TechnicAtome décroche 2 milliards d’euros de commandes pour le porte-avions France Libre et le sous-marin Invincible

Le concepteur français des chaufferies nucléaires de la dissuasion vient d'engranger près de 2 milliards d'euros de prises de commandes. Avec un carnet record de 3,5 milliards et une visibilité décennale, TechnicAtome confirme sa place de pépite stratégique de la défense française.

Coque de sous-marin nucléaire en construction sur cale dans un chantier naval français

L’essentiel à retenir

  • TechnicAtome a engrangé près de 2 milliards d’euros de commandes pour le porte-avions France Libre et le sous-marin Invincible.
  • Son carnet de commandes atteint un niveau record de 3,5 milliards d’euros et lui assure dix années de visibilité industrielle.
  • L’entreprise affiche un chiffre d’affaires 2025 de 683 millions d’euros et un bénéfice net de 84 millions, soit une rentabilité nette de 12 %.
  • Filiale détenue par l’État, le CEA, Naval Group et EDF, elle est le seul acteur français de la propulsion nucléaire navale, savoir-faire partagé uniquement avec les États-Unis et la Russie.

TechnicAtome enregistre 2 milliards d’euros de commandes pour la dissuasion

Discrète pépite de la défense française, TechnicAtome est sortie de sa réserve mardi 5 mai pour annoncer une moisson contractuelle inédite. Le concepteur de chaufferies nucléaires compactes, basé près d’Aix-en-Provence, a engrangé près de 2 milliards d’euros de prises de commandes portées par deux décisions structurantes : la conception des deux chaufferies du futur porte-avions à propulsion nucléaire France Libre, dont la mise en service est prévue à l’horizon 2038, et la livraison d’ici 2037 de l’Invincible, premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) de troisième génération.

Ces contrats positionnent TechnicAtome au centre du dispositif français de dissuasion pour la prochaine décennie. Ils s’inscrivent dans la loi de programmation militaire 2024-2030, qui consacre près de 50 milliards d’euros à la composante océanique et aéroportée de la dissuasion, considérée par l’Élysée comme la pierre angulaire de la souveraineté stratégique nationale.

« Ce sont des étapes majeures des programmes de la dissuasion qui nous engagent pour les dix prochaines années. Ces contrats représentent pratiquement 2 milliards d’euros de prise de commandes. »

— Nasrine Winther, directrice du développement et de la stratégie de TechnicAtome

TechnicAtome chiffre d’affaires 2025 : 683 millions et 12 % de rentabilité

Le groupe a profité de l’occasion pour publier ses résultats annuels. Le chiffre d’affaires 2025 progresse de 4,6 % à 683 millions d’euros, pour un bénéfice net de 84 millions, soit une rentabilité nette de 12 %. Une performance solide pour une entreprise dont la majorité des contrats relève d’engagements pluriannuels avec l’État, le ministère des Armées et Naval Group.

Cette dynamique financière n’est pas une surprise pour les observateurs de la base industrielle de défense française : depuis la guerre en Ukraine et l’accélération du réarmement européen, les acteurs français de l’arme nucléaire (Framatome, Orano, MBDA, Naval Group, TechnicAtome) bénéficient d’une demande structurellement haussière et de contrats à très long terme qui sécurisent leurs investissements industriels.

Une visibilité décennale et un plan de recrutement à plus de 200 ingénieurs par an

La construction des deux chaufferies destinées au France Libre est à elle seule un chantier industriel hors normes. Elle mobilisera plus de 300 ingénieurs et représentera 5 millions d’heures de travail répartis sur sept sites français : Aix-en-Provence, Cadarache, Saclay, Cherbourg, Nantes, Saint-Nazaire et Toulon. Une géographie industrielle qui couvre les principaux bassins de la défense navale française.

L’effectif total de TechnicAtome est passé de 1 400 à 2 200 salariés en une dizaine d’années, et l’entreprise a recruté autour de 10 % de ses effectifs chaque année récemment. Une cadence appelée à se poursuivre, comme l’a indiqué Loïc Rocard, son président-directeur général.

« Ces dernières années, on a recruté de l’ordre de 10 % de nos effectifs chaque année. On restera sur une dynamique de cette nature dans les trois prochaines années. Après, on attend un certain tassement. »

— Loïc Rocard, président-directeur général de TechnicAtome

Le PDG a précisé que l’entreprise n’a « pas vocation à grossir » au-delà de cette trajectoire, en raison du caractère classifié de ses activités, qui interdit toute expansion à l’international. TechnicAtome reste donc une ETI singulière du paysage industriel français : un champion technologique très ciblé, sans ambition d’export, mais doté d’un quasi-monopole sur un savoir-faire stratégique.

Le France Libre, un porte-avions deux fois plus gros que le Charles-de-Gaulle

Le porte-avions France Libre, dont la conception détaillée est désormais enclenchée, devrait afficher un tonnage de 78 000 tonnes, près du double des 42 000 tonnes du Charles-de-Gaulle qu’il remplacera en 2038. Les deux chaufferies de TechnicAtome lui conféreront une vitesse de 27 nœuds (50 km/h), équivalente à celle de son prédécesseur, ainsi qu’une autonomie de dix ans entre deux rechargements de combustible nucléaire — un facteur clé pour la projection navale dans un contexte de tensions géopolitiques durables.

TechnicAtome — chiffres-clés 2025 Valeur
Chiffre d’affaires 683 M€ (+4,6 %)
Bénéfice net 84 M€
Rentabilité nette 12 %
Carnet de commandes 3,5 Md€
Nouvelles commandes (mai 2026) ≈ 2 Md€
Effectifs 2 200 salariés
Chaufferies nucléaires conçues à ce jour 22
Source : annonce TechnicAtome, 5 mai 2026.

Un actionnariat 100 % public et un savoir-faire mondialement rare

L’ex-Areva TA est un cas singulier dans le tissu industriel français. Son capital est détenu par l’Agence des participations de l’État (APE) à 50 %, le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et Naval Group à 20 % chacun, et EDF à un peu moins de 10 %. Une architecture publique qui reflète sa fonction stratégique : concevoir et exploiter les chaufferies nucléaires qui propulsent les sous-marins français depuis les années 1970, ainsi que celles du Charles-de-Gaulle.

Au total, l’entreprise a conçu 22 chaufferies nucléaires embarquées, un savoir-faire que la France ne partage qu’avec deux autres pays au monde — les États-Unis et la Russie. Le Royaume-Uni, qui dispose pourtant d’une flotte sous-marine nucléaire, sous-traite une partie significative de la conception de ses réacteurs aux Américains. Cette singularité technologique fait de TechnicAtome un actif quasi-stratégique au sens où l’OTAN et l’Union européenne entendent désormais ce terme dans leur réflexion sur l’autonomie industrielle face aux dépendances extra-européennes.

Les prochaines échéances pour le groupe sont la livraison du Suffren, dernier sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) de la classe Barracuda, attendu cette année, et le lancement industriel de la fabrication des chaufferies du France Libre. Deux jalons qui consolideront un peu plus la position de cette ETI normande de la défense française dans la cartographie européenne du nucléaire militaire.