Devenir freelance : plus d’un actif français sur cinq envisage le grand saut d’ici 2030

Selon une étude Freelance.com relayée par Les Échos, 22 % des actifs français envisagent de devenir freelances d'ici 2030 et 61 % voient dans ce statut un symbole d'émancipation professionnelle. Le portage salarial s'impose comme la passerelle entre indépendance et protection sociale.

Le CDI a longtemps régné sans partage sur les aspirations professionnelles des Français. Une étude publiée fin juillet 2026 par la plateforme Freelance.com suggère que l’ordre établi vacille : plus d’un actif sur cinq se projette désormais hors du salariat classique à l’horizon 2030. Derrière l’effet d’annonce, l’enquête dessine surtout un rapport au travail profondément remanié — et met en lumière un dispositif encore mal connu, le portage salarial.

Sommaire

Ce que révèle l’étude Freelance.com

Les chiffres, rapportés par Les Échos le 27 juillet 2026, sont sans ambiguïté sur la dynamique à l’œuvre. Pour 61 % des Français, le statut de freelance symbolise l’émancipation professionnelle. Et 22 % des actifs déclarent envisager de devenir travailleurs indépendants d’ici 2030.

Olivier Marcheteau, directeur général de Freelance.com et commanditaire de l’enquête, se livre à une extrapolation parlante : rapporté à l’ensemble de la population active, ce chiffre représenterait près de six millions de freelances en 2030. Le dirigeant prend toutefois soin de nuancer sa propre projection — il ne s’attend pas à ce que ce niveau soit atteint, mais y voit un marqueur de l’ampleur du phénomène.

La précarité ne fait plus peur

L’enseignement le plus frappant de l’enquête tient peut-être à ce qu’elle ne mesure presque plus : la peur. La précarité, longtemps brandie comme le repoussoir absolu du travail indépendant face au confort du contrat à durée indéterminée, n’est citée que par 4 % des personnes interrogées.

Plusieurs facteurs expliquent ce basculement de la balance bénéfice-risque. Le freelancing s’est imposé comme une alternative crédible au salariat depuis la crise sanitaire, et le marché s’est structuré : plateformes de mise en relation, accès facilité aux missions des grands groupes, intermédiaires spécialisés. Freelance.com indique ainsi avoir accompagné environ 19 000 missions en 2025. Un écosystème qui rassure — les indépendants savent désormais qu’ils peuvent trouver des missions et être correctement rémunérés, selon le dirigeant de la plateforme.

Les jeunes générations en première ligne

Sans surprise, l’appétence pour l’indépendance décroît avec l’âge. « Cette génération a largement désacralisé le CDI », observe Olivier Marcheteau dans Les Échos à propos des plus jeunes actifs, davantage confiants dans leur capacité à construire leur parcours hors du salariat à temps plein.

Tranche d’âge Part envisageant de devenir freelance d’ici 2030
25-34 ans 37 %
35-44 ans 19 %
55-64 ans 13 %

Source : étude Freelance.com, citée par Les Échos, juillet 2026.

Cette pyramide des intentions n’est pas anodine pour les employeurs : c’est précisément la tranche d’âge la plus courtisée sur un marché du travail européen historiquement tendu qui se montre la plus disposée à quitter le salariat. Dans un contexte de vieillissement démographique et de contraction annoncée de la population active, la capacité des entreprises à collaborer avec des indépendants — et non plus seulement à recruter — devient un enjeu de compétitivité RH.

Devenir freelance : un maquis de statuts à défricher

Si l’envie est là, le passage à l’acte se heurte à une spécificité bien française : la multiplication des régimes juridiques. Micro-entreprise, entreprise individuelle, société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU), portage salarial : l’étude pointe un paysage complexe, que beaucoup d’actifs renoncent à étudier en détail. Cette complexité administrative agit comme un filtre à l’entrée, chaque statut emportant des conséquences différentes en matière de cotisations, de fiscalité et de couverture sociale.

C’est d’ailleurs l’un des paradoxes soulevés par l’enquête : une partie importante des actifs ignore qu’il est possible de conjuguer l’autonomie de l’indépendant avec une protection sociale comparable à celle du salarié.

Le portage salarial, un marché de 2,4 milliards d’euros

C’est la promesse du portage salarial : le professionnel conserve son autonomie commerciale — il trouve ses clients et négocie ses missions — tout en étant juridiquement salarié d’une société de portage. Il cotise pour sa retraite, bénéficie d’une couverture santé, peut ouvrir des droits au chômage — sous les conditions d’éligibilité de droit commun — et reste protégé entre deux missions.

Le dispositif pèse déjà lourd : entre 45 000 et 50 000 personnes travaillent actuellement en portage salarial en France, pour un marché d’environ 2,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires, en croissance proche de 20 % par an depuis 2015, selon les chiffres avancés par Freelance.com. Le secteur reste pourtant très fragmenté, avec près de 600 sociétés de portage actives — une dispersion qui contribue, selon l’étude, à son déficit de notoriété.

Les freins qui subsistent

Reste que le CDI n’a pas dit son dernier mot. La protection sociale attachée au salariat demeure le principal frein psychologique identifié par l’enquête : difficile de renoncer d’un bloc à la retraite, à la prévoyance et à l’assurance chômage. Le dirigeant de Freelance.com plaide en conséquence pour un effort de pédagogie autour du portage salarial, et appelle les pouvoirs publics à mettre davantage en avant un dispositif qu’il juge cohérent avec le modèle social français.

Pour les directions des ressources humaines comme pour les candidats à l’indépendance, le message de l’étude est en tout cas limpide : la frontière entre salariat et freelancing n’est plus une ligne de fracture, mais un continuum — et les outils hybrides qui permettent de circuler entre les deux mondes ont une longueur d’avance.

L’essentiel à retenir

Selon l’étude Freelance.com relayée par Les Échos le 27 juillet 2026, 22 % des actifs français envisagent de devenir freelances d’ici 2030, et 61 % voient dans ce statut un symbole d’émancipation professionnelle. Les 25-34 ans sont les plus tentés (37 %), la précarité n’est plus citée que par 4 % des répondants. Le portage salarial — 45 000 à 50 000 professionnels, un marché d’environ 2,4 milliards d’euros en croissance de 20 % par an — s’impose comme la passerelle entre indépendance et protection sociale, malgré un déficit de notoriété persistant.

 

FAQ — Devenir freelance en France

Combien de Français envisagent de devenir freelances ?

Selon l’étude Freelance.com publiée en juillet 2026, 22 % des actifs français envisagent de devenir travailleurs indépendants d’ici 2030. Extrapolé à l’ensemble de la population active, cela représenterait près de six millions de freelances.

Quelle génération est la plus attirée par le freelancing ?

Les 25-34 ans, dont 37 % envisagent de passer en indépendant d’ici 2030, contre 19 % des 35-44 ans et 13 % des 55-64 ans.

Qu’est-ce que le portage salarial ?

Un dispositif hybride : le professionnel conserve son autonomie commerciale (choix des clients et des missions) tout en étant salarié d’une société de portage. Il cotise ainsi pour la retraite et la santé, peut ouvrir des droits au chômage selon les conditions d’éligibilité, et reste couvert entre deux missions.

Combien pèse le portage salarial en France ?

Entre 45 000 et 50 000 personnes y travaillent, pour un marché d’environ 2,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires, en croissance proche de 20 % par an depuis 2015, réparti entre près de 600 sociétés de portage.

La précarité freine-t-elle encore les candidats à l’indépendance ?

De moins en moins : seuls 4 % des répondants de l’étude Freelance.com citent la précarité comme préoccupation associée au statut de freelance. Le principal frein reste la perte de la protection sociale du salariat.