Augmentation de capital d’Eramet : le minier français joue son plan de financement sur 500 millions d’euros

Le groupe minier doit lever jusqu'à 500 millions d'euros d'ici décembre. L'opérationnel se redresse nettement, mais le levier reste à 4,5 fois et les actionnaires de référence n'ont pas dit s'ils suivraient.

Mine de manganèse et de nickel à ciel ouvert avec convoyeur de minerai
Sommaire

 

Augmentation de capital d’Eramet : 500 millions d’euros à lever d’ici la fin de l’année

C’est l’échéance qui conditionne tout le reste. Le groupe minier français Eramet doit réaliser au quatrième trimestre 2026 une augmentation de capital d’un montant maximal de 500 millions d’euros, approuvée par l’assemblée générale du 27 mai dernier. Le groupe la qualifie lui-même d’« essentielle » — non pas pour boucler un exercice, mais pour rendre crédible l’ensemble du plan de financement annoncé en février 2026.

Ce plan repose sur trois jambes. La première : redresser la performance et la génération de trésorerie, via le programme d’économies ReSolution et une compression des investissements. La deuxième : une revue stratégique d’actifs, qui pourrait déboucher sur des cessions de participations minoritaires d’ici la fin 2026. La troisième, la plus visible : le renforcement des fonds propres par cette recapitalisation. Si l’une des trois cède, l’édifice se fragilise.

À la publication des résultats semestriels, le 29 juillet, le groupe a indiqué avoir reçu « plusieurs marques d’intérêt d’investisseurs » — en précisant aussitôt qu’elles demeuraient « non engageantes » et que « les discussions se poursuivent à ce stade ». Les actionnaires historiques, au premier rang desquels la famille industrielle Duval et l’État français, disposent d’un droit préférentiel de souscription. Aucun ne s’est publiquement engagé à l’exercer.

« Nous mettons en place les conditions qui permettront à Eramet de renouer avec une croissance rentable et durable. »

— Christel Bories, présidente-directrice générale d’Eramet

Un semestre de rebond opérationnel : EBITDA ajusté en hausse de 45 %

Le paradoxe du dossier tient là : Eramet aborde cette recapitalisation avec des indicateurs opérationnels nettement mieux orientés qu’un an plus tôt. L’EBITDA ajusté du premier semestre 2026 atteint 276 millions d’euros, en hausse de 45 % par rapport aux 191 millions du premier semestre 2025. Le moteur : la montée en puissance du lithium et du manganèse, complétée par les économies du programme ReSolution.

Le chiffre d’affaires ajusté progresse de 8 %, à 1 649 millions d’euros — et de 14 % à périmètre et change constants, sous l’effet combiné d’un effet prix de 9 % et d’un effet volume de 5 %. Surtout, le free cash-flow ajusté revient à l’équilibre, à 7 millions d’euros, contre un décaissement de 266 millions un an plus tôt. Ce retournement doit autant à la reprise de l’EBITDA qu’à une coupe de 53 % dans les investissements et à une gestion serrée du besoin en fonds de roulement.

Indicateur (données ajustées) 1er semestre 2026 1er semestre 2025
Chiffre d’affaires ajusté 1 649 M€ 1 528 M€ (+ 8 %)
EBITDA ajusté 276 M€ 191 M€ (+ 45 %)
Free cash-flow ajusté + 7 M€ − 266 M€
Résultat net part du Groupe (hors SLN) − 146 M€
Levier ajusté 4,5 x
Gearing 129 %

Sénégal et Indonésie : deux chocs qui plombent le résultat net

Le résultat net part du Groupe, hors Société Le Nickel, reste pourtant négatif à 146 millions d’euros. L’essentiel de l’écart avec la performance opérationnelle vient d’une dépréciation de 112 millions d’euros sur les actifs de l’activité Sables minéralisés, consécutive à l’incendie survenu au Sénégal en février 2026. Le site n’a connu qu’un redémarrage partiel fin avril, et le groupe ne prévoit un retour à pleine capacité qu’au premier trimestre 2027.

Second point de friction : l’Indonésie. Eramet est actionnaire minoritaire du gigantesque site de nickel de Weda Bay, dont l’activité a été placée en régime de maintenance depuis mai, faute d’un permis de production et de vente (RKAB) au niveau des exercices précédents. Le groupe a déposé en juillet une demande de révision à la hausse, jugée « cohérente avec les niveaux autorisés les années précédentes ». En attendant, l’absence de dividendes remontant d’Indonésie prive Eramet d’une source de trésorerie qu’il avait justement besoin de sécuriser avant sa levée de fonds. Le sort de cette demande administrative pèse aujourd’hui autant sur le dossier que les cours du nickel.

Une structure financière encore tendue

Les ratios expliquent pourquoi le calendrier est aussi serré. Le levier ajusté ressort à 4,5 fois et le gearing à 129 % — un endettement net supérieur aux fonds propres. La liquidité disponible atteint 1,3 milliard d’euros, mais elle inclut une ligne de crédit renouvelable intégralement tirée dès la fin janvier. Autrement dit : le matelas existe, il a déjà été largement mobilisé.

Dans ce contexte, la question de l’actionnariat devient centrale. Un actionnaire de référence qui ne suivrait pas l’augmentation de capital verrait sa participation mécaniquement diluée — et ouvrirait, de fait, la porte à l’entrée de nouveaux investisseurs au capital d’un groupe qui extrait des métaux classés stratégiques par Bruxelles. La direction s’est refusée à parler pour ses actionnaires de référence, estimant qu’ils « gardent leurs options ouvertes ».

Manganèse, lithium, nickel : ce que l’augmentation de capital d’Eramet engage pour l’Europe

Eramet n’est pas un minier générique. Le groupe produit du manganèse, indispensable aux alliages sidérurgiques, du nickel, qui alimente à la fois l’acier inoxydable et les batteries rechargeables, des sables minéralisés, et depuis fin 2024 du lithium. C’est, en pratique, l’un des rares acteurs européens intégrés sur les métaux dont dépend la chaîne de valeur des batteries — un maillon dont la fragilité s’est déjà illustrée cet été avec le dépôt de bilan du fabricant allemand Varta.

Le groupe confirme d’ailleurs ses objectifs 2026 par activité : 6,4 à 6,8 millions de tonnes de minerai de manganèse transportées, 17 à 20 kilotonnes-LCE de carbonate de lithium produites — avec une capacité proche de 100 % attendue en fin d’année —, 9 millions de tonnes humides de minerai de nickel vendues à l’externe, et 300 à 400 kilotonnes de sables minéralisés. Le 20 juillet, Eramet et la République gabonaise ont par ailleurs signé un protocole d’accord visant à transformer localement jusqu’à 700 000 tonnes de minerai de manganèse par an d’ici fin 2031, selon trois scénarios encore à l’étude et sous réserve d’un accès à une énergie compétitive.

C’est tout le sens de l’échéance du quatrième trimestre. Une recapitalisation réussie donnerait à Eramet les moyens d’exécuter cette feuille de route au moment où l’Union européenne accélère sur l’électrification de son économie. Une opération manquée, ou souscrite par des investisseurs extra-européens, redessinerait le contrôle d’un actif que Paris et Bruxelles considèrent comme stratégique.

L’essentiel à retenir

Eramet doit réaliser au quatrième trimestre 2026 une augmentation de capital d’un maximum de 500 millions d’euros, approuvée le 27 mai et qualifiée d’« essentielle » par le groupe. L’opérationnel se redresse — EBITDA ajusté à 276 M€ (+ 45 %) et free cash-flow ajusté revenu à l’équilibre à + 7 M€ — mais le résultat net part du Groupe hors SLN reste négatif à − 146 M€ après une dépréciation de 112 M€ liée à l’incendie du site sénégalais. Avec un levier de 4,5 x et un gearing de 129 %, la structure financière laisse peu de marge : la position des actionnaires de référence, qui « gardent leurs options ouvertes », sera déterminante d’ici décembre.

 

Questions fréquentes

Quel est le montant de l’augmentation de capital d’Eramet et quand aura-t-elle lieu ?

Eramet prévoit une augmentation de capital d’un montant maximal de 500 millions d’euros, dont la réalisation est prévue au quatrième trimestre 2026. Le principe en a été approuvé par l’assemblée générale des actionnaires du 27 mai 2026. Le groupe la présente comme essentielle à la finalisation de son plan de financement annoncé en février 2026.

Pourquoi Eramet a-t-il besoin de se recapitaliser malgré un EBITDA en hausse ?

La performance opérationnelle se redresse — l’EBITDA ajusté progresse de 45 % au premier semestre 2026 — mais la structure financière reste tendue : le levier ajusté atteint 4,5 fois, le gearing 129 %, et la liquidité de 1,3 milliard d’euros inclut une ligne de crédit renouvelable entièrement tirée dès fin janvier. Le renforcement des fonds propres est l’un des trois volets du plan de financement, avec l’amélioration de la génération de trésorerie et une revue stratégique d’actifs.

Quels sont les résultats d’Eramet au premier semestre 2026 ?

Le chiffre d’affaires ajusté s’établit à 1 649 millions d’euros (+ 8 %, et + 14 % à périmètre et change constants), l’EBITDA ajusté à 276 millions d’euros (+ 45 %) et le free cash-flow ajusté à + 7 millions d’euros, contre − 266 millions un an plus tôt. Le résultat net part du Groupe hors SLN reste négatif, à − 146 millions d’euros, après une dépréciation de 112 millions d’euros sur l’activité Sables minéralisés.

Quels métaux Eramet produit-il ?

Eramet produit du manganèse, utilisé dans les alliages sidérurgiques, du nickel, qui sert à l’acier inoxydable et aux batteries rechargeables, des sables minéralisés, et du lithium depuis fin 2024. Le groupe confirme pour 2026 des objectifs de 6,4 à 6,8 Mt de minerai de manganèse transportées, 17 à 20 kt-LCE de carbonate de lithium, 9 Mth de minerai de nickel vendues à l’externe et 300 à 400 kt de sables minéralisés.