Le football italien a déjà tenté l’opération une fois, et il s’y est cassé les dents. Cinq ans après l’échec retentissant du projet CVC, la Serie A remet une part de son patrimoine commercial sur le marché — cette fois, celle qui se vend le moins bien. Les fonds, eux, ont répondu présent.
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Droits TV de la Serie A : quatre fonds sur la ligne de départ
Carlyle et Bain Capital figurent parmi les fonds d’investissement qui préparent une offre pour une participation minoritaire dans la société détenant les droits médias internationaux de la Serie A, selon trois sources proches du dossier citées par Reuters le 2 septembre 2026. Deux autres noms circulent : Oaktree Capital, propriétaire de l’Inter Milan, champion d’Italie en titre, et le fonds italien Nextalia.
Les offres fermes sont attendues pour le 4 septembre 2026. Le périmètre mis en vente ne se limite pas aux seuls droits de diffusion : la structure regrouperait également les activités de sponsoring et de paris de la Serie A à l’étranger. Interrogés, la Serie A, Carlyle, Bain, Oaktree et Nextalia ont refusé de commenter ; JP Morgan, banque conseil du championnat, n’a pas répondu.
La configuration est inhabituelle : Oaktree, propriétaire d’un des vingt clubs actionnaires de la ligue, se retrouverait à la fois vendeur indirect et candidat acheteur d’un actif commun. Une situation qui n’a rien d’illégal, mais qui alimentera les discussions au moment du vote.
Une filiale valorisée jusqu’à 4 milliards d’euros
Les investisseurs sont attendus sur une participation de 10 % à 20 % de la nouvelle entité. Celle-ci génère environ 200 millions d’euros de résultat opérationnel courant pour un chiffre d’affaires annuel proche de 250 millions d’euros, selon des données de l’UEFA. La valorisation envisagée s’établit entre 3 et 4 milliards d’euros.
Le multiple est élevé : entre 12 et 20 fois le résultat opérationnel, entre 12 et 16 fois le chiffre d’affaires. Il ne se justifie que par la nature du contrat — un accord pluriannuel de partage de revenus, dans lequel le fonds avance du capital aujourd’hui contre une fraction des recettes futures pendant plusieurs décennies. C’est le modèle qu’ont retenu les autres championnats européens.
Le projet a mûri. En avril 2026, JP Morgan sondait informellement Apollo, CVC, Ares et Sixth Street, et la ligue envisageait alors de céder jusqu’à 49 % de la structure. La fourchette retenue aujourd’hui, entre 10 et 20 %, marque un net repli — signe que Rome préfère limiter la dilution, ou que l’appétit des fonds a été plus mesuré qu’espéré.
Pourquoi le championnat italien se vend mal à l’étranger
Les 250 millions d’euros annuels des droits internationaux de la Serie A représentent une fraction de ce qu’encaissent la Premier League anglaise et la LaLiga espagnole. Deux facteurs expliquent ce décrochage, tous deux extérieurs au championnat lui-même.
Le premier tient au calendrier. L’élargissement de la Ligue des champions a densifié la grille des matchs européens et capté une part croissante de l’attention des diffuseurs. Le second est concurrentiel : la Premier League s’est imposée comme le produit d’appel du football mondial, et les chaînes qui doivent arbitrer entre plusieurs championnats sacrifient rarement l’anglais.
Vendre une part de cette filiale revient donc, pour les clubs italiens, à monétiser aujourd’hui un actif dont ils peinent à faire croître les revenus par eux-mêmes. C’est l’argument central du dossier — et sa principale faiblesse : un fonds qui paie 3 à 4 milliards d’euros pour un actif à 250 millions de recettes parie sur un redressement que la ligue n’a pas su produire seule.
LaLiga, Ligue 1 : le private equity a déjà fait école
L’Italie arrive tard sur un terrain déjà balisé. Deux grands championnats européens ont cédé une part minoritaire de leur société de droits médias à des fonds, en échange de capital immédiat et d’un partage de revenus sur le long terme.
| Championnat | Investisseur | Montant | Participation | Statut |
|---|---|---|---|---|
| LaLiga (Espagne) | CVC Capital Partners | ≈ 2 milliards € | ≈ 8 à 10 % (50 ans) | Réalisé |
| Ligue 1 (France) | CVC Capital Partners | 1,5 milliard € | 13 % | Réalisé (2022) |
| Serie A — droits domestiques | Consortium mené par CVC | 1,7 milliard € | 10 % | Abandonné (2021) |
| Serie A — droits internationaux | Carlyle, Bain, Oaktree, Nextalia | Valorisation 3 à 4 milliards € | 10 à 20 % | Offres fermes au 4 septembre 2026 |
La différence de nature est essentielle. En Espagne et en France, les fonds ont pris pied dans la totalité de l’activité de droits médias, marché domestique compris — le gisement principal. En Italie, l’objet mis en vente est le compartiment international, c’est-à-dire le plus fragile. Les clubs conservent leur actif le plus rentable, mais offrent aussi aux acheteurs le moins attractif.
Ce recours au capital privé pour financer des actifs de long terme s’inscrit dans un mouvement plus large : celui de la montée en puissance des fonds privés dans le financement européen, que les régulateurs surveillent de près.
Le vrai obstacle se situe à 14 voix sur 20
Toute cession portant sur un actif commercial stratégique de la ligue requiert l’accord d’au moins 14 clubs sur 20. C’est précisément ce seuil qui a fait échouer l’opération de 2021 : le consortium mené par CVC, associé à Advent International et au fonds italien FSI, proposait 1,7 milliard d’euros pour 10 % de la société des droits domestiques. Les clubs n’ont jamais réuni la majorité qualifiée.
Rien ne garantit que le résultat sera différent. La ligne de fracture reste la même : les grands clubs, dont les recettes internationales propres sont les plus élevées, n’ont pas le même intérêt que les formations de milieu de tableau à figer pour vingt ans la répartition d’un actif commun. La différence, cette fois, tient au périmètre — plus étroit, moins émotionnel, donc politiquement plus facile à faire passer.
L’Italie n’est pas isolée dans ce mouvement de recomposition financière : le pays a multiplié cette année les opérations de consolidation, de la fusion entre TIM et Poste Italiane aux batailles bancaires milanaises.
Carlyle, Bain, Oaktree et Nextalia doivent remettre leurs offres fermes le 4 septembre 2026 pour 10 à 20 % de la filiale des droits médias internationaux de la Serie A, valorisée 3 à 4 milliards d’euros pour environ 250 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. L’opération reproduit les montages déjà réalisés par LaLiga et la Ligue 1 avec CVC, mais sur le compartiment le moins rentable du championnat italien. Elle ne pourra aboutir qu’avec l’accord d’au moins 14 clubs sur 20 — le seuil exact qui avait fait capoter le projet CVC de 2021.
Questions fréquentes sur les droits TV de la Serie A
Que vend exactement la Serie A ?
Une participation minoritaire de 10 à 20 % dans une société regroupant les droits médias internationaux du championnat, ainsi que ses activités de sponsoring et de paris à l’étranger. Les droits domestiques, plus lucratifs, ne sont pas concernés.
Combien vaut cette filiale ?
Entre 3 et 4 milliards d’euros selon les sources citées par Reuters, pour un chiffre d’affaires annuel d’environ 250 millions d’euros et un résultat opérationnel courant proche de 200 millions d’euros.
Quels fonds sont candidats ?
Carlyle, Bain Capital, Oaktree Capital — déjà propriétaire de l’Inter Milan — et le fonds italien Nextalia. En avril 2026, JP Morgan avait également sondé Apollo, CVC, Ares et Sixth Street.
Pourquoi l’opération peut-elle encore échouer ?
Parce qu’elle exige l’approbation d’au moins 14 des 20 clubs de Serie A. C’est ce seuil de majorité qualifiée qui avait bloqué en 2021 l’offre de 1,7 milliard d’euros du consortium mené par CVC sur les droits domestiques.
D’autres championnats européens ont-ils fait la même chose ?
Oui. CVC a investi près de 2 milliards d’euros dans la structure de droits audiovisuels de LaLiga pour une part minoritaire sur cinquante ans, et 1,5 milliard d’euros pour 13 % de la société de droits médias de la Ligue 1 française en 2022.






