C’est un détail d’exploitation que personne ne regarde : l’escalier qui se déplie directement de la carlingue, à l’avant de l’appareil, et qui évite à la compagnie de payer une passerelle. L’agence italienne d’enquête sur la sécurité du vol vient de le chiffrer. Sur trois ans, cet escalier concentre à lui seul plus de huit chutes de passagers sur dix recensées dans les aéroports italiens.
Sommaire
- Ce que dit l’étude de l’ANSV
- Ryanair et le Boeing 737 : 82 % des chutes pour 27 % des passagers
- Une géométrie décrite comme « aux limites »
- Facteur humain ou défaut de conception ?
- Ce que les régulateurs demandent à Boeing et à Ryanair
Ce que dit l’étude de l’ANSV
L’ANSV — l’Agenzia nazionale per la sicurezza del volo, l’organisme italien chargé des enquêtes de sécurité aérienne — a publié en août 2026 une étude consacrée aux chutes de passagers survenues à l’embarquement et au débarquement dans les aéroports italiens. La période retenue court de 2023 à 2025.
Le décompte est net. Sur 104 incidents recensés, 85 concernent l’escalier avant intégré des Boeing 737 exploités par Ryanair, soit 82 % du total. Les 19 chutes restantes se répartissent entre toutes les autres compagnies opérant en Italie, quel que soit le type d’escalier employé.
Cet écart est le point de départ du travail de l’agence. Il n’est pas anodin : à volume de trafic équivalent, on s’attendrait à une répartition beaucoup plus homogène des incidents entre opérateurs. Or l’étude constate l’inverse — une concentration massive sur un seul équipement, sur un seul type d’appareil, chez un seul transporteur.
Ryanair et le Boeing 737 : 82 % des chutes pour 27 % des passagers
La comparaison qui donne sa force au dossier tient dans deux pourcentages. Sur la période étudiée, la compagnie irlandaise a transporté environ 27 % des passagers aériens en Italie, selon les données reprises par l’étude. Elle concentre pourtant 82 % des chutes. Les autres compagnies, qui acheminent les 73 % restants, totalisent 19 incidents.
| Périmètre (Italie, 2023-2025) | Part des passagers | Chutes recensées |
|---|---|---|
| Escalier intégré des Boeing 737 (Ryanair) | ≈ 27 % | 85 (82 %) |
| Toutes les autres compagnies | ≈ 73 % | 19 (18 %) |
| Total | 100 % | 104 |
Les propres relevés du transporteur vont dans le même sens, à une échelle plus large. Depuis 2021, Ryanair a recensé 489 chutes dans les escaliers sur l’ensemble de son réseau. 360 d’entre elles — 73 % — se sont produites sur l’escalier intégré du Boeing 737. Ramené au nombre d’utilisations, cela représente environ trois fois plus de chutes que sur les escaliers ou plateformes mis à disposition par les aéroports.
82 % des chutes pour 27 % des passagers : l’écart est trop large pour relever du hasard statistique.
Une géométrie décrite comme « aux limites »
L’escalier intégré n’est pas un escalier d’aéroport miniature : c’est une pièce d’avion, contrainte par le poids, l’encombrement et la forme du fuselage. Selon les caractéristiques relevées dans l’étude de l’ANSV, il compte douze marches de 61 centimètres de large, hautes de 20 centimètres, avec un giron de 25 centimètres et une inclinaison de 35 degrés.
L’agence italienne situe ces valeurs « aux limites » en hauteur de marche et en pente, par comparaison avec les escaliers fournis par les aéroports — lesquels offrent des marches plus basses, un angle moins prononcé et surtout des paliers plus larges. L’étude relève un autre point, moins intuitif : la première marche est asymétrique pour le passager qui descend, du fait de la courbure du fuselage. Le pied ne rencontre pas la surface attendue à l’endroit attendu.
Ajoutez à cela le contexte d’usage — bagage cabine dans une main, téléphone dans l’autre, file qui pousse derrière — et le mécanisme de l’accident se dessine sans qu’il soit besoin d’invoquer une défaillance mécanique.
Facteur humain ou défaut de conception ?
C’est précisément la ligne de partage que l’ANSV a choisi de tenir. L’agence attribue les chutes à des facteurs humains : distraction, encombrement des mains, non-utilisation de la main courante. Et elle le souligne explicitement — aucune des enquêtes menées à ce jour n’a conclu que le système était défectueux.
La formulation est prudente, et elle est juridiquement importante pour Boeing comme pour Ryanair : un escalier certifié, conforme et non défectueux n’engage pas la responsabilité du constructeur ni de l’exploitant. Reste que la statistique résiste mal à cette lecture. Si le comportement des passagers explique tout, il faudrait admettre que les clients de Ryanair sont trois fois plus distraits que les autres — ce que rien ne démontre. La lecture alternative est plus simple : une géométrie située aux limites de la norme réduit la marge d’erreur tolérée, et transforme une inattention ordinaire en chute.
Le sujet n’est pas neutre économiquement. L’escalier intégré permet de se passer d’une passerelle télescopique ou d’un escalier mobile loué à l’aéroport, et d’accélérer la rotation au sol — deux leviers directs du modèle low cost qui place Ryanair en tête des compagnies les moins chères d’Europe. Y renoncer aurait un coût par vol, multiplié par plusieurs centaines de milliers de rotations annuelles.
Ce que les régulateurs demandent à Boeing et à Ryanair
L’Italie n’est pas le premier pays à se saisir du dossier. La CIAIAC, son homologue espagnole, avait déjà formulé deux recommandations : à Boeing, réduire la pente de l’escalier et augmenter la surface des marches ; à Ryanair, renoncer purement et simplement à l’escalier intégré au profit d’équipements aéroportuaires. L’ANSV a repris ces recommandations à son compte.
Du côté de la compagnie, la réponse a été jusqu’ici procédurale plutôt que matérielle. Depuis le 23 juillet 2025, selon les éléments repris par l’étude, les équipages diffusent une annonce dans la langue du pays de départ et dans celle du pays de destination, invitant les passagers à utiliser la main courante. Aucune modification de l’équipement n’a été annoncée.
Une recommandation d’agence d’enquête n’a pas force contraignante : ni Boeing ni Ryanair ne sont tenus de la suivre. Elle pèse en revanche sur le terrain assurantiel et contentieux. Chaque passager blessé dispose désormais d’un document public établissant que deux autorités nationales avaient identifié le risque et demandé des modifications. C’est un déplacement du curseur qui, à terme, coûte souvent plus cher qu’un escalier mobile — un mécanisme déjà observé sur le dossier des droits des passagers aériens en Europe.
Une étude publiée en août 2026 par l’agence italienne de sécurité aérienne (ANSV) recense 104 chutes de passagers dans les escaliers d’avion en Italie entre 2023 et 2025, dont 85 (82 %) sur l’escalier intégré des Boeing 737 de Ryanair, une compagnie qui transporte environ 27 % des passagers du pays. Les relevés internes de Ryanair confirment la tendance : 360 des 489 chutes enregistrées depuis 2021 concernent cet équipement. L’ANSV impute les accidents à des facteurs humains et ne conclut à aucun défaut du système, mais reprend les recommandations espagnoles demandant à Boeing d’adoucir la pente et à Ryanair d’abandonner l’escalier intégré. Aucune modification matérielle n’a été annoncée à ce stade.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’escalier intégré d’un Boeing 737 ?
C’est un escalier replié dans le fuselage, à l’avant de l’appareil, qui se déploie directement depuis la porte lorsque l’avion est à l’arrêt. Il évite de recourir à une passerelle télescopique ou à un escalier mobile fourni par l’aéroport, ce qui réduit les coûts d’escale et accélère la rotation au sol.
Combien de chutes l’étude de l’ANSV a-t-elle recensées ?
104 chutes de passagers à l’embarquement ou au débarquement dans les aéroports italiens entre 2023 et 2025, dont 85 sur l’escalier intégré des Boeing 737 exploités par Ryanair, soit 82 % du total.
L’ANSV conclut-elle à un défaut de l’escalier ?
Non. L’agence attribue les chutes à des facteurs humains — distraction, mains encombrées, non-utilisation de la main courante — et précise qu’aucune enquête menée à ce jour n’a conclu que le système était défectueux.
Quelles recommandations ont été adressées à Boeing et à Ryanair ?
La CIAIAC espagnole a recommandé à Boeing de réduire la pente de l’escalier et d’augmenter la surface des marches, et à Ryanair d’abandonner l’escalier intégré au profit d’équipements aéroportuaires. L’ANSV a repris ces recommandations. Elles ne sont pas juridiquement contraignantes.
Ryanair a-t-elle pris des mesures ?
Depuis le 23 juillet 2025, les équipages diffusent une annonce dans la langue du pays de départ et dans celle du pays d’arrivée, invitant les passagers à utiliser la main courante. Aucune modification de l’équipement lui-même n’a été annoncée.






