Trente millions d’euros d’investissements figuraient noir sur blanc dans l’offre de reprise validée par le tribunal de commerce. Deux ans plus tard, le ministère de l’Industrie constate par écrit qu’aucun n’a été engagé — et l’État vient de payer les salaires de l’été à la place du repreneur.
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Un prêt public de 2 millions d’euros pour passer l’été
En plein mois d’août, l’État a consenti un prêt de 2 millions d’euros à Europlasma. L’argent n’a pas servi à moderniser l’outil : il a servi à verser les salaires de juillet et d’août, à acheter des matières premières et à remettre un peu de trésorerie dans les caisses du seul fabricant français de roues ferroviaires, selon le ministère de l’Industrie.
Valdunes Industries emploie environ 200 personnes sur deux sites du Nord : Trith-Saint-Léger, près de Valenciennes, et Leffrinckoucke, aux portes de Dunkerque. Sur place, les représentants du personnel décrivent une activité réduite à presque rien. Grégory Hannebique, secrétaire CGT du comité social et économique, évoque une « activité plus que minime » et des « problèmes d’achat de composants par manque de cash ». Ludovic Bouvier, responsable régional de la CGT Métallurgie, résume le sentiment général d’une formule : « C’est reculer pour mieux sauter. »
Le comité de suivi installé le 9 juillet 2026 par la mission interministérielle pour les restructurations d’entreprises n’a pu que constater l’impasse. Dominique Savary, maire (PCF) de Trith-Saint-Léger, observe que « les commandes actuelles ne peuvent pas assurer la pérennité de l’entreprise ».
Valdunes : trente millions promis, zéro réalisé
Le constat le plus sévère est venu de l’État lui-même. Dans un courrier daté du 31 juillet 2026, adressé au député du Nord Sébastien Chenu (Rassemblement national), Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, écrit qu’aucun investissement n’a été réalisé par le repreneur alors que l’offre validée par la justice en prévoyait trente millions d’euros.
« Aucun investissement n’a été réalisé par Europlasma alors que l’offre soumise à la validation du tribunal de commerce prévoyait que 30 millions d’euros d’investissements seraient réalisés. »
— Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, courrier du 31 juillet 2026
Le plan présenté en 2024 était pourtant précis. Europlasma, seul candidat à la reprise, promettait un « retournement » en moins de dix-huit mois : une production de roues à base d’acier bas carbone, et deux usines nouvelles sur le site dunkerquois — l’une pour traiter des déchets, l’autre pour les convertir en énergie, destinée à alimenter la première et à être revendue en Europe du Nord. Les demandes d’autorisation administrative correspondantes n’ont jamais été déposées. Le volet décarbonation, qui constituait le cœur économique du projet, est resté sur le papier.
| Date | Étape |
|---|---|
| Novembre 2023 | Valdunes est placé en redressement judiciaire après le retrait de son actionnaire, le sidérurgiste chinois MA Steel |
| Mars 2024 | Le tribunal de commerce de Lille valide la reprise par Europlasma, seul candidat ; 131 des 309 salariés perdent leur emploi |
| Juillet 2026 | Installation d’un comité de suivi par la mission interministérielle pour les restructurations d’entreprises |
| 31 juillet 2026 | Le ministre délégué à l’Industrie acte par écrit l’absence totale d’investissement |
| Août 2026 | Prêt d’État de 2 millions d’euros pour payer les salaires |
Côté financement public, l’État s’était engagé sur 15 millions d’euros de prêts, décaissés au rythme des investissements privés. Quatre millions ont été débloqués au moment de la reprise, deux cet été. Bercy pose désormais une condition explicite : des prêts garantis pour investir, oui, mais « pas pour éponger les dettes ». Autant dire que les deux millions de l’été ont de bonnes chances d’être les derniers.
Un repreneur qui a perdu 37,9 millions d’euros en 2025
Les comptes d’Europlasma expliquent en partie l’impasse. Le groupe landais, coté sur Euronext, a publié pour l’exercice 2025 une perte nette consolidée de 37,9 millions d’euros (35,6 millions en part du groupe), contre 15,9 millions de perte en 2024. Ses obligations de société cotée le contraignent à publier ses comptes : la quinzaine d’entités qui composent l’ensemble sont dans le rouge. Son financement propre repose largement sur des fonds apportés par Alpha Blue Ocean, structure basée aux îles Caïmans.
Le modèle d’Europlasma — reprendre en série des sites industriels en difficulté — a montré ses limites ailleurs. La Fonderie de Bretagne, à Caudan (Morbihan), rachetée en avril 2025, a été placée en redressement judiciaire en 2026 après un incendie qui a interrompu six mois durant sa production automobile historique. Le président-directeur général du groupe, Jérôme Garnache-Creuillot, a été auditionné à deux reprises en avril 2026 par la commission d’enquête parlementaire sur la prédation des capacités productives françaises par les fonds spéculatifs.
Le pôle défense à vendre, l’usine toujours sans plan
Europlasma a par ailleurs annoncé en 2026 des négociations pour céder son pôle défense, sur une base évoquée d’environ 150 millions d’euros. Ce pôle repose principalement sur les Forges de Tarbes, reprises en 2021, qui produisent des corps creux d’obus et travaillent notamment pour KNDS, industriel des canons Caesar et du char Leclerc.
Valdunes devait précisément se diversifier vers cette même fabrication de corps d’obus — une reconversion présentée comme un relais de croissance après l’abandon du volet décarbonation. Faute d’investissement, elle n’a pas eu lieu. L’entreprise nordiste se retrouve donc sans le plan industriel initial, sans le plan de repli, et adossée à un actionnaire qui envisage de vendre la partie de son portefeuille qui suscite encore l’intérêt d’acheteurs.
Ce que la filière ferroviaire française perd si Valdunes s’arrête
L’enjeu dépasse les 200 emplois concernés. Valdunes est le dernier producteur français de roues ferroviaires. Interrogés par le ministère, ses clients jugent d’ailleurs ses roues « de bonne qualité » : le problème n’est pas le produit, c’est l’outil de production, en partie obsolète, régulièrement en panne, et dont le repreneur n’a plus les moyens de financer la maintenance.
Une disparition ferait basculer l’intégralité de l’approvisionnement en roues des trains français vers des fournisseurs étrangers, dans un contexte où la souveraineté industrielle est redevenue un argument politique central — au point que l’intitulé même du portefeuille ministériel dont dépend le dossier comporte le mot. Le paradoxe est frappant : l’État a mobilisé prêts et subventions publiques pour éviter la fermeture d’un site stratégique, et se retrouve deux ans plus tard à financer des fiches de paie sans contrepartie industrielle.
Le dossier illustre une limite du sauvetage par reprise privée adossée à de l’argent public : la validation d’un plan par un tribunal de commerce engage un repreneur sur des promesses d’investissement, mais le décaissement conditionné des aides publiques n’a pas empêché deux années de statu quo. Reste à savoir ce que Bercy fera lorsque la trésorerie de septembre sera épuisée.
Deux ans après la reprise de Valdunes par Europlasma, le ministère de l’Industrie constate par écrit qu’aucun des 30 millions d’euros d’investissements promis n’a été engagé. L’État a dû prêter 2 millions d’euros en août 2026 pour payer les salaires de l’été et acheter des matières premières. Sur les 15 millions de prêts publics prévus, seuls 6 ont été débloqués, et Bercy exclut désormais de financer autre chose que de l’investissement. Avec une perte nette de 37,9 millions d’euros en 2025 et un pôle défense mis en vente, le repreneur n’a plus les moyens d’un plan industriel — et le dernier fabricant français de roues de train, fort de 200 salariés, entre dans l’automne sans visibilité.
Questions fréquentes sur Valdunes
Que fabrique Valdunes et où ?
Valdunes Industries est le dernier fabricant français de roues ferroviaires. L’entreprise emploie environ 200 personnes sur deux sites du département du Nord : Trith-Saint-Léger, près de Valenciennes, et Leffrinckoucke, à proximité de Dunkerque.
Pourquoi l’État a-t-il prêté 2 millions d’euros à Europlasma ?
Ce prêt, consenti à l’été 2026, a servi à payer les salaires de juillet et d’août, à acheter des matières premières et à apporter de la trésorerie. Il s’ajoute aux 4 millions débloqués lors de la reprise, sur une enveloppe totale de 15 millions d’euros de prêts d’État prévue à l’origine.
Qui est Europlasma, le repreneur de Valdunes ?
Europlasma est un groupe landais coté en Bourse, spécialisé à l’origine dans le traitement et la valorisation des déchets dangereux, devenu repreneur en série de sites industriels en difficulté. Il a enregistré une perte nette consolidée de 37,9 millions d’euros en 2025. Il détient notamment les Forges de Tarbes et la Fonderie de Bretagne, cette dernière étant placée en redressement judiciaire.
Quels investissements Europlasma s’était-il engagé à réaliser ?
L’offre validée par le tribunal de commerce de Lille en mars 2024 prévoyait 30 millions d’euros d’investissements, avec une production de roues en acier bas carbone et la construction de deux usines à Dunkerque — l’une de traitement de déchets, l’autre de valorisation énergétique. Les demandes d’autorisation n’ont jamais été déposées et aucun investissement n’a été réalisé.






