Quatre mois après les débuts contestés de la Ferrari électrique, c’est au tour du constructeur de Crewe d’avancer ses pions. Mais là où l’italien a choqué ses fidèles, le britannique a fait exactement l’inverse : tout, dans son premier véhicule zéro émission, est calculé pour qu’on ne remarque pas qu’il a changé de motorisation.
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Bentley électrique : le Torcal joue la continuité, pas la rupture
Bentley a dévoilé mercredi 23 septembre 2026, à Londres, le Torcal, premier véhicule 100 % électrique de son histoire. Le SUV arrive avec un pari assumé : les acheteurs fortunés veulent bien de la mobilité sans émissions, mais pas au prix des codes esthétiques que la marque britannique cultive depuis plus d’un siècle.
Le contraste avec la concurrence est explicite. Le premier véhicule électrique de Ferrari avait suscité la critique d’une partie des passionnés, à qui la silhouette rappelait trop peu les sportives surbaissées à moteur thermique de la marque italienne — un épisode que nous avions raconté lors du lancement de la Ferrari électrique. Le Torcal, lui, revendique une filiation immédiatement lisible : il conserve les traits de style des modèles thermiques de la maison, jusqu’aux feux en forme de losange dessinés pour évoquer une calandre traditionnelle — alors même qu’un véhicule électrique n’en a aucun besoin pour refroidir un moteur.
« Notre intention a toujours été de faire une Bentley d’abord », résume le directeur général Frank-Steffen Walliser. « Nous avons le sentiment que les gens ne réclament pas une voiture complètement différente simplement parce qu’elle est électrique. »
Un V8 de synthèse joué aux timbales
La démonstration la plus révélatrice de cette philosophie tient dans une bande-son. Pour recréer la sensation d’un V8, Bentley n’a pas cherché à imiter un bruit d’échappement : le constructeur a construit son signal sonore à partir de timbales d’orchestre, épaulées par des percussions plus petites dont le tempo s’accélère à mesure que le véhicule prend de la vitesse.
Le procédé dit beaucoup de la position du segment ultra-luxe face à l’électrification. Le silence, argument commercial central des constructeurs généralistes, y est vécu comme une perte. Ce qui se vend à ce niveau de prix n’est pas une performance énergétique : c’est une expérience sensorielle, et elle doit être reconstituée par tous les moyens lorsque la mécanique qui la produisait disparaît.
Pour recréer le grondement d’un V8 disparu, Bentley est allé chercher un orchestre. Le luxe automobile électrifié ne vend pas du silence, il vend une mise en scène.
Le positionnement tarifaire qui sépare Bentley de Ferrari
Le prix d’entrée mérite une précision, car les chiffres publiés divergent. Reuters retient un tarif de départ de 173 000 livres sterling (environ 230 000 dollars), tandis que la presse spécialisée britannique situe la version standard autour de 165 000 livres, la finition S First Edition approchant les 200 000 livres. L’écart tient vraisemblablement au périmètre retenu — version, options, prix catalogue ou prix clés en main. Retenons l’ordre de grandeur : environ 170 000 livres, soit de l’ordre de 200 000 euros.
Le chiffre prend tout son sens en regard de celui de la Ferrari Luce électrique, affichée à 550 000 euros (628 000 dollars). Le rapport est de près d’un à trois.
Surtout, le Torcal se situe dans le bas de la gamme Bentley, là où la Luce occupe le haut de la gamme Ferrari. Le premier véhicule électrique de la marque britannique n’est donc pas un objet vitrine réservé aux collectionneurs : c’est une porte d’entrée. Walliser parle d’une « Bentley plus abordable » qui « ouvre indéniablement de nouveaux marchés ».
| Marque | Groupe | Situation sur l’électrique |
|---|---|---|
| Bentley | Volkswagen | Torcal dévoilé le 23 septembre 2026, à partir d’environ 170 000 £ |
| Ferrari | Indépendant | Luce commercialisée, à partir de 550 000 €, accueil clivé |
| Rolls-Royce | BMW | Seul autre constructeur ultra-luxe commercialisant un VE à ce jour |
| Lamborghini | Volkswagen | Premier VE repoussé à la fin de la décennie |
| McLaren | Indépendant | Aucun projet de VE annoncé |
Les premiers retours commerciaux, tels que les rapporte la direction, valident cette lecture. Bentley a présenté le véhicule à ses clients existants et à des prospects, avec un intérêt marqué en Europe, au Moyen-Orient et dans les États américains où l’adoption du véhicule électrique est élevée. Une campagne de lancement en Chine est prévue l’an prochain. Selon Walliser, la moitié de l’intérêt vient de clients déjà dans le giron de la marque — cherchant un véhicule électrique ou remplaçant une voiture de leur collection — et « environ 50 % sont nouveaux pour la marque ».
Crewe, 350 millions de livres et un signal pour l’industrie britannique
Bentley indique avoir investi 350 millions de livres (465 millions de dollars) dans son usine historique de Crewe, dans le nord-ouest de l’Angleterre, pour produire le Torcal. L’annonce s’inscrit dans une séquence favorable pour l’industrie automobile britannique : McLaren a dévoilé quelques jours plus tôt un investissement de 500 millions de livres au Royaume-Uni, et Nissan a confirmé 170 millions de livres pour y construire un nouveau modèle.
Le ministre britannique chargé des Entreprises, Jonathan Reynolds, y a vu « une preuve supplémentaire que nous créons les bonnes conditions pour une croissance saine ». La formule est politique, mais l’enchaînement des trois annonces en une semaine ne relève pas du hasard : sur un segment où l’outil industriel est difficilement délocalisable, le site d’assemblage fait partie du produit.
Le luxe automobile européen reste divisé sur l’électrique
Le Torcal arrive après un long recul stratégique. Bentley avait déjà repoussé à 2026 le lancement de son premier véhicule électrique, et surtout abandonné son objectif de passer au tout-électrique dès 2030, en expliquant que sa clientèle n’était pas prête.
Ce revirement n’est pas isolé dans le segment. Lamborghini, qui appartient comme Bentley au groupe Volkswagen, a repoussé son premier véhicule électrique à la fin de la décennie. McLaren a indiqué la semaine dernière n’avoir aucun projet en la matière. Les deux invoquent le même motif : une demande client limitée. Hors Bentley, seul Rolls-Royce, propriété de BMW, commercialise aujourd’hui un véhicule électrique dans l’ultra-luxe.
Le Torcal fonctionne donc comme un test grandeur nature. S’il trouve son public à ce niveau de prix, il validera l’hypothèse d’un électrique de luxe qui ne renonce à rien de son identité thermique. S’il échoue, il confirmera que sur ce segment, le calendrier de l’électrification n’est pas dicté par la réglementation mais par le goût d’une clientèle qui n’a, précisément, aucune obligation de se presser.
Bentley a dévoilé le 23 septembre 2026 le Torcal, son premier SUV 100 % électrique, à partir d’environ 170 000 livres sterling — près de trois fois moins que la Ferrari Luce à 550 000 euros. Le modèle est assemblé à Crewe, où le constructeur a investi 350 millions de livres. La moitié des prospects sont nouveaux pour la marque. L’ultra-luxe reste divisé : Lamborghini a repoussé son VE à la fin de la décennie et McLaren n’en prévoit aucun, faute de demande.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le Bentley Torcal ?
C’est le premier véhicule 100 % électrique de l’histoire de Bentley, un SUV dévoilé à Londres le 23 septembre 2026. Il est assemblé à l’usine de Crewe, dans le nord-ouest de l’Angleterre.
Combien coûte la Bentley électrique ?
Les chiffres publiés varient : Reuters retient 173 000 livres sterling (environ 230 000 dollars), la presse spécialisée britannique situe la version standard autour de 165 000 livres et la finition S First Edition près de 200 000 livres. L’ordre de grandeur est donc d’environ 170 000 livres. Le Torcal se situe dans le bas de la gamme Bentley, ce que son directeur général décrit comme une « Bentley plus abordable » ouvrant de nouveaux marchés.
En quoi le Torcal se distingue-t-il de la Ferrari électrique ?
Sur deux plans. Le prix d’abord : environ 170 000 livres contre 550 000 euros pour la Ferrari Luce. Le parti pris esthétique ensuite : la Ferrari électrique a été critiquée pour sa rupture avec les codes de la marque, tandis que le Torcal conserve délibérément les traits de style des Bentley thermiques, jusqu’aux feux en losange évoquant une calandre.
Le Bentley Torcal fait-il du bruit ?
Oui, volontairement. Bentley a conçu une bande-son destinée à recréer la sensation d’un V8, construite à partir de timbales d’orchestre et de percussions plus petites dont le rythme s’accélère avec la vitesse.
Quels autres constructeurs ultra-luxe vendent un véhicule électrique ?
Outre Bentley et Ferrari, seul Rolls-Royce, propriété de BMW, commercialise aujourd’hui un véhicule électrique dans ce segment. Lamborghini, également filiale de Volkswagen, a repoussé son premier modèle à la fin de la décennie, et McLaren a indiqué ne pas en prévoir, faute de demande suffisante.






