Un enseignant débutant peut gagner 17 000 euros par an en Grèce et 62 000 euros au Luxembourg, pour un métier soumis aux mêmes exigences de diplôme. La rentrée 2026 remet ce grand écart sur la table, dans une Europe qui peine à recruter des professeurs et découvre que le salaire n’est pas seulement une question de justice sociale, mais un problème d’offre de main-d’œuvre.
Sommaire
- Le Luxembourg loin devant : jusqu’à 109 000 euros en fin de carrière
- Slovaquie, Grèce, Hongrie : le bas de la grille européenne
- Trente à quarante ans pour atteindre le sommet
- En France, 3 090 euros nets par mois : ce que recouvre la moyenne
- Pourquoi le salaire enseignant est devenu un enjeu d’attractivité

Le Luxembourg loin devant : jusqu’à 109 000 euros en fin de carrière
Les données du réseau Eurydice, le service d’information sur l’éducation financé par la Commission européenne, portent sur l’année scolaire 2024-2025 et couvrent l’ensemble des systèmes éducatifs de l’Union. Elles désignent sans ambiguïté le pays qui rémunère le mieux ses professeurs : le Luxembourg arrive en tête à la plupart des niveaux d’enseignement, en début comme en fin de carrière.
Le Grand-Duché verse entre 55 000 et 62 000 euros annuels à un enseignant débutant, selon le niveau de classe, et entre 97 000 et 109 000 euros en fin de carrière. Les Pays-Bas et l’Allemagne occupent la deuxième place, leur position variant elle aussi selon le niveau d’enseignement et l’ancienneté du professionnel.
Ces montants doivent être lus avec la précaution d’usage : Eurydice recense les salaires statutaires bruts, ceux inscrits dans les grilles, sans les primes ni les heures supplémentaires, et sans correction du coût de la vie. Le pouvoir d’achat réel d’un enseignant luxembourgeois n’est donc pas six fois supérieur à celui d’un enseignant slovaque. L’écart de grille reste néanmoins considérable.
Slovaquie, Grèce, Hongrie : le bas de la grille européenne
À l’autre extrémité du classement, la Slovaquie, la République tchèque et la Hongrie sont les pays de l’Union qui rémunèrent le moins leurs enseignants au sommet de leur carrière. Selon le niveau d’enseignement, la Slovaquie verse entre 18 000 et 22 000 euros annuels, la Hongrie et la Tchéquie jusqu’à 27 000 euros. En début de carrière, ce sont la Grèce et la Slovaquie qui ferment la marche, avec des salaires atteignant au maximum 17 000 euros.
| Pays | Début de carrière (brut annuel) | Fin de carrière (brut annuel) |
|---|---|---|
| Luxembourg | 55 000 – 62 000 € | 97 000 – 109 000 € |
| Pays-Bas / Allemagne | 2e rang de l’UE, selon le niveau d’enseignement | |
| Hongrie / Rép. tchèque | — | jusqu’à 27 000 € |
| Slovaquie | jusqu’à 17 000 € | 18 000 – 22 000 € |
| Grèce | jusqu’à 17 000 € | — |
Source : Eurydice (Commission européenne), année scolaire 2024-2025. Salaires statutaires bruts, hors primes.
Un enseignant débutant grec gagne en un an ce qu’un enseignant luxembourgeois de même ancienneté touche en un trimestre.
Cette dispersion n’est pas un simple reflet des écarts de richesse. Le Luxembourg, la Slovaquie et la Grèce n’ont ni le même PIB par habitant, ni la même structure de dépense publique, mais l’écart de rémunération des enseignants y est nettement plus large que l’écart de niveau de vie. Autrement dit, les États ne consacrent pas la même part relative de leurs moyens à la rémunération de leur corps enseignant. Sur les poids économiques respectifs des pays de l’Union, l’Allemagne pèse un quart du PIB européen — sa deuxième place sur les salaires enseignants n’a rien d’automatique pour autant.
Trente à quarante ans pour atteindre le sommet
Le niveau de départ ne dit pas tout : le rythme de progression compte au moins autant. Eurydice mesure aussi le temps nécessaire pour atteindre le haut de la grille salariale, et le résultat est spectaculaire.
Dans onze pays de l’Union, il faut entre 31 et 40 ans de service pour arriver au sommet de la carrière — soit, en pratique, l’intégralité d’une vie professionnelle. À l’inverse, le Danemark et la Finlande plafonnent à dix années de travail au maximum, selon le niveau d’enseignement. Un professeur finlandais atteint donc son plafond salarial trois à quatre fois plus vite qu’un collègue de la moitié sud du continent.
Ce paramètre est déterminant pour l’attractivité du métier. Un candidat de vingt-cinq ans qui compare une carrière enseignante à une carrière dans le privé n’arbitre pas seulement sur le salaire d’entrée : il regarde à quelle vitesse il progressera. Une grille qui ne se déroule qu’au bout de trente-cinq ans revient à promettre une récompense que beaucoup renonceront à attendre.
Eurydice relève par ailleurs que les enseignants de Chypre, du Portugal, des Pays-Bas et de Slovénie connaissent la plus forte progression salariale de l’Union entre le début et le sommet de leur carrière.
En France, 3 090 euros nets par mois : ce que recouvre la moyenne
Le débat sur le salaire enseignant a rebondi en France après la publication par le ministère de l’Éducation nationale du salaire moyen de la profession. Selon une note d’information de la DEPP, le service statistique du ministère, un enseignant de l’Éducation nationale fonctionnaire ou assimilé percevait en moyenne 3 090 euros nets par mois en 2024.
Ce chiffre est exact, mais son périmètre mérite d’être explicité. D’abord, il agrège tous les statuts : professeurs des écoles, professeurs certifiés, agrégés, enseignants du supérieur. Une moyenne unique écrase des grilles très différentes. Ensuite, et surtout, elle ne porte que sur les fonctionnaires et assimilés — les enseignants contractuels en sont exclus, alors qu’ils sont les moins bien rémunérés.
L’ordre de grandeur de ce hors-champ n’est pas anecdotique. Un rapport du Sénat recense 51 969 enseignants contractuels dans le public en 2024, soit 2,7 % des effectifs du premier degré public et 11,1 % de ceux du second degré public. En élargissant au privé sous contrat et aux autres segments, le même rapport dénombre 81 283 emplois contractuels, plus de 9 % du total. La moyenne ministérielle décrit donc la situation d’une profession dont elle laisse de côté une partie significative — précisément celle qui tire les rémunérations vers le bas.
Pourquoi le salaire enseignant est devenu un enjeu d’attractivité
La comparaison la plus parlante n’est pas entre pays, mais entre métiers. Dans son édition 2024 de Regards sur l’éducation, l’OCDE établit qu’en moyenne, le salaire de début de carrière d’un enseignant représente 61 % des gains moyens des actifs de même niveau de diplôme. Un professeur débutant gagne donc environ 39 % de moins qu’un autre diplômé du supérieur au même stade de sa vie professionnelle.
L’écart se referme avec l’ancienneté : en haut de grille, les enseignants atteignent 99 % des gains moyens des diplômés du supérieur. Mais ce rattrapage arrive au terme d’une carrière entière — c’est-à-dire, dans onze pays de l’Union, après trois à quatre décennies. Le signal envoyé aux jeunes diplômés est donc défavorable exactement là où il compte le plus : au moment du choix d’orientation.
C’est ce mécanisme, plus que le niveau absolu des salaires, qui explique les tensions de recrutement observées dans la plupart des systèmes éducatifs européens. Le salaire enseignant n’est plus seulement un sujet de négociation sociale ; il est devenu une variable de politique économique, au même titre que le coût de la formation ou la démographie active. Les États qui ont raccourci leur grille — le Danemark et la Finlande — ne paient pas nécessairement plus. Ils paient plus tôt.
Selon les données Eurydice 2024-2025, le Luxembourg rémunère le mieux ses enseignants dans l’Union — de 55 000 à 62 000 euros bruts en début de carrière et jusqu’à 109 000 euros en fin de carrière — devant les Pays-Bas et l’Allemagne. À l’opposé, la Grèce et la Slovaquie versent au maximum 17 000 euros à un débutant. Dans onze pays de l’UE, il faut 31 à 40 ans pour atteindre le haut de la grille, contre dix ans au Danemark et en Finlande. En France, la moyenne ministérielle de 3 090 euros nets par mois (2024) ne couvre que les fonctionnaires et assimilés : les contractuels, plus de 51 900 dans le public, en sont exclus.
Questions fréquentes
Quel pays d’Europe paie le mieux ses enseignants ?
Le Luxembourg, à la plupart des niveaux d’enseignement et aux deux extrémités de la carrière : entre 55 000 et 62 000 euros bruts annuels pour un débutant, entre 97 000 et 109 000 euros en fin de carrière, selon les données Eurydice 2024-2025. Les Pays-Bas et l’Allemagne suivent.
Où les enseignants sont-ils les moins bien payés dans l’UE ?
En début de carrière, la Grèce et la Slovaquie, avec des salaires atteignant au maximum 17 000 euros bruts par an. En fin de carrière, la Slovaquie (18 000 à 22 000 euros), la Hongrie et la République tchèque (jusqu’à 27 000 euros).
Quel est le salaire moyen d’un enseignant en France ?
3 090 euros nets par mois en 2024 pour un enseignant de l’Éducation nationale fonctionnaire ou assimilé, selon une note d’information de la DEPP. Cette moyenne agrège tous les statuts de titulaires et exclut les enseignants contractuels, qui sont les moins bien rémunérés.
Combien de temps faut-il pour atteindre le haut de la grille salariale ?
Entre 31 et 40 ans de service dans onze pays de l’Union européenne, selon le niveau d’enseignement. Le Danemark et la Finlande font exception avec dix années de travail au maximum. Chypre, le Portugal, les Pays-Bas et la Slovénie affichent la plus forte progression entre le début et le sommet de carrière.
Les enseignants gagnent-ils moins que les autres diplômés du supérieur ?
Oui, surtout en début de carrière. Selon l’OCDE (Regards sur l’éducation, édition 2024), le salaire de départ d’un enseignant représente en moyenne 61 % des gains des actifs de même niveau de diplôme, soit environ 39 % de moins. L’écart se referme en fin de carrière, où les enseignants atteignent 99 % de ces gains moyens.






