Excédent budgétaire grec : Athènes engrange 5,2 milliards d’euros au premier trimestre 2026, plus du double de la cible

Le ministère grec des Finances annonce un excédent primaire de 5,175 milliards d'euros sur les quatre premiers mois de 2026, soit plus du double de la cible. Des effets de calendrier européens expliquent une part du dépassement.

Un excédent budgétaire grec plus du double de la cible

Le ministère grec de l’Économie nationale et des Finances a publié ce 15 mai un état d’exécution budgétaire qui dépasse toutes les anticipations. Sur la période janvier-avril 2026, l’État central affiche un excédent primaire de 5,175 milliards d’euros, contre une cible inscrite au programme de stabilité fixée à 2,298 milliards. L’écart, supérieur à 2,8 milliards d’euros, replace Athènes en tête de classe budgétaire de la zone euro alors même que la trajectoire de désendettement reste l’une des plus surveillées par la Commission européenne.

La performance est presque identique à celle observée sur les quatre premiers mois de 2025, où l’excédent primaire s’établissait à 5,148 milliards d’euros. Côté recettes, les revenus nets cumulés atteignent 25,165 milliards d’euros, soit 2,1 milliards de plus qu’attendu. Côté dépenses, l’enveloppe consommée ressort à 23,287 milliards, en retrait de 686 millions par rapport à l’objectif initial — un signe que la discipline budgétaire grecque reste serrée en début d’exercice, y compris sur l’investissement public, en sous-exécution de près de 600 millions d’euros.

Des éléments exceptionnels qui gonflent l’excédent budgétaire de la Grèce

L’analyse détaillée des comptes ramène toutefois la performance à un niveau plus prosaïque. Selon le ministère, deux opérations exceptionnelles expliquent l’essentiel de l’écart à la cible. La septième tranche du Fonds de récupération européen, soit 884 millions d’euros, a été versée plus tôt que prévu : initialement attendue en juin, elle a été enregistrée dans les comptes du premier quadrimestre. À cela s’ajoutent 461 millions d’euros perçus au titre du Fonds européen d’investissement, eux aussi imputables à un effet calendaire favorable.

Le ministère a également comptabilisé sur la période des recettes liées à la concession de 35 ans de l’autoroute Egnatia, opérée en début d’année, ainsi qu’un remboursement de TVA associé à ce contrat. Une fois ces éléments retirés, le dépassement de cible ne s’élève plus qu’à 358 millions d’euros, et les recettes fiscales hors transactions exceptionnelles affichent même un léger déficit de 39 millions par rapport à l’objectif. La photographie reste positive, mais elle ne traduit pas un saut structurel des rentrées fiscales.

L’excédent primaire grec atteint 5,175 milliards d’euros au premier trimestre, plus du double de la cible — mais 1,3 milliard d’euros provient de décalages calendaires européens.

Athènes, premier de la classe budgétaire d’une zone euro fragilisée

Cette annonce intervient dans un contexte où la plupart des grands États de l’Union européenne peinent à contenir leurs déficits. Selon la Direction générale du Trésor, la Grèce dégage des excédents primaires chaque année depuis 2016, à la seule exception de la crise sanitaire. Sur la période 2022-2025, la moyenne s’établit à 2,5 % du PIB, et le programme de stabilité 2026 prévoit un excédent primaire annuel de 2,8 % du PIB. À titre de comparaison, la France et l’Italie naviguent encore en déficit primaire, tandis que l’Allemagne consacre désormais une partie croissante de son budget à un effort de réarmement.

Le rythme de désendettement reste la traduction la plus visible de cette discipline. La dette publique grecque, qui culminait à 154 % du PIB fin 2024, est attendue à environ 138 % en 2026 selon les projections du Trésor français — une baisse de près de 60 points en six ans. Les agences de notation ont accompagné le mouvement : depuis 2023, la dette souveraine grecque a progressivement retrouvé la catégorie investissement, ce qui a allégé le coût de refinancement de l’État et libéré une partie de la marge budgétaire dont profite aujourd’hui Athènes.

Un équilibre encore tributaire des fonds européens et de la conjoncture

Le pays bénéficie toujours d’un appui massif de Bruxelles. Les recettes du Programme d’investissement public, financées en partie par les fonds européens, s’élèvent à 2,311 milliards d’euros sur janvier-avril, et la mécanique du Fonds de récupération continue d’irriguer le budget. La Banque de Grèce table sur une croissance d’environ 2 % en 2026, tandis que le Trésor français retient une prévision de 2,4 %, à comparer à un consensus de 1,2 % pour l’ensemble de la zone euro.

L’inflation reste toutefois supérieure à la moyenne européenne (+2,3 % attendus en 2026, contre 1,9 % en zone euro), sous l’effet des tensions immobilières et du marché du travail. Athènes a déjà annoncé en début d’année des mesures de soutien au pouvoir d’achat, financées précisément par cette marge de manœuvre budgétaire. Pour le ministère, l’enjeu sera désormais de transformer ce confort de court terme en trajectoire soutenable, sans laisser les éléments exceptionnels masquer les fragilités structurelles d’un appareil productif encore convalescent.