Sommaire
- Des émissions de CO2 qui s’envolent avec la course à l’IA
- Google : une consommation électrique qui rivalise avec la Grèce
- Amazon, plus gros émetteur malgré ses achats d’énergie verte
- Pourquoi l’intelligence artificielle pèse autant sur le climat
- Nucléaire, géothermie : la riposte des géants de la tech
Des émissions de CO2 qui s’envolent avec la course à l’IA
C’est un aveu que les deux mastodontes de la Silicon Valley auraient préféré ne pas formuler. Dans leurs bilans environnementaux annuels, publiés début juillet 2026, Google et Amazon reconnaissent que leurs rejets de gaz à effet de serre continuent de grimper, à rebours de leurs engagements climatiques. En cause : la ruée sur l’intelligence artificielle, une technologie vorace en électricité, en eau de refroidissement, mais aussi en béton, en acier et en puces pour bâtir les centres de données qui la font tourner.
Les chiffres donnent le vertige. Les émissions totales de Google ont bondi de 82 % depuis 2019, dont 18 % sur la seule année écoulée. Chez Amazon, la progression est à peine moins vive : 58 % depuis 2019 et 16 % l’an passé. Une trajectoire d’autant plus embarrassante que les deux groupes s’étaient, ces dernières années, posés en champions de la transition. La publication prochaine des données de Meta et de Microsoft devrait prolonger la tendance.
Google : une consommation électrique qui rivalise avec la Grèce
Dans le détail, Google a rejeté l’an dernier 18,8 millions de tonnes équivalent CO2. Ces émissions proviennent de ses centres de données et de ses bureaux, mais surtout d’un poste souvent négligé : la fabrication des puces et des serveurs et la construction de nouvelles installations chez ses fournisseurs. Autrement dit, l’essentiel de l’empreinte se joue en amont, avant même qu’un modèle d’IA ne réponde à la moindre requête.
Plus parlant encore, la consommation d’électricité du groupe a doublé en trois ans et approche désormais celle d’un pays comme la Grèce. Un ordre de grandeur qui illustre le changement d’échelle : les infrastructures d’IA ne se comptent plus en serveurs, mais en fractions de réseaux électriques nationaux.
« Notre déploiement d’infrastructures d’IA s’accélère actuellement plus vite que le réseau électrique ne se décarbone. »
— Kate Brandt, directrice du développement durable de Google
Amazon, plus gros émetteur malgré ses achats d’énergie verte
Avec 80,85 millions de tonnes équivalent CO2, Amazon reste de loin le plus gros émetteur du secteur. La comparaison est logique : au cloud s’ajoutent ses entrepôts, sa flotte logistique et ses livraisons aux quatre coins du monde. Mais c’est bien la brique numérique qui s’emballe : les émissions liées à la construction de ses centres de données ont bondi de plus de 40 % en un an.
Le tableau ci-dessous résume l’ampleur du dérapage tel qu’il ressort des deux rapports.
| Indicateur | Amazon | |
|---|---|---|
| Émissions annuelles (dernier bilan) | 18,8 Mt CO2eq | 80,85 Mt CO2eq |
| Hausse depuis 2019 | +82 % | +58 % |
| Hausse sur un an | +18 % | +16 % |
| Objectif climatique | -50 % d’émissions d’ici 2030 | Neutralité carbone en 2040 |
Pourquoi l’intelligence artificielle pèse autant sur le climat
Le point le plus préoccupant tient à un renversement discret mais lourd de sens. Pour la première fois depuis au moins 2021 chez Amazon, les émissions augmentent plus vite que les ventes. En clair, chaque dollar de chiffre d’affaires génère désormais davantage de CO2 qu’auparavant : la croissance de l’IA se paie d’une intensité carbone en hausse, alors que la logique de la transition voudrait l’inverse.
Ce décrochage s’explique par un décalage de rythme. Construire un data center, l’équiper de puces et le raccorder au réseau prend quelques mois ; verdir la production d’électricité qui l’alimente prend des années. Entre les deux, l’écart se comble avec les moyens du bord — souvent des centrales thermiques. La responsable mondiale du développement durable d’Amazon, Kara Hurst, admet d’ailleurs que « la hausse de la demande pourrait ralentir » le groupe dans la poursuite de son ambition environnementale.
Nucléaire, géothermie : la riposte des géants de la tech
Les deux entreprises assurent ne pas rester les bras croisés. Google revendique avoir signé en 2025 un volume record de contrats d’énergie décarbonée — 12 gigawatts — tout en investissant dans le nucléaire et la géothermie. Amazon, de son côté, se présente comme le premier acheteur mondial d’énergies renouvelables pour la sixième année consécutive, mise sur de petits réacteurs nucléaires et a commandé plus de 52 000 camions électriques pour verdir sa logistique.
Reste que ces engagements, aussi massifs soient-ils, peinent pour l’instant à compenser l’appétit énergétique de l’IA. Le vrai test se jouera dans les prochains bilans : les géants parviendront-ils à inverser la courbe, ou la course à l’intelligence artificielle continuera-t-elle de faire dérailler leurs promesses climatiques ?
Portées par l’intelligence artificielle, les émissions de CO2 de Google ont bondi de 82 % depuis 2019 (18,8 Mt sur le dernier bilan) et celles d’Amazon atteignent 80,85 Mt, en hausse de 58 %. Pour la première fois depuis 2021, les rejets d’Amazon progressent plus vite que ses ventes. Malgré des objectifs de neutralité carbone (2030 pour Google, 2040 pour Amazon) et des investissements records dans le nucléaire et les renouvelables, la décarbonation du réseau électrique reste trop lente face à l’explosion des centres de données.
Foire aux questions
Pourquoi l’intelligence artificielle émet-elle autant de CO2 ?
L’IA consomme énormément d’électricité pour entraîner et faire tourner ses modèles dans des centres de données. À cela s’ajoutent les émissions liées à la fabrication des puces et des serveurs et à la construction des bâtiments. Tant que l’électricité qui alimente ces infrastructures n’est pas entièrement décarbonée, la croissance de l’IA fait mécaniquement grimper les rejets de gaz à effet de serre.
Quelles sont les émissions de CO2 de Google et d’Amazon ?
Selon leurs derniers bilans environnementaux, Google a émis 18,8 millions de tonnes équivalent CO2 sur la dernière année (+82 % depuis 2019) et Amazon 80,85 millions de tonnes (+58 % depuis 2019), ce qui fait d’Amazon le plus gros émetteur des deux.
Google et Amazon peuvent-ils encore tenir leurs objectifs climatiques ?
Google vise une réduction de moitié de ses émissions d’ici 2030 et Amazon la neutralité carbone d’ici 2040. Les deux groupes investissent massivement dans les énergies renouvelables, le nucléaire et la géothermie, mais reconnaissent que la demande liée à l’IA progresse plus vite que la décarbonation du réseau électrique, ce qui rend ces objectifs plus difficiles à atteindre.






