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Reprise de Duralex : trois offres sur la table du tribunal
La verrerie de La Chapelle-Saint-Mesmin (Loiret), connue dans le monde entier pour ses verres réputés incassables, est de nouveau à vendre. Placée en redressement judiciaire le 1er juin 2026, la société Duralex a reçu trois offres de reprise, examinées pour la première fois le 17 septembre devant le tribunal de commerce d’Orléans. La date limite de dépôt avait été repoussée du 6 août au 11 septembre pour laisser aux candidats le temps de compléter leurs dossiers.
Selon Le Monde, Bercy juge deux de ces offres « industrielles intéressantes ». Les représentants des salariés sont sortis de ce premier échange avec la perspective d’une issue favorable, mais sans illusion sur le coût social de l’opération.
| Candidat | Profil | Postes conservés (sur 220) |
|---|---|---|
| Cédric Meston (holding Tomé) | Repreneur d’entreprises en difficulté, cofondateur de Happyvore, repreneur de Tupperware France en 2025 | environ 155 (environ 70 départs) |
| Groupe Carlesimo | Groupe stéphanois de fonderies et de transformation des métaux | 125 (environ 100 suppressions) |
| AA Investments | Société de gestion d’actifs basée à Hongkong, intéressée surtout par la marque | quasiment aucun |
La première offre est portée par Cédric Meston, 32 ans, ancien consultant de McKinsey et cofondateur de la marque de protéines végétales Happyvore. Depuis deux ans, il s’est spécialisé dans le redressement d’entreprises en difficulté et a notamment repris Tupperware France en 2025. Son projet pour Duralex prévoit le maintien du site et un réinvestissement significatif dans l’outil de production, financé par un tour de table auprès d’investisseurs privés, sans recours aux banques.
La deuxième vient du groupe Carlesimo. Jonathan Carlesimo, 30 ans, l’a bâti en une dizaine d’années à partir d’une fonderie familiale, en rachetant plusieurs fonderies, souvent à la barre du tribunal. Il avait déjà tenté de reprendre Duralex en 2024, mais les juges lui avaient alors préféré le projet de coopérative porté par les salariés. La troisième candidature, celle d’AA Investments, également spécialisée dans le rachat d’entreprises en difficulté, vise avant tout la marque et non l’usine.
L’emploi, ligne de partage entre les candidats
Pour les salariés, tout se joue sur le nombre de postes sauvés. Selon Le Monde, le site en compte aujourd’hui 220, contre 243 au début de l’année. Même l’offre la plus favorable prévoit environ 70 départs, ce qui inquiète les ouvriers sur la capacité de l’usine à tourner : sur les cinq lignes de production du site, deux au plus ont fonctionné ces dernières années.
« C’est le cinquième redressement judiciaire pour la boîte, et j’ai vécu les cinq ! »
— Pascal Colichet, salarié de la maintenance et militant CGT, cité par Le Monde
La CGT du Loiret a prévenu qu’elle se battrait pour la reprise de la totalité des emplois. Le tribunal devra pourtant arbitrer entre deux critères classiques des procédures collectives : le maintien de l’activité et de l’emploi, et la solidité financière du repreneur. Un projet qui garde davantage de salariés mais repose sur un financement fragile peut se révéler, à terme, plus risqué pour le site.
Comment la SCOP Duralex en est arrivée là
Fondée en 1945, Duralex a connu une succession de propriétaires et de crises. Reprise en 2021 par La Maison française du verre, maison mère de Pyrex, elle a été frappée l’année suivante par la flambée des prix de l’énergie, poste décisif pour une verrerie dont les fours tournent en continu. L’État lui avait alors accordé un prêt direct de 15 millions d’euros.
En 2024, le tribunal a confié l’entreprise à ses salariés, organisés en société coopérative et participative (SCOP) avec le soutien de la région Centre-Val de Loire et d’Orléans Métropole. Environ 60 % des salariés ont investi dans la coopérative. Mais celle-ci n’a jamais réuni les 15 millions d’euros jugés nécessaires à sa relance. En novembre 2025, une levée de fonds citoyenne a pourtant récolté 7 millions d’euros, preuve de l’attachement du public à la marque.
Le retournement est venu au printemps 2026. Le directeur général François Marciano, figure de la reprise en coopérative, et son fils Antoine, directeur financier, ont été écartés, tandis qu’un audit était lancé sur la trésorerie. La direction a invoqué une forte hausse des stocks en début d’année, des ruptures sur des produits emblématiques et le coût de l’énergie et des matières premières. Selon Le Monde, l’audit a conclu à « une situation critique et des erreurs de gestion », sans malversation apparente, mais le parquet d’Orléans a ouvert une enquête et mené des perquisitions début septembre.
Ce que la reprise de Duralex dit de l’industrie française
Le dossier illustre une difficulté récurrente : une marque populaire ne suffit pas à faire vivre une usine. Une verrerie est une industrie de volume, aux coûts fixes élevés et très sensible au prix du gaz et de l’électricité. Le repreneur APAr s’est d’ailleurs retiré cet été en jugeant « démesuré » le niveau d’investissement nécessaire pour remettre l’outil à niveau, selon BFM Business.
Le choix du tribunal sera aussi scruté pour ses implications au-delà du Loiret. Les reprises d’actifs industriels à la barre ont laissé de mauvais souvenirs ces dernières années, lorsque les engagements d’investissement n’ont pas été tenus, comme l’a montré le cas de Valdunes, deux ans après sa reprise par Europlasma. La solidité du financement promis pèsera donc autant que le nombre d’emplois affiché.
Prochaine étape : l’audience du 12 octobre
Une nouvelle audience est prévue le 12 octobre devant le tribunal de commerce d’Orléans. D’ici là, les candidats peuvent améliorer leurs offres, notamment sur le volet social. L’enquête judiciaire sur la gestion de la coopérative se poursuit en parallèle, indépendamment du choix du repreneur.
Trois candidats se disputent la reprise de Duralex : Cédric Meston (environ 155 postes conservés sur 220), le groupe Carlesimo (125) et AA Investments, qui ne garderait quasiment personne. Deux ans après sa transformation en SCOP, la verrerie paie une trésorerie jamais consolidée. Le tribunal de commerce d’Orléans se réunit de nouveau le 12 octobre.
Questions fréquentes sur la reprise de Duralex
Qui sont les candidats à la reprise de Duralex ?
Trois offres ont été déposées : celle de l’entrepreneur Cédric Meston via sa holding Tomé, celle du groupe de fonderies stéphanois Carlesimo, et celle d’AA Investments, société de gestion d’actifs basée à Hongkong.
Combien d’emplois seraient conservés ?
Sur 220 postes, l’offre de Cédric Meston en conserverait environ 155 et celle de Carlesimo 125. AA Investments n’en garderait quasiment aucun.
Pourquoi Duralex est-elle en redressement judiciaire ?
La coopérative créée en 2024 n’a jamais réuni les 15 millions d’euros jugés nécessaires à sa relance. Hausse des stocks, ruptures de produits, coût de l’énergie et erreurs de gestion relevées par un audit ont épuisé sa trésorerie en 2026.
Quand le tribunal doit-il se prononcer ?
Une nouvelle audience est prévue le 12 octobre 2026 devant le tribunal de commerce d’Orléans.






