Cinq mois. C’est le temps qu’il aura fallu à une marque automobile totalement inconnue du public français en janvier pour s’installer dans le paysage des immatriculations. Derrière Omoda & Jaecoo, le groupe chinois Chery avance avec une méthode que ses concurrents européens n’avaient pas anticipée : l’hybride plutôt que l’électrique.
Sommaire
- 7 410 immatriculations en France depuis le mois d’avril
- Le groupe Chery multiplie ses volumes européens par quatre
- Pourquoi Omoda & Jaecoo mise sur l’hybride et pas sur l’électrique
- Une politique de prix calibrée sur les modèles européens
- Cent trente concessions avant la fin de l’année
7 410 immatriculations en France depuis le mois d’avril
Les deux gammes ne sont distribuées dans l’Hexagone que depuis début avril 2026 — Jaecoo pour les SUV aux lignes anguleuses, Omoda pour des silhouettes plus lisses. À fin août, le compteur affiche 7 410 immatriculations, dont 1 600 sur le seul mois d’août.
« Nous serons au-delà de 15 000 immatriculations à la fin de l’année. C’est bien mieux que ce que nous avions prévu », indique Lionel French-Keogh, directeur des opérations du groupe Chery en France, dans les colonnes des « Échos ».
Le détail du chiffre compte davantage que le volume brut. Les particuliers représentent 73 % des immatriculations de la marque, contre 47 % pour l’ensemble du marché français. Autrement dit, ces ventes ne reposent pas sur les canaux tactiques — loueurs, flottes, immatriculations de démonstration — qui gonflent artificiellement les statistiques d’un lancement. C’est le canal le plus difficile à conquérir et le plus rentable qui porte la croissance.
Le groupe Chery multiplie ses volumes européens par quatre
La percée française n’est pas un cas isolé. Sur l’ensemble du premier semestre 2026, le groupe Chery — qui rassemble les marques Chery, Omoda, Jaecoo et Jetour — a totalisé 155 800 immatriculations en Europe selon les statistiques de l’Acea, en progression de 305,8 % sur un an.
Le mouvement dépasse le seul constructeur. Au premier semestre, les groupes chinois pèsent environ 11 % du marché EU + AELE + Royaume-Uni, une bascule que les constructeurs historiques observaient venir sans parvenir à la freiner. Chery en représente à lui seul de l’ordre du dixième.
« Ces chiffres s’expliquent notamment par une vraie culture de l’exportation. »
— Lionel French-Keogh, directeur des opérations du groupe Chery en France, aux « Échos »
Fondé en 1997, Chery a bâti sa croissance internationale avant que le sujet ne devienne central pour ses concurrents chinois. La marque Omoda & Jaecoo, lancée en 2023, a franchi le cap du million de ventes cumulées en trois ans et opère aujourd’hui sur 69 marchés avec plus de 1 360 points de vente. Sa feuille de route affichée, baptisée « From Million to Annual Million », vise un million de véhicules écoulés par an à l’horizon 2027.
Pourquoi Omoda & Jaecoo mise sur l’hybride et pas sur l’électrique
C’est le point le plus intéressant du dossier, et il tient à une lecture fine de la réglementation européenne. Contrairement à la plupart des nouveaux entrants chinois, Chery n’est pas positionné en priorité sur le 100 % électrique. En France, la marque ne commercialise que des modèles hybrides — 80 % des ventes — et hybrides rechargeables.
Or les surtaxes douanières décidées par Bruxelles fin 2024 contre les véhicules chinois visent les véhicules 100 % électriques à batterie. Ces droits compensateurs, qui s’ajoutent au droit de douane standard de 10 %, atteignent selon les constructeurs 17 % pour BYD, 18,8 % pour Geely ou encore 35,3 % pour SAIC/MG. Les hybrides rechargeables, eux, ne supportent que le droit de base de 10 %.
Le calcul est limpide : en concentrant son offre sur l’hybride, Omoda & Jaecoo échappe à la barrière tarifaire qui pénalise les constructeurs chinois engagés dans la guerre des prix de l’électrique, tout en s’adressant à une base de clients bien plus large que le seul segment de la voiture à batterie. La Commission européenne examine en 2026 une extension du dispositif aux hybrides rechargeables — le sursis n’est pas garanti.
Une politique de prix calibrée sur les modèles européens
Le troisième levier est tarifaire, et il est assumé. L’Omoda 7, hybride rechargeable familial qui arrive ces jours-ci dans la gamme française, est lancé au prix catalogue de 38 990 euros. À motorisation et gabarit comparables, il se place près de 3 000 euros sous le Citroën C5 Aircross et plus de 8 000 euros sous le Ford Kuga.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Immatriculations France (avril → août 2026) | 7 410 |
| Dont mois d’août 2026 | 1 600 |
| Part des particuliers | 73 % (marché : 47 %) |
| Immatriculations groupe Chery en Europe (S1 2026) | 155 800 (+305,8 %) |
| Prix de lancement Omoda 7 PHEV | 38 990 € |
| Objectif immatriculations France 2026 | > 15 000 |
| Marchés couverts par Omoda & Jaecoo | 69 |
Cent trente concessions avant la fin de l’année
La réussite commerciale entraîne le réseau. La cible de 130 concessions à fin 2026 sera atteinte et dépassée, affirme Lionel French-Keogh, qui vise désormais 200 points de vente en 2027 — un maillage comparable à celui d’une marque généraliste installée. Chez les distributeurs français, les vocations se déclarent : porter une marque chinoise en croissance rapide devient un pari raisonnable là où il était encore risqué il y a deux ans.
Le groupe ne s’arrête pas là. La marque éponyme Chery a été lancée cette semaine en France avec trois SUV hybrides et un hybride rechargeable, également positionnés très bas en prix. Deux marques, une même mécanique commerciale, un seul réseau en construction.
Pour les constructeurs européens, la séquence ressemble à celle déjà observée sur d’autres segments industriels : une offre d’abord jugée périphérique, un rapport prix-équipement difficile à égaler, puis une bascule de parts de marché en quelques trimestres. Elle s’inscrit dans le déséquilibre commercial structurel entre l’Union européenne et la Chine, dont l’automobile est devenue le terrain le plus visible.
Omoda & Jaecoo a immatriculé 7 410 voitures en France en cinq mois de commercialisation, avec 73 % de ventes à particuliers — le canal le plus difficile. Le groupe Chery a totalisé 155 800 immatriculations en Europe au premier semestre 2026, en hausse de 305,8 %. La clé du dispositif est réglementaire : en ne vendant que des hybrides, la marque échappe aux droits compensateurs européens qui frappent les seuls véhicules 100 % électriques chinois. Bruxelles étudie en 2026 une extension aux hybrides rechargeables — c’est l’échéance à surveiller.
Questions fréquentes
Qui est le propriétaire d’Omoda & Jaecoo ?
Omoda & Jaecoo est une marque du constructeur automobile chinois Chery, fondé en 1997. Le groupe rassemble également les marques Chery et Jetour. Omoda & Jaecoo a été lancée en 2023.
Combien de voitures Omoda & Jaecoo a-t-elle vendues en France ?
7 410 immatriculations entre le début avril et la fin août 2026, dont 1 600 sur le seul mois d’août. La marque vise plus de 15 000 immatriculations sur l’année.
Pourquoi Omoda & Jaecoo ne vend-elle pas de voitures électriques en France ?
La marque commercialise uniquement des hybrides (80 % des ventes) et des hybrides rechargeables. Les droits compensateurs européens instaurés fin 2024 contre les voitures chinoises ne visent que les véhicules 100 % électriques à batterie ; les hybrides rechargeables ne supportent que le droit de douane standard de 10 %.
Combien coûte l’Omoda 7 hybride rechargeable ?
Son prix catalogue de lancement en France est de 38 990 euros, soit près de 3 000 euros de moins qu’un Citroën C5 Aircross de motorisation équivalente.
Combien de concessions la marque compte-t-elle ouvrir en France ?
L’objectif de 130 concessions à la fin 2026 sera dépassé selon la direction française, qui vise 200 points de vente en 2027.






