directe d’un carburant aéronautique dont le prix pèse désormais lourdement sur les compagnies.
Le reste du panier tient mieux. Les prix alimentaires n’ont progressé que de 0,1 % pour le deuxième mois consécutif, les fruits et légumes ont même reculé de 0,4 %, et les coûts de santé se sont détendus. Mais ces respirations ne compensent pas : sur un an, la hausse des prix dépasse celle des salaires. Les rémunérations horaires moyennes corrigées de l’inflation ont baissé de 0,3 % en douze mois, un recul qui se répète pour le cinquième mois d’affilée.
« Entre la hausse des coûts d’emprunt, une inflation qui ne montre aucun signe de ralentissement et un chef de l’État qui réclame des baisses de taux, le président Warsh se retrouve pris entre le marteau et l’enclume. »
— Chris Zaccarelli, directeur des investissements, Northlight Asset Management
Kevin Warsh coincé entre les prix et la Maison-Blanche
Le taux directeur de la Fed évolue entre 3,50 % et 3,75 % depuis décembre. Les investisseurs parient désormais à plus de 85 % sur un relèvement d’un quart de point à l’issue de la réunion des 15 et 16 septembre, selon l’outil CME FedWatch — contre environ 70 % la veille de la publication du rapport. Ce serait la première hausse depuis l’été 2023.
L’incertitude, elle, reste inhabituelle à si peu de jours d’une décision. « L’incertitude entourant cette réunion n’est pas inédite mais rare », relève Mark Zandi, économiste chez Moody’s, qui l’attribue à la fois à des divergences réelles entre responsables monétaires et à la discrétion du nouveau président de l’institution. Kevin Warsh a pris la tête de la Fed au printemps, nommé par un Donald Trump qui réclame publiquement des taux plus bas, à quelques semaines d’élections de mi-mandat. Le moral des ménages, mesuré par l’université du Michigan, est retombé à 47,8 début septembre contre 51,7 en août — un plus bas proche du record de mai.
Un point mérite d’être noté : les taux longs américains montent déjà, sans attendre la banque centrale. Le rendement du bon du Trésor à dix ans frôlait 5 % vendredi. Le renchérissement du crédit aux entreprises et aux ménages est donc en partie acquis, quelle que soit la décision de mercredi.
Ce que l’inflation américaine change pour l’Europe
L’Europe n’assiste pas à ce mouvement de loin : elle vient d’y entrer. Le 10 septembre, le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne a relevé ses trois taux directeurs d’un quart de point. Le taux de la facilité de dépôt, celui qui pilote réellement la politique monétaire de la zone euro, passe à 2,50 % à compter du 16 septembre, après 2,25 % depuis juin. Il était encore à 2 % il y a un an, lorsque la BCE choisissait de maintenir ses taux inchangés.
Deux banques centrales qui resserrent en même temps, c’est un coût du capital qui remonte des deux côtés de l’Atlantique pour les entreprises européennes — celles qui empruntent en euros comme celles qui financent leurs filiales américaines en dollars. Le déclencheur est largement commun : le choc énergétique venu d’Ormuz nourrit aussi les prix européens, comme l’a montré l’inflation allemande de 2,9 % en août. Pour les exportateurs du continent, la question des prochains mois est moins celle du niveau des taux que celle de leur écart : c’est lui qui déterminera la parité euro-dollar, donc la compétitivité de ce qui part des ports européens vers les États-Unis.
L’inflation américaine est restée à 3,4 % sur un an en août 2026, avec une accélération mensuelle à 0,4 % portée aux deux tiers par les carburants. L’inflation sous-jacente, à 0,3 % sur le mois, signale une diffusion au-delà de l’énergie. Les marchés attribuent plus de 85 % de probabilité à une hausse des taux de la Fed les 15 et 16 septembre. Côté européen, la BCE a déjà tranché : son taux de dépôt monte à 2,50 % le 16 septembre. Pour les entreprises du continent, le crédit se renchérit des deux côtés de l’Atlantique.
Questions fréquentes
À combien s’élève l’inflation américaine en août 2026 ?
L’indice des prix à la consommation a augmenté de 0,4 % sur un mois et de 3,4 % sur douze mois. L’inflation sous-jacente, hors énergie et alimentation, s’établit à 0,3 % sur le mois et 2,4 % sur un an.
Pourquoi la Fed envisage-t-elle de relever ses taux plutôt que de les baisser ?
Parce que l’inflation ne reflue plus vers la cible de 2 % et que le choc énergétique lié au conflit autour du détroit d’Ormuz se propage au-delà des carburants. Relever le taux directeur vise à refroidir la demande pour éviter que la hausse des prix ne s’installe durablement.
Quand la Réserve fédérale rend-elle sa décision ?
Le comité de politique monétaire se réunit les 15 et 16 septembre 2026. Le taux directeur se situe actuellement entre 3,50 % et 3,75 %, niveau inchangé depuis décembre.
Quelles conséquences pour les entreprises européennes ?
La BCE ayant elle-même relevé son taux de dépôt à 2,50 % à compter du 16 septembre, le coût du crédit augmente simultanément en zone euro et aux États-Unis. L’écart entre les deux politiques monétaires influencera la parité euro-dollar, et donc la compétitivité des exportations européennes.






