NEET en France : la part des 15-29 ans sans emploi ni formation grimpe à 13,3 %, loin devant la moyenne européenne

Ni en emploi, ni en études, ni en formation : 13,3 % des jeunes Français de 15 à 29 ans sont désormais dans cette zone grise, selon l'Insee. Un niveau supérieur de plus de deux points à la moyenne européenne, que dix ans de plans publics n'ont pas suffi à faire refluer.

Deux jeunes adultes assis devant un bâtiment d'accompagnement vers l'emploi en France
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Les NEET en France atteignent 13,3 % des 15-29 ans

L’acronyme est technique, la réalité qu’il recouvre l’est beaucoup moins. Les NEET — pour « neither in employment nor in education or training », une notion apparue à la fin des années 1990 au Royaume-Uni — désignent les jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. En France, leur part atteint 13,3 % des 15-29 ans au deuxième trimestre 2026, selon les chiffres publiés par l’Insee le 7 août.

La progression est de 0,3 point de pourcentage sur un an. Rapportée à la fin 2019, avant la pandémie, la hausse est trois fois plus importante. L’indicateur suit ainsi la même pente que le taux de chômage, qui s’établit à 8,3 % de la population active au deuxième trimestre, en hausse de 0,2 point sur le trimestre.

La différence entre les deux mesures est loin d’être cosmétique. Le taux de chômage ne compte que les personnes sans emploi qui en recherchent activement un. L’indicateur NEET, lui, englobe aussi celles qui ont cessé de chercher — les jeunes découragés, malades, ou empêchés par une contrainte familiale. C’est précisément ce que les statistiques d’emploi classiques laissent hors du cadre.

Un décrochage qui s’installe depuis 2022

Sur dix ans, la trajectoire française n’a pourtant rien d’une dérive continue. Abstraction faite de la parenthèse du Covid, la part des NEET a reculé jusqu’à toucher un point bas de 11,8 % en 2022. C’est depuis cette date que la courbe s’est retournée, et qu’elle ne se redresse plus.

Ce retournement intervient malgré une accumulation de dispositifs publics. Garantie jeunes devenue contrat d’engagement jeune, plan « 1 jeune, 1 solution », plan d’investissement dans les compétences assorti de volets spécifiques pour aller chercher ces jeunes souvent qualifiés d’« invisibles » par le service public de l’emploi : les initiatives, souvent massives et coûteuses, se sont succédé sans parvenir à inverser durablement la tendance.

Le taux de chômage compte ceux qui cherchent un emploi. L’indicateur NEET compte aussi ceux qui ont arrêté de chercher.

Une part de NEET supérieure à la moyenne européenne

La comparaison européenne est le principal enseignement de ces chiffres. Selon Eurostat, la moyenne de l’Union européenne s’établit à 11,0 % en 2025 pour les 15-29 ans — soit plus de deux points sous le niveau français. L’écart entre les sexes y est net : 12,0 % chez les jeunes femmes contre 9,9 % chez les jeunes hommes.

Neuf États membres sont déjà passés sous la barre des 9 %, cible que l’Union s’est fixée à horizon 2030 : les Pays-Bas, la Suède, la Slovénie, la Tchéquie, le Portugal, l’Irlande, Malte, le Luxembourg et le Danemark. À l’autre extrémité, la Roumanie, la Bulgarie, la Grèce et l’Italie dépassent les 13 %.

Indicateur (15-29 ans) Valeur Source
Part des NEET en France 13,3 % (T2 2026) Insee
Moyenne Union européenne 11,0 % (2025) Eurostat
Taux le plus bas de l’UE (Pays-Bas) 5 % (2025) Eurostat
Taux le plus élevé de l’UE (Roumanie) 19 % (2025) Eurostat
Objectif européen 9 % d’ici 2030 Commission européenne

L’écart entre les Pays-Bas et la Roumanie est de l’ordre de un à quatre. Il rappelle que la part des NEET dépend moins du seul cycle économique que de l’architecture du système éducatif et des passerelles vers l’emploi.

Le chômage de longue durée, spécificité française

Derrière l’indicateur se cachent des situations très hétérogènes. Jeunes découragés après un décrochage scolaire, jeunes malades ou en situation de handicap, jeunes au chômage récurrent, jeunes parents sans solution de garde : la population des NEET n’a pas un profil, mais plusieurs, dont la pondération varie fortement selon la classe d’âge.

Bernard Gazier, professeur d’économie à l’université Paris-1 et spécialiste du sujet, pointe une singularité française : le chômage de longue durée frappe ces jeunes bien plus qu’ailleurs en Europe. Selon lui, les difficultés d’insertion professionnelle tiennent avant tout à une faible qualification initiale, révélatrice des défauts persistants du système éducatif français malgré la baisse du taux d’abandon scolaire.

Les données européennes vont dans le même sens. En 2025, le taux de NEET dans l’UE atteignait 12,8 % chez les jeunes peu diplômés, contre 11,0 % pour un niveau intermédiaire et 8,0 % chez les diplômés du supérieur. Pour la France, la part des NEET parmi les jeunes faiblement qualifiés s’élevait à 14,1 %, au-dessus de la moyenne de l’Union.

Ce que révèle le suivi d’une génération entière

Une étude de l’Insee publiée en février 2025 a suivi les jeunes entrés en sixième en 2007 jusqu’en 2023. Son constat central : près d’un jeune sur quatre (23 %) s’est retrouvé au moins une fois en situation de NEET, soit en alternance avec des épisodes d’emploi, soit de manière prolongée. Il s’agit essentiellement de jeunes ayant fait des études courtes.

Le détail est plus instructif encore. 15 % de cette cohorte ont fait des allers-retours entre emploi et statut de NEET, tandis que 8 % sont restés NEET sur la quasi-totalité de la période. Autrement dit, la majorité des trajectoires concernées sont intermittentes, pas figées — mais un noyau dur reste durablement à l’écart. À l’échelle du pays, l’Insee situe l’effectif total autour de 1,5 million de jeunes.

Cette instabilité n’est pas propre à la France. Eurostat souligne que la transition entre études et travail s’est complexifiée partout : les allers-retours sont devenus monnaie courante, y compris chez les étudiants du supérieur, et la frontière entre les deux situations s’est brouillée. En 2025, 22,5 % des 20-24 ans de l’Union étaient à la fois en emploi et en formation.

L’objectif européen de 9 % en 2030 s’éloigne

L’Union européenne s’est engagée à ramener la part des NEET de 15 à 29 ans à 9 % d’ici 2030, dans le prolongement du socle européen des droits sociaux et de la garantie pour la jeunesse renforcée adoptée en 2020. À 11,0 % en 2025, la moyenne européenne reste à deux points de la cible ; la France, à 13,3 %, en est à plus de quatre points.

L’enjeu est autant social qu’économique. Une période prolongée hors de l’emploi et de la formation pèse durablement sur les revenus, l’accès au logement et la santé. Pour les entreprises, elle représente un réservoir de main-d’œuvre inexploité, dans un contexte où le vieillissement démographique européen resserre la population active disponible.

L’essentiel à retenir

La part des jeunes de 15 à 29 ans ni en emploi, ni en études, ni en formation atteint 13,3 % en France au deuxième trimestre 2026, contre 11,0 % en moyenne dans l’Union européenne. La hausse s’installe depuis le point bas de 11,8 % de 2022, malgré une succession de plans publics. Le déterminant principal reste le niveau de qualification initiale : 8,0 % de NEET chez les diplômés du supérieur dans l’UE, contre 12,8 % chez les moins diplômés. Avec un objectif européen fixé à 9 % en 2030, la France accuse un retard de plus de quatre points à quatre ans de l’échéance.

 

Questions fréquentes sur les NEET en France

Que signifie exactement l’acronyme NEET ?

NEET signifie « neither in employment nor in education or training », soit ni en emploi, ni en études, ni en formation. La notion est apparue à la fin des années 1990 au Royaume-Uni et sert aujourd’hui d’indicateur statistique commun à l’Insee et à Eurostat.

Quelle est la différence entre un NEET et un chômeur ?

Un chômeur au sens du Bureau international du travail est sans emploi et recherche activement un poste. La catégorie NEET est plus large : elle inclut aussi les jeunes qui ne cherchent pas d’emploi, qu’ils soient découragés, malades ou empêchés par une contrainte familiale.

Combien y a-t-il de NEET en France ?

L’Insee situe l’effectif autour de 1,5 million de jeunes de 15 à 29 ans. Rapporté à la classe d’âge, cela représente 13,3 % au deuxième trimestre 2026.

Quels pays européens s’en sortent le mieux ?

En 2025, les Pays-Bas affichent le taux le plus bas de l’Union européenne, à 5 %. Huit autres pays sont déjà passés sous l’objectif de 9 % fixé pour 2030 : la Suède, la Slovénie, la Tchéquie, le Portugal, l’Irlande, Malte, le Luxembourg et le Danemark.

Le niveau d’études influence-t-il le risque de devenir NEET ?

Nettement. Dans l’Union européenne en 2025, le taux de NEET atteint 12,8 % chez les jeunes faiblement diplômés contre 8,0 % chez les diplômés du supérieur. En France, il s’élève à 14,1 % pour les moins qualifiés.