Spread OAT-Bund : la France franchit la barre des 100 points de base et emprunte plus cher que l’Italie

Pour la première fois depuis la crise de la zone euro en 2012, la France paie plus d'un point d'intérêt de plus que l'Allemagne pour emprunter à dix ans. Un signal de défiance qui tombe à quelques jours de la présentation du budget 2027.

Quartier d'affaires parisien sous un ciel nuageux à l'aube
Sommaire
  1. Spread OAT-Bund : le seuil des 100 points de base franchi
  2. Qu’est-ce que l’écart de taux entre la France et l’Allemagne ?
  3. Pourquoi la France décroche plus que ses voisins
  4. La France paie désormais plus cher que l’Italie
  5. Quelles conséquences pour les finances publiques et les ménages ?
  6. Jusqu’où peut aller l’écart ?

 

Spread OAT-Bund : le seuil des 100 points de base franchi

Vendredi 18 septembre, la prime que la France doit payer pour emprunter à dix ans par rapport à l’Allemagne a dépassé 100 points de base, soit un point de pourcentage. Selon Reuters, l’écart a atteint 104 points de base, avec un pic à environ 105 points en séance. Un tel niveau n’avait plus été observé depuis 2012, au plus fort de la crise des dettes souveraines de la zone euro.

Lundi 21 septembre, l’écart était revenu autour de 99 points de base en fin de journée, selon les données de Tradeweb, avec une OAT à dix ans proche de 4,45 % à 4,47 % et un Bund allemand autour de 3,46 %. Le recul reste modeste : le seuil symbolique a été franchi, et le marché le sait.

Qu’est-ce que l’écart de taux entre la France et l’Allemagne ?

Le spread OAT-Bund mesure la différence de rendement entre l’obligation d’État française à dix ans (l’OAT, émise par l’Agence France Trésor) et son équivalent allemand, le Bund. L’Allemagne sert de référence parce que sa dette est considérée comme la plus sûre de la zone euro. Plus l’écart est large, plus les investisseurs réclament une compensation pour détenir de la dette française plutôt qu’allemande.

Un point de base vaut 0,01 point de pourcentage. Un spread de 100 points signifie donc que, pour une même durée, Paris paie environ un point d’intérêt de plus que Berlin sur chaque nouvel emprunt. Sur un marché où l’État émet des centaines de milliards d’euros de titres chaque année, l’écart finit par peser lourd dans le budget.

Obligation à 10 ans Rendement approximatif (21 septembre 2026)
Allemagne (Bund) environ 3,46 %
Italie (BTP) environ 4,37 %
France (OAT) environ 4,45 à 4,47 %
Écart France-Allemagne environ 99 points de base (104 le 18 septembre)

Niveaux indicatifs, relevés à des heures de cotation différentes selon les sources.

Pourquoi la France décroche plus que ses voisins

Le mouvement s’inscrit dans une vague mondiale de ventes d’obligations, nourrie par des craintes d’inflation liées à la nouvelle flambée des cours du pétrole, dans un contexte de reprise des tensions au Moyen-Orient. Mais la dette française a réagi plus fort que celle des autres économies développées. D’après BFM Business, l’écart avec l’Allemagne a doublé depuis les législatives anticipées de juin 2024, et il s’est creusé d’une quarantaine de points de base depuis juin dernier, bien davantage que le spread italien sur la même période.

« La France a de réels problèmes et ils ne seront pas résolus de sitôt. »

— David Zahn, responsable des titres à revenu fixe européens chez Franklin Templeton, cité par BFM Business

Trois facteurs sont avancés par les investisseurs. Le premier est budgétaire : le gouvernement de Sébastien Lecornu vise un déficit public de 5 % du PIB en 2027, contre 5,4 % attendu cette année, au prix d’un effort d’environ 54 milliards d’euros, que le Parlement devra adopter dans une Assemblée sans majorité. Le deuxième tient à la conjoncture : la prévision de croissance pour 2026 a été abaissée à 0,5 %, contre 0,7 % en juillet, ce qui complique mécaniquement le redressement des comptes (voir notre article sur la croissance nulle du deuxième trimestre). Le troisième est le calendrier politique, avec l’examen du projet de loi de finances 2027 à l’automne puis l’élection présidentielle de mai 2027, qui entretient l’incertitude sur les orientations budgétaires futures.

La France paie désormais plus cher que l’Italie

C’est sans doute le signal le plus parlant. Au 21 septembre, l’OAT à dix ans rapportait environ 8 à 10 points de base de plus que le BTP italien. L’Italie affiche pourtant un endettement public plus élevé et des notes de crédit inférieures. Le marché sanctionne moins le niveau de la dette que la difficulté de Paris à en inverser la trajectoire. Les agences de notation l’ont déjà relevé, à l’image de Fitch, qui a maintenu la note A+ tout en relevant sa prévision de dette.

Quelles conséquences pour les finances publiques et les ménages ?

Un spread plus large rend chaque nouvel emprunt plus coûteux et alourdit la charge de la dette, déjà devenue l’un des premiers postes de dépenses de l’État. La France doit en outre refinancer une large part des titres émis pendant la crise sanitaire à des taux très bas. Les économistes redoutent un effet « boule de neige » : quand le taux d’intérêt payé sur la dette dépasse durablement la croissance, le ratio d’endettement augmente mécaniquement, sauf à dégager un excédent budgétaire hors intérêts, ce qui paraît hors de portée à court terme. Le passage de l’OAT au-dessus de 4 % cet été, que nous avions analysé dans cet article sur la dette publique française, en constituait un premier avertissement.

Les taux souverains servent aussi de base au crédit privé. Une OAT durablement plus chère tend à se répercuter, avec retard, sur les taux des crédits immobiliers et sur le coût de financement des entreprises françaises.

Jusqu’où peut aller l’écart ?

Les avis divergent. Pour Chris Jeffery, responsable de la stratégie macroéconomique chez L&G, cité par BFM Business, la prime offerte finit par devenir suffisante pour rémunérer le risque souverain, sauf à anticiper un scénario catastrophe. Le gestionnaire a d’ailleurs clôturé une position qui pariait sur la baisse des obligations françaises. D’autres analystes jugent au contraire qu’une chute du gouvernement, qui laisserait la France sans budget, ou un regain d’incertitude électorale pourrait élargir encore l’écart. La Société Générale n’exclut pas un spread de 120 points de base.

L’essentiel à retenir

Le spread OAT-Bund a dépassé 100 points de base le 18 septembre 2026 (104 selon Reuters), une première depuis 2012, avant de revenir vers 99 points le 21 septembre. La France emprunte désormais à dix ans plus cher que l’Italie. En cause : un déficit attendu à 5,4 % du PIB en 2026, une croissance révisée à 0,5 % et l’incertitude autour du budget 2027. La Société Générale n’exclut pas un écart de 120 points.

 

FAQ

Qu’est-ce que le spread OAT-Bund ?

C’est l’écart de rendement entre l’obligation d’État française à dix ans (OAT) et l’obligation allemande de même durée (Bund). Il mesure la prime exigée par les investisseurs pour détenir de la dette française plutôt qu’allemande.

À combien s’élève l’écart de taux entre la France et l’Allemagne ?

Il a atteint 104 points de base le 18 septembre 2026 selon Reuters, une première depuis 2012, puis environ 99 points le 21 septembre.

La France emprunte-t-elle plus cher que l’Italie ?

Oui. Au 21 septembre 2026, l’OAT à dix ans rapportait environ 4,45 % à 4,47 %, contre environ 4,37 % pour le BTP italien.

Pourquoi un spread élevé est-il un problème ?

Il renchérit les nouveaux emprunts de l’État, alourdit la charge de la dette et peut se répercuter sur les taux des crédits aux ménages et aux entreprises.