L’essentiel à retenir
- QatarEnergy, ExxonMobil et le ministère égyptien du Pétrole ont signé un protocole d’accord pour acheminer le gaz découvert au large de Chypre vers l’Europe via les infrastructures de liquéfaction égyptiennes.
- Chypre ne dispose d’aucune usine de liquéfaction : le gaz doit transiter par l’Égypte avant d’être expédié sous forme de GNL.
- Le champ Glaucus, découvert en 2019 dans le Bloc 10, et la découverte Pegasus de 2025 totalisent environ 7 trillions de pieds cubes (tcf) de réserves désormais déclarées commercialement exploitables.
- L’Europe, en quête de diversification depuis la rupture des flux russes, voit s’ouvrir une nouvelle route gazière méditerranéenne, sans toutefois bouleverser son équilibre énergétique global.
Un accord tripartite pour ouvrir la route du gaz chypriote
Le protocole d’accord (MoU) signé cette semaine entre QatarEnergy, ExxonMobil et le ministère égyptien du Pétrole et des Ressources minérales dessine une nouvelle architecture gazière en Méditerranée orientale. L’objectif : permettre l’exploitation des champs offshore chypriotes en les raccordant aux infrastructures égyptiennes de liquéfaction, puis en acheminant le gaz sous forme de GNL vers les marchés européens.
Le document a été signé par Karim Badawi, ministre égyptien du Pétrole et des Ressources minérales, plaçant la compagnie d’État qatarie au cœur d’un dispositif qui couvre l’exploration, le développement et l’exportation. QatarEnergy a précisé que l’accord visait à explorer les « opportunités de croissance futures et les arrangements commerciaux » en s’appuyant sur l’infrastructure gazière égyptienne, déjà connectée aux marchés domestique et international.
Chypre ne dispose d’aucune usine de liquéfaction : sans le maillon égyptien, son gaz n’a aucune route maritime vers l’Europe.
Pourquoi l’Égypte devient la passerelle du gaz chypriote vers l’Europe
L’équation est simple sur le plan industriel. Chypre dispose de gisements offshore prometteurs mais d’aucun terminal de liquéfaction sur son territoire. Pour valoriser ces réserves à l’export, le gaz doit être acheminé par pipeline sous-marin vers l’Égypte, qui possède deux complexes de liquéfaction opérationnels (Idku et Damiette) et un terminal d’export GNL connecté au bassin méditerranéen.
Le président chypriote Nikos Christodoulides a estimé que les approbations récentes marquaient un « tournant », faisant passer son pays « de la phase d’exploration à celle d’exploitation » de ses ressources gazières. Plus tôt en 2026, les partenaires du champ Aphrodite ont conclu un accord pluriannuel pour vendre le gaz récupérable du gisement à l’Egyptian Natural Gas Holding Company, avec une option de prolongation. Cette opération préfigure le modèle commercial qui se dessine : la production chypriote, valorisée via les capacités industrielles égyptiennes, sera in fine commercialisée auprès des acheteurs européens.
Le Bloc 10 : 7 trillions de pieds cubes désormais bancables
Le cœur technique de l’accord se situe dans le Bloc 10 de la zone économique exclusive chypriote, où QatarEnergy et ExxonMobil sont co-partenaires. Le champ Glaucus, identifié en 2019, est l’une des découvertes gazières les plus importantes faites au large de Chypre, avec des ressources estimées à environ 3,7 trillions de pieds cubes (tcf). Une seconde découverte, baptisée Pegasus, a été annoncée en 2025 dans le même bloc.
En mars, le consortium a formellement déclaré les deux gisements commercialement exploitables, avec des réserves combinées estimées autour de 7 trillions de pieds cubes. Cette décision marque le passage d’une logique d’exploration à un projet industriel structuré, ouvrant la voie aux investissements lourds nécessaires aux infrastructures de production, de transport et de raccordement à l’Égypte.
| Élément | Donnée |
|---|---|
| Champ Glaucus (Bloc 10) | Découvert en 2019, ressources estimées ~3,7 tcf |
| Champ Pegasus (Bloc 10) | Identifié en 2025 |
| Réserves combinées Bloc 10 | ~7 tcf, déclarées commercialement exploitables en mars 2026 |
| Partenaires opérationnels | QatarEnergy + ExxonMobil |
| Acheminement | Pipeline sous-marin vers terminaux GNL égyptiens |
| Acheteur final | Europe (via cargaisons GNL) |
Une route gazière qui pèse sur la sécurité d’approvisionnement européenne
Pour l’Union européenne, le dossier s’inscrit dans un effort plus large de diversification des sources d’approvisionnement depuis la rupture des flux russes consécutive à l’invasion de l’Ukraine. Les volumes potentiellement mobilisables depuis Chypre ne suffiront pas, à eux seuls, à transformer l’équilibre énergétique européen, mais ils ajoutent une option supplémentaire en provenance de la Méditerranée orientale, complémentaire des flux norvégiens, américains et qataris déjà mobilisés.
Saad Sherida Al Kaabi, président-directeur général de QatarEnergy, a salué un accord qui constitue selon lui « une étape importante pour faire progresser la coopération énergétique régionale en Méditerranée orientale ». La présence simultanée de QatarEnergy et d’ExxonMobil dans ce schéma signale par ailleurs un alignement stratégique entre un grand fournisseur historique de GNL et une major américaine de l’amont gazier.
Calendrier, freins et zones d’incertitude
Le projet reste à un stade préliminaire. Aucune décision finale d’investissement n’a été annoncée, et les questions clés — liaisons d’infrastructures, modèle tarifaire, allocation des volumes entre marché domestique égyptien et exports — restent à arbitrer. Les acteurs visent l’horizon 2028 pour les premières exportations issues du Bloc 10, mais ce calendrier reste conditionné aux décisions d’investissement et à la finalisation des contrats de transport.
Le projet doit également composer avec un contexte régional volatil. Les tensions en mer Méditerranée orientale, les rivalités sur les zones économiques exclusives et les arbitrages politiques entre Le Caire, Nicosie, Athènes et Ankara peuvent peser sur la mise en œuvre. Mais l’alignement industriel entre QatarEnergy, ExxonMobil et l’Égypte constitue un signal fort à destination des acheteurs européens : la Méditerranée orientale s’organise pour fournir du gaz à l’UE sur la décennie qui s’ouvre.
À retenir pour l’Europe
La route du gaz chypriote vers l’Europe via l’Égypte constitue une option supplémentaire — pas un changement de paradigme — dans la quête européenne de diversification. Son intérêt stratégique tient autant à la sécurisation d’un nouveau flux qu’à la consolidation d’un hub énergétique méditerranéen alternatif aux acheminements traditionnels.






