Prix de l’essence en Italie : le litre atteint 2,6 euros et Rome ressort l’arme de l’accise mobile

À Milan, un litre d'essence affiché à 2,6 euros a suffi à rallumer la bataille politique. Trois semaines après l'expiration de la ristourne sur les accises, l'Italie redécouvre le prix fort du plein — et un gouvernement contraint d'improviser une réponse budgétaire.

Automobiliste faisant le plein dans une station-service d'autoroute en Italie
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Prix de l’essence en Italie : jusqu’à 2,6 euros le litre à Milan

Le chiffre a circulé samedi 25 juillet dans toute la presse italienne : dans une station-service du centre de Milan, l’essence était affichée à 2,6 euros le litre. Un niveau qui ne correspond pas à la moyenne nationale, mais qui agit comme un signal politique dans un pays où le prix du plein est un marqueur de pouvoir d’achat aussi scruté que l’inflation alimentaire.

Les relevés publiés dimanche par le ministère des Entreprises et du Made in Italy, à partir des données de l’Observatoire des prix des carburants, dessinent un tableau moins spectaculaire mais tout aussi tendu. En mode self-service, le prix moyen sur le réseau routier national s’établit à 1,981 euro le litre pour l’essence et 2,184 euros pour le gazole. Sur le réseau autoroutier, ces moyennes montent respectivement à 2,071 et 2,255 euros.

Entre la moyenne et le prix réellement payé, l’écart peut être considérable. Selon des relevés locaux effectués samedi, des tarifs supérieurs à 2,7 euros le litre pour le gazole et 2,5 euros pour l’essence ont été constatés sur les autoroutes A21 Turin-Plaisance, A4 Venise-Trieste, A22 Brenner-Modène, ainsi que sur les axes Milan-Brescia et Messine-Palerme. À Rome, plusieurs stations affichaient l’essence à 2,3 euros.

Réseau / relevé Essence Gazole
Moyenne self-service, réseau routier 1,981 €/l 2,184 €/l
Moyenne self-service, réseau autoroutier 2,071 €/l 2,255 €/l
Pointes relevées sur autoroutes (A4, A21, A22…) plus de 2,5 €/l plus de 2,7 €/l
Rome, stations urbaines jusqu’à 2,3 €/l
Milan, centre-ville (25 juillet) 2,6 €/l

Source : Observatoire des prix des carburants, ministère italien des Entreprises et du Made in Italy, relevés du 26 juillet 2026 ; relevés locaux du 25 juillet.

La fin de la ristourne sur les accises, point de bascule du 3 juillet

La remontée n’est pas un accident de marché isolé. Les prix à la pompe progressent en Italie depuis le 3 juillet, date à laquelle a expiré la réduction des accises mise en place par le gouvernement au moment du déclenchement du conflit entre les États-Unis et l’Iran, pour amortir le choc sur les prix de l’énergie.

Le mécanisme était classique : un abaissement temporaire de la taxe pour absorber une partie de la hausse du brut. Sa disparition produit l’effet inverse — elle restitue d’un coup au consommateur l’intégralité de la fiscalité, à un moment où les cours n’ont pas reflué. Sur ce point, l’Italie n’est pas un cas isolé : la persistance de prix du pétrole et du gaz durablement élevés en Europe même après la trêve iranienne pèse sur l’ensemble des marchés du continent.

Une facture énergétique alourdie de 29 milliards d’euros

Les associations de consommateurs ont chiffré l’addition. Selon le Codacons, les dépenses de carburant des Italiens atteindront 10,8 milliards d’euros, soit près de 2 milliards de plus qu’en 2025. Pour le seul mois de juillet, l’association estime que, à consommation identique et par rapport au prix moyen de juillet 2025, les automobilistes italiens auront déboursé 841 millions d’euros supplémentaires en essence et en gazole.

Le bureau d’études de la CGIA de Mestre élargit le calcul à toute la facture énergétique. Ménages et entreprises supporteraient en 2026 près de 29 milliards d’euros de coûts supplémentaires pour l’électricité, le gaz et les carburants. L’essence et le diesel concentrent la hausse la plus vive, avec 13,6 milliards d’euros de dépenses additionnelles, soit une progression de 20,4 % sur un an.

Vingt-neuf milliards d’euros de coûts énergétiques supplémentaires en un an : la facture italienne ne se lit plus seulement à la pompe, mais dans le budget de chaque ménage.

L’accise mobile, le mécanisme que Rome remet sur la table

Le gouvernement de Giorgia Meloni travaille à une réponse. Parmi les pistes examinées figure le retour de l’accise mobile — un dispositif qui module la taxe sur les carburants en fonction du surplus de recettes de TVA généré par la hausse des prix. Logique du système : plus le litre est cher, plus l’État encaisse de TVA, et plus il dispose de marge pour abaisser l’accise.

Le calendrier n’est pas encore fixé. Le ministre des Entreprises et du Made in Italy, Adolfo Urso, a expliqué dans un entretien au Corriere della Sera qu’il faut d’abord attendre les calculs du ministère de l’Économie sur le surplus de TVA du mois, attendus la semaine suivante, pour déterminer l’ampleur de la baisse possible. Il a précisé que ce surplus permettrait de financer la réduction d’accise, mais que d’éventuelles mesures complémentaires exigeraient d’autres financements.

Le ministre a par ailleurs défendu le dispositif italien de contrôle des prix à la pompe, affirmant qu’il est désormais imité par d’autres pays et qu’il a limité la hausse des carburants en Italie par rapport à ses voisins. Une affirmation que les chiffres de juillet rendent difficile à trancher.

Le Portugal confronté à la même spirale à la pompe

La tension n’est pas propre à la péninsule. Au Portugal, les prix ont connu mi-juillet une hausse hebdomadaire marquée : selon l’Automóvel Clube de Portugal et les prévisions de la Direction générale de l’énergie et de la géologie, le gazole devait augmenter de 13,5 centimes et l’essence de 6,5 centimes par litre, portant le gazole à 1,988 euro et l’essence à 1,980 euro le litre.

Lisbonne est allée plus loin que Rome sur un point : le gouvernement portugais a saisi le régulateur de l’énergie d’une demande d’inspection des prix pratiqués par les stations-service depuis 2024, avec une question précise — pourquoi les baisses des cours du pétrole sur les marchés internationaux mettent-elles autant de temps à se répercuter à la pompe. Une interrogation qui vise directement la marge de raffinage et de distribution, dans une année où les résultats semestriels des majors pétrolières européennes restent robustes.

L’opposition réclame des mesures d’une autre ampleur

À Rome, l’opposition juge la réponse trop tardive. La secrétaire du Parti démocrate, Elly Schlein, presse le gouvernement d’adopter la proposition de son parti sur les accises mobiles, en rappelant que la majorité avait un temps promis de supprimer purement et simplement les accises.

Le leader du Mouvement 5 étoiles, Giuseppe Conte, plaide pour un plan plus large : taxation des surprofits des banques, des groupes énergétiques et de l’industrie de l’armement, réaffectation des recettes fiscales supplémentaires liées à la hausse des prix, et négociation à Bruxelles d’investissements massifs dans une stratégie de relance industrielle et énergétique comparable au plan de relance post-pandémie.

Entre une accise mobile calibrée sur quelques centimes et une refonte de la fiscalité énergétique, l’écart d’ambition est considérable. Il se jouera d’abord sur un chiffre technique : le montant du surplus de TVA que le ministère de l’Économie communiquera dans les prochains jours.

L’essentiel à retenir

Depuis l’expiration de la ristourne sur les accises le 3 juillet 2026, les prix à la pompe remontent en Italie : 1,981 euro le litre d’essence en moyenne sur le réseau routier, jusqu’à 2,6 euros dans certaines stations milanaises. Le Codacons chiffre à 841 millions d’euros le surcoût de juillet pour les automobilistes, la CGIA de Mestre à 13,6 milliards la facture carburant supplémentaire de l’année. Rome étudie une accise mobile financée par le surplus de TVA — son calibrage dépendra des calculs du ministère de l’Économie attendus dans les prochains jours.

 

Questions fréquentes

Pourquoi le prix de l’essence augmente-t-il en Italie en juillet 2026 ?

La réduction temporaire des accises, mise en place au moment du déclenchement du conflit entre les États-Unis et l’Iran, a expiré le 3 juillet 2026. Sa disparition restitue au consommateur l’intégralité de la fiscalité sur les carburants, alors que les cours du brut n’ont pas reflué.

Quel est le prix moyen de l’essence en Italie aujourd’hui ?

Selon l’Observatoire des prix des carburants du ministère italien des Entreprises et du Made in Italy, le prix moyen en self-service s’élève à 1,981 euro le litre pour l’essence et 2,184 euros pour le gazole sur le réseau routier. Sur autoroute, ces moyennes atteignent 2,071 et 2,255 euros.

Qu’est-ce que l’accise mobile sur les carburants ?

C’est un mécanisme qui module la taxe sur les carburants en fonction du surplus de recettes de TVA encaissé par l’État du fait de la hausse des prix. Plus le litre est cher, plus la TVA rapporte, et plus l’État dispose de marge budgétaire pour abaisser l’accise.

Combien la hausse des carburants coûte-t-elle aux Italiens ?

Le Codacons évalue les dépenses de carburant à 10,8 milliards d’euros, soit près de 2 milliards de plus qu’en 2025, avec 841 millions d’euros de surcoût pour le seul mois de juillet. La CGIA de Mestre chiffre à 13,6 milliards d’euros la hausse annuelle de la facture essence et diesel, soit +20,4 %.