Stellantis à Hordain : un milliard d’euros pour préparer la relève de ses utilitaires

Plus d'un milliard d'euros pour un nouvel utilitaire et une partie de la production rapatriée : selon Bloomberg, Stellantis prépare l'avenir de son usine nordiste. Le groupe ne confirme pas encore, mais le calendrier de sa division utilitaires parle pour lui.

Chaîne d'assemblage robotisée d'utilitaires dans une usine automobile

Stellantis à Hordain : ce que révèle Bloomberg

L’information est sortie le 11 septembre, par l’agence Bloomberg, qui s’appuie sur des sources proches du dossier : Stellantis envisagerait d’investir plus d’un milliard d’euros pour produire un nouvel utilitaire sur son site d’Hordain, près de Valenciennes, dans le Nord. L’enveloppe servirait à moderniser l’usine, mais aussi à financer de la recherche et développement dans d’autres implantations françaises du groupe.

Le projet comporte un volet moins visible, et pourtant décisif : le constructeur compterait réinternaliser une partie de la production aujourd’hui sous-traitée, en misant davantage sur l’automatisation de la ligne. Autrement dit, rapatrier dans ses murs des opérations confiées jusqu’ici à des prestataires, et rendre le site plus productif pour absorber ce surcroît d’activité.

Le groupe aux quatorze marques (Peugeot, Citroën, Fiat, Opel, Jeep…) n’a rien confirmé. Interrogée par La Tribune, l’entreprise a seulement indiqué que toute annonce, s’il devait y en avoir une, serait d’abord présentée aux instances représentatives du personnel du site.

Le successeur du K0, pièce maîtresse de Stellantis Pro One

Hordain, l’ancien site Sevelnord, est le principal centre européen du groupe pour les utilitaires de taille moyenne. On y assemble la famille dite K0 : Peugeot Expert, Citroën Jumpy, Fiat Scudo, Opel Vivaro, ainsi que le Toyota Proace, fruit d’un partenariat avec le constructeur japonais. La génération actuelle de ces fourgons est commercialisée depuis 2016.

Selon le Journal de l’Automobile, le remplacement de cette gamme interviendrait en 2030, sur une plateforme inédite qui devrait faire la part belle à l’électrique. Le calendrier colle avec la feuille de route de Stellantis Pro One, la division utilitaires du groupe, qui a annoncé en mai onze nouveaux modèles d’ici à 2030. Le 14 septembre, au salon IAA Transportation de Hanovre, cette division a d’ailleurs présenté trois premières mondiales : un Smart Compact Van, le concept de véhicule autonome BOW et une nouvelle version du Fiat TRIS.

« Si l’information de Bloomberg est vraie et confirmée, c’est une bonne chose. »

— Laurent Oechsel, délégué syndical central CFE-CGC Stellantis, à La Tribune

Une usine taillée pour la cadence

Le site n’a rien d’une usine en sommeil. En 2025, il a produit environ 151 000 véhicules, soit 620 à 630 par jour, avec quelque 2 643 salariés répartis en trois équipes, dont une de nuit. Deux tiers de la production sont des utilitaires, le tiers restant des versions destinées au transport de passagers (combis, navettes).

Indicateur Usine d’Hordain
Production 2025 environ 151 000 véhicules
Cadence quotidienne 620 à 630 véhicules
Effectifs environ 2 643 salariés, 3 équipes
Part thermique (diesel) 84 % de la production
Véhicules passant par l’atelier de personnalisation 1 utilitaire sur 2
Modèles assemblés Expert, Jumpy, Scudo, Vivaro, Proace

Son atout distinctif est le Custom Fit Center, un atelier qui aménage les véhicules directement en sortie de chaîne pour les artisans, les flottes d’entreprise ou les services publics. Selon les données publiées cet été, un utilitaire sur deux y transite. Pour le groupe, c’est une source de marge : le client reçoit un véhicule prêt à l’emploi sans passer des semaines chez un carrossier extérieur.

Réinternaliser et automatiser : le pari industriel

La réinternalisation évoquée par Bloomberg s’inscrit dans un contexte de concurrence serrée. Hordain doit composer avec les constructeurs asiatiques, mais aussi avec une concurrence interne : l’usine turque de Tofas, partenaire du groupe, affiche des coûts de main-d’œuvre bien inférieurs, comme le relevait Caradisiac en juillet. Automatiser davantage le site est la manière classique de réduire cet écart sans délocaliser.

Le mix énergétique pèse aussi. Avec 84 % de diesel, la production d’Hordain reste très thermique, alors que les règles européennes sur les émissions de CO2 s’appliquent aussi aux utilitaires. En juillet 2025, le directeur général Antonio Filosa avait pointé le manque de vigueur du marché des fourgons électriques et le risque de lourdes amendes, de quoi nourrir les inquiétudes sur l’avenir de sites comme celui-ci. Un nouveau modèle, sur une base conçue pour l’électrique, répondrait directement à cette menace.

La stratégie France de Stellantis sous Antonio Filosa

L’investissement nordiste compléterait un premier engagement. Au printemps, Stellantis avait annoncé plus d’un milliard d’euros en France, notamment pour produire à Mulhouse trois futurs modèles Peugeot électriques ou hybrides à partir de 2029, et pour financer de la R&D dans l’Hexagone. Ces annonces découlent du plan stratégique FaSTLAne 2030, présenté le 21 mai et doté de plus de 60 milliards d’euros d’investissements sur cinq ans, censé redresser le groupe après les lourdes pertes de 2025 (une perte de 22 milliards d’euros).

Le groupe compte en France quatre usines de production automobile sur les 42 qu’il exploite dans le monde : Mulhouse, Sochaux, Rennes et Hordain. Elles ont assemblé 661 000 véhicules en 2025, sur 5,5 millions au niveau mondial. Le contraste avec l’Allemagne est frappant, où Volkswagen a acté la suppression de 100 000 postes d’ici 2030 : chez Stellantis, l’utilitaire reste un segment rentable, sur lequel le groupe a intérêt à consolider ses positions européennes plutôt qu’à réduire la voilure.

L’essentiel à retenir

Selon Bloomberg, Stellantis envisage d’investir plus d’un milliard d’euros à Hordain (Nord) pour produire un nouvel utilitaire, avec une part de production réinternalisée et davantage d’automatisation. L’usine a sorti environ 151 000 véhicules en 2025 avec 2 643 salariés. Le successeur de la gamme Expert-Jumpy est attendu vers 2030. Le groupe n’a pas confirmé : l’annonce officielle passerait d’abord par les représentants du personnel.

 

FAQ

Combien Stellantis veut-il investir à Hordain ?

Selon l’agence Bloomberg, plus d’un milliard d’euros, pour moderniser l’usine et financer de la recherche et développement ailleurs en France. Stellantis n’a pas confirmé ce montant.

Quels véhicules sont fabriqués à l’usine Stellantis d’Hordain ?

Les utilitaires moyens Peugeot Expert, Citroën Jumpy, Fiat Scudo, Opel Vivaro et Toyota Proace, ainsi que leurs versions de transport de passagers.

Combien de salariés travaillent à Hordain ?

Environ 2 643 salariés, répartis en trois équipes, pour une production d’environ 151 000 véhicules en 2025.

Quand arrivera le nouvel utilitaire ?

Aucune date officielle n’a été communiquée. Selon le Journal de l’Automobile, le remplaçant de la gamme actuelle interviendrait en 2030.