- TotalEnergies plafonne volontairement ses carburants à 1,99 €/L en France depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.
- Patrick Pouyanné juge «fort probable» que le groupe soit éligible en 2026 à la surtaxe sur les grandes entreprises instaurée fin 2025.
- Le PDG prévient qu’une nouvelle taxe spécifique sur les super-profits pétroliers rendrait le plafonnement intenable.
- Le ministre de l’Économie Sébastien Lecornu salue l’effort actuel ; la députée LFI Clémence Guetté juge la nationalisation «rentable dès la première année».
Un plafonnement volontaire que TotalEnergies présente comme conditionnel
Dans une série d’entretiens accordés le 5 mai 2026 — relayés par RTL, l’AFP et Le Figaro — le PDG de TotalEnergies a clarifié la position de son groupe. Patrick Pouyanné a répété que la limite de prix actuellement appliquée à la pompe, fixée volontairement à 1,99 euro le litre depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, ne pouvait pas être tenue dans toutes les configurations fiscales. «Pas maintenir» : la formulation, sobre, ferme l’option d’un cumul entre l’effort consenti à la pompe et une nouvelle taxe ciblée sur les super-profits pétroliers.
Le contexte économique justifie la sortie. La flambée des cours du brut, déclenchée par les tensions autour du détroit d’Ormuz et leurs conséquences sur l’approvisionnement européen, a mécaniquement gonflé les marges de raffinage des compagnies intégrées. TotalEnergies, dont la profitabilité avait été pénalisée en 2025 par un environnement de cours bas, retrouve une dynamique favorable au moment précis où le débat fiscal se ranime à l’Assemblée.
La surtaxe 2025, un précédent que Pouyanné n’évite pas
Pour répondre aux députés qui plaident pour une nouvelle ponction, le dirigeant ne nie pas la réalité d’une fiscalité déjà alourdie : il a estimé qu’il était «fort probable» que TotalEnergies soit éligible en 2026 à la surtaxe sur les grandes entreprises adoptée à l’automne 2025. Cette contribution exceptionnelle, calculée sur les bénéfices déclarés en France, devait justement encadrer les profits jugés excessifs des plus grandes sociétés cotées.
Ce premier prélèvement constituera, selon le PDG, l’effort fiscal raisonnable pour 2026. Une taxe additionnelle, cette fois sectorielle et calibrée sur les marges de raffinage, viendrait selon lui peser de manière disproportionnée sur le compte d’exploitation français de l’entreprise — au point d’en détériorer la capacité à maintenir un prix bas à la pompe.
« Il n’y a aucune honte à faire des profits. »
— Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, 5 mai 2026
Lecornu temporise, la gauche durcit le ton
Côté gouvernement, Sébastien Lecornu, ministre de l’Économie, a reconnu que la mesure de plafonnement volontaire allait «dans le bon sens» et a publiquement encouragé un dispositif «généreux», sans s’engager sur la fiscalité à venir. Cette ligne mesurée traduit la prudence d’un exécutif soucieux de ne pas casser l’effort consenti par TotalEnergies, mais qui doit composer avec une majorité parlementaire fragile et une opinion publique sensible aux prix à la pompe.
L’opposition, elle, n’a pas attendu pour ouvrir un autre front. Sur RTL, la députée La France insoumise Clémence Guetté a estimé qu’une nationalisation de TotalEnergies serait «rentable dès la première année», déclarant «pourquoi pas ?» face à l’idée. La proposition relève davantage de la séquence politique que d’un projet immédiat — l’État ne détient aujourd’hui aucune participation directe au capital du groupe — mais elle illustre la radicalité du débat.
Un débat fiscal européen, pas seulement français
La tension française n’est pas isolée. Plusieurs États membres de l’Union européenne avaient déjà instauré, en 2022 et 2023, des contributions de solidarité sur les bénéfices excédentaires des compagnies pétrolières et gazières, dans le cadre d’un règlement européen alors qualifié d’exceptionnel. La perspective d’un retour de prix élevés et durables — alors que l’Europe importe la quasi-totalité de ses hydrocarbures — pourrait pousser plusieurs capitales à rouvrir ce dossier.
L’enjeu est délicat. La BCE, par la voix de Christine Lagarde, a alerté à plusieurs reprises sur la dépendance « insoutenable » de l’Europe aux énergies fossiles, et certains ministres européens estiment qu’il faut associer plus étroitement les majors à l’effort de transition. À l’inverse, les groupes pétroliers font valoir qu’une taxation circonstancielle pénalise leur capacité à investir dans les énergies renouvelables — Patrick Pouyanné a d’ailleurs réaffirmé l’engagement de TotalEnergies dans le solaire et l’éolien.
Pas de pénurie cet été, assure le PDG
Au-delà du débat fiscal, le PDG a tenu à rassurer sur l’approvisionnement : «Il n’y aura pas de pénurie en France» cet été, a-t-il assuré, les stocks et les capacités logistiques étant calibrés pour faire face à un retour de la consommation estivale. La phrase prend une dimension politique : elle vise à désamorcer toute spéculation sur une rupture d’approvisionnement, alors que la concurrence sur les flux de brut s’est intensifiée et que le coût du fret maritime a bondi avec les détours imposés par la situation au Moyen-Orient.
La semaine qui s’ouvre s’annonce décisive. Le gouvernement français doit présenter de nouveaux dispositifs de soutien aux ménages, dont les contours — extension des chèques carburant, baisse temporaire de TICPE, ou encadrement renforcé des marges — restent en discussion. Si une taxe sur les super-profits venait s’y ajouter, le plafonnement à 1,99 €/L pourrait, selon Patrick Pouyanné, ne pas survivre à l’été.






