Sommaire
Onduleurs chinois : ce que la Commission a décidé
Au début du mois de mai 2026, la Commission européenne a annoncé qu’elle cesserait de subventionner, via les fonds publics de l’Union, les projets solaires, éoliens et de stockage équipés d’onduleurs provenant de pays jugés « à haut risque » — la Chine au premier chef. Discret mais stratégique, l’onduleur transforme le courant continu produit par les panneaux en courant alternatif injecté dans le réseau. C’est aussi un équipement connecté, que le fabricant peut piloter et mettre à jour à distance : de là naît la crainte pour la cybersécurité des infrastructures énergétiques.
La bascule est progressive. Jusqu’au 1er novembre 2026, les projets restent évalués selon le cadre antérieur, quitte à imposer des mesures de sécurité supplémentaires ou à écarter les fournisseurs à risque. Un régime plus strict s’appliquera ensuite aux nouveaux contrats à partir d’avril 2027. Officiellement, il ne s’agit pas d’un embargo commercial mais d’une clause de sécurité conditionnant l’accès à l’argent public européen.
Une dépendance de 70 % impossible à combler du jour au lendemain
Le problème est arithmétique. Selon l’agence Reuters, la Chine fournit environ 70 % des onduleurs installés en Europe, un marché dominé par des géants comme Huawei et Sungrow. L’appareil productif européen, fragilisé par des années de concurrence asiatique, n’est pas en mesure de prendre le relais à court terme. Résultat attendu : des coûts plus élevés et des chantiers retardés, exactement au moment où l’essor du solaire tire les prix de l’électricité vers le bas dans plusieurs pays.
Dans une lettre datée du 7 juillet, révélée par Reuters et adressée à la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, 36 entreprises et investisseurs ont tiré la sonnette d’alarme. Le flou sur les modalités d’application de la mesure, écrivent-ils, « gèle les décisions de financement » dans toute la région.
Cela risque de ralentir — et, sur certains marchés, de stopper — la transition énergétique de toute la région.
— Lettre de 36 entreprises et investisseurs à la Commission européenne, 7 juillet 2026 (via Reuters)
L’Europe de l’Est en première ligne
Ce sont les pays d’Europe centrale et orientale qui concentrent les inquiétudes. Plus dépendants des financements publics et déjà en retard sur les pays d’Europe de l’Ouest dans leur sortie des énergies fossiles, ils risquent d’être les premières victimes du resserrement. Le cabinet Wood Mackenzie estime qu’entre 2026 et 2030, la mesure contraindra environ 14 % des projets solaires européens et 12 % des déploiements de stockage à chercher d’autres fournisseurs. La Roumanie, la Tchéquie et la Grèce figurent parmi les marchés les plus exposés.
| Indicateur | Chiffre |
|---|---|
| Part de la Chine dans les onduleurs installés en Europe | ~70 % |
| Projets solaires européens devant changer de fournisseur (2026-2030) | ~14 % |
| Déploiements de stockage concernés (2026-2030) | ~12 % |
| Marchés les plus exposés | Roumanie, Tchéquie, Grèce |
| Signataires de la lettre à la Commission | 36 entreprises et investisseurs |
Cybersécurité : pourquoi l’UE se méfie des onduleurs chinois
La démarche de Bruxelles s’inscrit dans une logique de souveraineté énergétique. Parce qu’ils sont connectés au réseau et pilotables à distance, les onduleurs constituent une porte d’entrée potentielle : une prise de contrôle malveillante, même partielle, pourrait déséquilibrer un réseau électrique. Dès 2025, plusieurs rapports avaient fait état de composants de communication non documentés repérés dans certains onduleurs de fabrication chinoise, nourrissant la défiance des régulateurs américains puis européens.
Le Conseil européen des fabricants solaires (ESMC) rappelle que plus de 200 gigawatts de capacité solaire européenne reposent sur ces équipements, et estime qu’une attaque visant ne serait-ce que 3 GW d’onduleurs pourrait avoir des conséquences significatives. La question dépasse le solaire : elle rejoint le débat plus large sur la dépendance de l’industrie européenne vis-à-vis de la Chine.
L’industrie propose une alternative au bannissement
Plutôt que de fermer le robinet des composants chinois, les 36 signataires plaident pour une autre approche : encadrer strictement l’accès distant des fabricants étrangers une fois les onduleurs raccordés au réseau européen. En clair, autoriser le matériel mais verrouiller les canaux de communication qui inquiètent. Une manière, selon eux, de neutraliser le risque de sécurité sans casser la dynamique d’installation.
La Commission, elle, n’a pas tranché sur ces propositions. Le dossier illustre le dilemme européen : concilier l’objectif d’autonomie stratégique avec l’urgence de la décarbonation, sans faire flamber la facture ni prendre de retard sur les objectifs climatiques de 2030.
Depuis début mai 2026, l’UE ne finance plus les projets d’énergies renouvelables équipés d’onduleurs issus de pays « à haut risque », dont la Chine — qui fournit environ 70 % du marché européen. Selon Wood Mackenzie, 14 % des projets solaires et 12 % du stockage devront changer de fournisseur d’ici 2030, la Roumanie, la Tchéquie et la Grèce en tête. Prochaine étape décisive : le durcissement prévu pour les nouveaux contrats à partir d’avril 2027.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un onduleur solaire et pourquoi est-il sensible ?
L’onduleur convertit le courant continu des panneaux photovoltaïques en courant alternatif injecté dans le réseau. Comme il est connecté et pilotable à distance par son fabricant, il peut représenter une faille de cybersécurité pour les infrastructures énergétiques.
La Chine est-elle totalement bannie du marché européen ?
Non. La mesure ne vise pas à interdire la vente d’onduleurs chinois, mais à priver de financements publics européens les projets qui en sont équipés, pour des raisons de sécurité. Le secteur privé reste libre d’en acheter.
Quels pays sont les plus touchés ?
Les marchés d’Europe centrale et orientale, très dépendants des fonds publics : la Roumanie, la Tchéquie et la Grèce figurent parmi les plus exposés selon les analyses citées par Reuters.






