TotalEnergies et Shell : le pétrolier français rachète 4 GW de renouvelables terrestres en Europe

Coup double pour TotalEnergies. Le groupe français met la main sur l'intégralité du portefeuille renouvelable terrestre européen de Shell, pendant que le britannique poursuit son retour au pétrole et au gaz. Dans le même mouvement, la major française revend à KKR la moitié de 1,2 GW d'actifs déjà construits.

Éoliennes et panneaux solaires dans une plaine européenne
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TotalEnergies et Shell : ce que recouvre le rachat des renouvelables terrestres

L’accord annoncé le lundi 3 août 2026 porte sur la totalité des activités d’énergies renouvelables terrestres de Shell en Europe. Le périmètre comprend 500 MW d’actifs solaires et éoliens en exploitation ou en construction, situés principalement en Italie et aux Pays-Bas, auxquels s’ajoute un pipeline de 3,5 GW de projets solaires, éoliens et de stockage par batterie en Italie, au Royaume-Uni et en Espagne.

Soit environ 4 GW au total, que TotalEnergies détiendra à 100 % une fois l’opération bouclée. Le groupe français n’a pas dévoilé le montant de la transaction, attendue d’ici la fin de l’année 2026 et soumise à l’approbation des autorités compétentes.

Le choix des marchés n’a rien d’un hasard. Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni et Espagne figurent parmi les marchés électriques dérégulés que TotalEnergies a placés au centre de sa stratégie Integrated Power, qui consiste à combiner production renouvelable, capacités de production flexible et commercialisation d’électricité sur un même marché.

Pourquoi Shell se déleste de son solaire et de son éolien européens

Côté britannique, la cession s’inscrit dans une trajectoire assumée. Depuis l’arrivée de Wael Sawan à la direction générale de Shell en 2023, le groupe s’est progressivement détourné des énergies renouvelables pour concentrer ses capitaux sur des projets pétroliers et gaziers jugés plus rentables.

Dans un communiqué distinct, Shell a présenté l’accord comme le prolongement de la gestion active de son portefeuille énergétique, en ligne avec la stratégie énoncée en 2025 : le groupe indique donner la priorité aux secteurs dans lesquels il estime pouvoir créer le plus de valeur à terme. Traduction : l’éolien et le solaire terrestres européens, très capitalistiques et exposés à des prix de marché volatils, n’en font plus partie.

Shell n’abandonne pas pour autant l’électricité. Le groupe a fait savoir qu’il souhaitait recentrer son activité énergétique sur la fourniture, à de grands clients industriels, de solutions combinant énergie renouvelable et production électrique à base d’hydrocarbures — donc moins intermittente.

KKR entre sur 1,2 GW d’actifs valorisés 1,8 milliard d’euros

La seconde opération annoncée le même jour va dans le sens inverse. TotalEnergies a signé avec un compte d’assurance géré par KKR la cession de 50 % d’un portefeuille de 1,2 GW d’actifs solaires et éoliens terrestres, répartis entre l’Allemagne, l’Espagne, la France et la Pologne. La valeur d’entreprise du portefeuille atteint 1,8 milliard d’euros.

Ces actifs sont déjà largement développés et leur électricité est soit déjà vendue à des tiers, soit destinée à être commercialisée par TotalEnergies. Le groupe français conserve les 50 % restants et continuera d’exploiter les installations après la finalisation de l’opération, elle aussi attendue en 2026.

« Ces deux transactions nous permettent d’optimiser notre allocation de capital dans les renouvelables tout en poursuivant le déploiement de notre stratégie Integrated Power. »

— Stéphane Michel, Président Gas, Renewables & Power, TotalEnergies

Un modèle économique fondé sur la rotation d’actifs

L’enchaînement des deux annonces illustre le modèle que TotalEnergies applique depuis plusieurs années dans les renouvelables : développer ou acquérir des projets, les construire, puis en revendre une part — jusqu’à la moitié — une fois la phase risquée passée et les revenus sécurisés. Ces farm-downs partiels libèrent du capital pour financer le développement suivant sans gonfler le bilan.

L’objectif affiché est un retour sur capitaux employés (ROACE) de 12 % pour la branche Integrated Power d’ici 2030. En Europe, le portefeuille renouvelable du groupe représente aujourd’hui près de 10 GW de capacité brute installée ou en construction et 27 GW en développement.

Le rachat des actifs de Shell vient compléter une autre brique du dispositif : les centrales à gaz de TTEP, la coentreprise que TotalEnergies détient avec le tchèque EPH, présentes notamment en Italie, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. C’est la logique du modèle intégré, déjà à l’œuvre dans les résultats du premier semestre 2026 du groupe : adosser une production intermittente à une capacité pilotable et à un portefeuille de clients.

Ce que l’opération dit du marché européen des renouvelables

La même journée aura donc vu deux majors pétrolières prendre des directions opposées sur le même actif. Ce n’est pas un cas isolé : les grands groupes du secteur passent au crible leurs portefeuilles, quitte à céder des positions historiques — BP a ainsi engagé la vente de ses actifs de mer du Nord quelques jours plus tôt.

Pour l’Europe, l’enjeu est moins la disparition d’un investisseur que le prix auquel les capitaux restent disponibles. En rachetant à Shell et en revendant à KKR le même jour, TotalEnergies confirme qu’un actif renouvelable européen construit et sous contrat trouve preneur — auprès d’investisseurs financiers en quête de rendement long terme plutôt qu’auprès des pétroliers.

Les deux opérations en un coup d’œil

  Acquisition Shell Cession à KKR
Sens TotalEnergies achète TotalEnergies vend 50 %
Capacité 500 MW en service ou en construction + 3,5 GW de pipeline 1,2 GW déjà développés
Pays Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni, Espagne Allemagne, Espagne, France, Pologne
Montant Non dévoilé 1,8 Md€ de valeur d’entreprise (100 % du portefeuille)
Finalisation Fin 2026, sous réserve des autorités 2026, conditions usuelles
L’essentiel à retenir

TotalEnergies rachète l’ensemble des activités renouvelables terrestres de Shell en Europe, soit 500 MW en exploitation ou en construction et 3,5 GW de projets répartis entre l’Italie, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l’Espagne, pour un montant non dévoilé. Le même jour, le groupe cède à un compte d’assurance géré par KKR 50 % d’un portefeuille de 1,2 GW valorisé 1,8 milliard d’euros en Allemagne, Espagne, France et Pologne. Les deux opérations doivent être bouclées d’ici la fin 2026, sous réserve du feu vert des autorités. Pour l’investisseur comme pour l’industriel, le signal est clair : le renouvelable européen construit se vend bien, mais il change de mains — des pétroliers vers les gestionnaires d’actifs.

 

Questions fréquentes

Combien TotalEnergies a-t-il payé les actifs renouvelables de Shell ?

Le montant n’a pas été communiqué. TotalEnergies a précisé le périmètre — 500 MW en exploitation ou en construction et 3,5 GW de pipeline — mais pas le prix de la transaction.

Quels pays sont concernés par le rachat des activités de Shell ?

Les actifs en exploitation ou en construction se trouvent principalement en Italie et aux Pays-Bas. Le pipeline de 3,5 GW couvre l’Italie, le Royaume-Uni et l’Espagne.

Pourquoi TotalEnergies vend-il à KKR le jour où il achète à Shell ?

C’est le principe du farm-down : le groupe revend jusqu’à 50 % de ses actifs renouvelables une fois construits et sous contrat, afin de libérer du capital pour financer de nouveaux développements. Il en conserve la moitié et reste l’opérateur des installations.

Shell abandonne-t-il totalement les énergies renouvelables ?

Non. Shell cède ses activités renouvelables terrestres en Europe mais indique vouloir se recentrer sur la fourniture, à de grands clients, de solutions combinant énergie renouvelable et production électrique à base d’hydrocarbures.