Nucléaire en Europe : von der Leyen présente une stratégie SMR pour faire de l’UE un hub mondial de l’énergie bas-carbone

La Commission européenne dévoile sa stratégie pour les réacteurs modulaires (SMR) : garantie de 200 millions d'euros, objectif 2030, et budget de 5 milliards pour la fusion. Von der Leyen qualifie le recul du nucléaire européen d'« erreur stratégique ».

L’essentiel à retenir

La Commission européenne a dévoilé le 9 mars 2026 sa stratégie pour les réacteurs modulaires de petite taille (SMR), incluant une garantie de 200 millions d’euros financée par le marché carbone (ETS). Objectif : rendre les SMR opérationnels en Europe dès le début des années 2030. Von der Leyen a qualifié la réduction du nucléaire en Europe de « erreur stratégique » et entend faire du continent un hub mondial de l’énergie nucléaire de nouvelle génération. Un budget de plus de 5 milliards d’euros est également proposé pour la recherche sur la fusion dans le prochain budget pluriannuel de l’UE.

 

Le nucléaire européen, de « l’erreur stratégique » à la relance

À Paris, lors du sommet international sur l’énergie nucléaire civile organisé les 9 et 10 mars 2026, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a prononcé un discours qui marque un tournant dans la politique énergétique européenne. « C’était une erreur stratégique pour l’Europe de tourner le dos à une source d’énergie fiable, abordable et à faibles émissions », a-t-elle déclaré devant les chefs d’État et les représentants de l’industrie réunis à Paris.

Le diagnostic est sans équivoque : depuis 1990, la part du nucléaire dans la production d’électricité européenne est passée d’un tiers à environ 15 % aujourd’hui. Pendant ce temps, les énergies renouvelables ont connu un essor spectaculaire — solaire et éolien représentent désormais davantage que les fossiles dans le mix électrique de l’UE — mais sans que la sécurité d’approvisionnement soit pleinement assurée. Le constat économique est tout aussi préoccupant : les prix de l’électricité en Europe sont, selon von der Leyen, « structurellement trop élevés », ce qui pénalise la compétitivité industrielle du continent face à ses concurrents américains et asiatiques.

La stratégie SMR : trois leviers pour réindustrialiser l’atome

La Commission européenne a présenté à Paris une stratégie en trois volets centrée sur les petits réacteurs modulaires (SMR — Small Modular Reactors). Ces réacteurs de nouvelle génération, d’une puissance inférieure à 300 MW (contre plus de 1 000 MW pour un EPR classique), présentent des avantages majeurs : construction plus rapide, coûts en capital réduits, déploiement possible en dehors des grands réseaux électriques, et compatibilité avec les besoins énergétiques des industries énergivores et des data centers.

Premier levier — simplifier les règles. La Commission s’engage à créer des regulatory sandboxes : des espaces réglementaires dans lesquels les entreprises pourront tester des technologies innovantes avant leur déploiement à grande échelle. L’objectif est d’aligner les cadres nationaux entre États membres pour permettre une diffusion rapide des certifications et des autorisations à l’échelle européenne.

Deuxième levier — mobiliser les investissements. Von der Leyen a annoncé la création d’une garantie de 200 millions d’euros pour soutenir les investissements privés dans les technologies nucléaires innovantes. La ressource financière sera puisée dans les revenus du système d’échange de quotas d’émission (ETS). Il s’agit d’un signal fort envoyé aux investisseurs institutionnels encore hésitants face aux risques de construction liés au secteur.

Troisième levier — une coordination européenne renforcée. Les SMR ne sont économiquement viables qu’à grande échelle : leur modèle industriel repose sur la sérialisation. La Commission appelle donc à des efforts conjoints entre États membres : co-investissements en recherche et développement, partage d’installations de test, création de chaînes d’approvisionnement européennes pour les combustibles nucléaires. Une alliance industrielle mondiale pour les SMR a déjà été lancée l’an passé.

5 milliards d’euros pour la fusion et un horizon de long terme

La vision de la Commission ne s’arrête pas aux SMR. Von der Leyen a également annoncé que le prochain budget pluriannuel européen intégrerait une proposition d’investissement de plus de 5 milliards d’euros dans la recherche sur l’énergie de fusion, notamment via le programme ITER dont les installations sont implantées dans le sud de la France, à Cadarache.

Parallèlement, les règles d’aides d’État ont été modifiées l’an passé pour permettre aux États membres de soutenir financièrement le nucléaire de fission et les filières combustibles. L’Europe peut également s’appuyer sur un atout humain considérable : 500 000 travailleurs hautement qualifiés dans le secteur nucléaire, une ressource que ni les États-Unis ni la Chine ne peuvent égaler, selon la présidente de la Commission.

« Nous avons tout ce qu’il faut pour mener la course au nucléaire de nouvelle génération. Nous avons les compétences, nous avons l’ambition, nous avons maintenant la stratégie. »

— Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, Paris, 9 mars 2026

Le nucléaire en Europe : une recomposition accélérée

La relance décrite par von der Leyen s’inscrit dans une dynamique plus large que documentait récemment la Société française d’énergie nucléaire (SFEN). L’UE vise désormais 109 GW de grands réacteurs et 53 GW de SMR d’ici 2050, soit une révision à la hausse de 50 % par rapport aux projections de 2019. Plusieurs États membres ont déjà changé de doctrine : la Belgique et la Serbie ont abrogé leurs lois antinucléaires, l’Italie et le Danemark préparent leur retour dans la filière.

La France reste le pilier du système : avec 362 TWh produits en 2024, elle est redevenue le premier exportateur européen d’électricité. La filière EPR 2 (6 à 14 unités en projet) constituera la colonne vertébrale du parc de demain, tandis que les SMR de nouvelle génération devront prendre le relais pour les marchés industriels et les sites décentralisés.

Sur l’enjeu énergétique plus large, la sobriété énergétique des entreprises reste un levier complémentaire incontournable pour réduire la pression sur les réseaux en attendant la montée en puissance du parc nucléaire.

Questions fréquentes sur la stratégie nucléaire européenne

Qu’est-ce qu’un SMR (Small Modular Reactor) ?

Un SMR est un réacteur nucléaire de puissance inférieure à 300 MW, conçu pour être fabriqué en série en usine et assemblé sur site. Cette approche réduit les délais et coûts de construction par rapport aux grands réacteurs comme l’EPR. Les SMR peuvent alimenter des zones industrielles éloignées, des data centers ou des réseaux de chaleur urbaine.

Pourquoi la Commission finance-t-elle les SMR avec les revenus du marché carbone (ETS) ?

Le système ETS génère des revenus en faisant payer les émissions de CO₂ aux industriels. Ces fonds sont dédiés à la transition énergétique bas-carbone. Le nucléaire étant reconnu comme énergie bas-carbone dans la taxonomie européenne depuis 2022, il est éligible à ce type de financement public.

Quand les premiers SMR européens pourraient-ils être opérationnels ?

La Commission européenne vise une mise en service des premiers SMR en Europe dès le début des années 2030. Au niveau mondial, le Canada est en avance avec le chantier de Darlington (Ontario) pour quatre réacteurs BWRX-300, dont la première mise en service est prévue en 2030.