L’ESSENTIEL À RETENIR
- Le brasseur belge AB InBev publie un chiffre d’affaires de 15,27 milliards de dollars au premier trimestre 2026, en croissance organique de 5,8 %.
- L’EBITDA normalisé progresse de 5,3 % à 5,44 milliards, et le bénéfice par action sous-jacent bondit de 20,8 % à 0,97 dollar — un record pour un premier trimestre.
- Le sans-alcool (+27 %) et la catégorie « Beyond Beer » (+37 %) tirent la croissance, sur fond d’accélération de la marketplace BEES.
- Le groupe maintient son objectif annuel d’une croissance organique de l’EBITDA comprise entre 4 % et 8 %, avec un coup de pouce attendu de la Coupe du monde de la FIFA.
Résultats AB InBev T1 2026 : un trimestre porté par la prime et le sans-alcool
Le numéro un mondial de la bière, basé à Louvain en Belgique, a publié début mai ses résultats du premier trimestre 2026, et le marché a sanctionné positivement la performance. Le chiffre d’affaires atteint 15,27 milliards de dollars, en croissance organique de 5,8 %. L’EBITDA normalisé progresse de 5,3 % à 5,44 milliards, pour une marge solide de 35,6 %. Le bénéfice net normalisé attribuable s’établit à 1,92 milliard de dollars.
Le chiffre qui a le plus retenu l’attention reste le bénéfice par action sous-jacent, qui bondit de 20,8 % sur un an à 0,97 dollar — un record pour un premier trimestre depuis la fusion ayant donné naissance au géant belgo-américain. Cet effet de levier opérationnel est le résultat conjugué d’un mix produit favorable, de la maîtrise des coûts de matières premières et de la poursuite du programme de rachat d’actions, qui mécaniquement gonfle le BPA.
Volumes en hausse modeste, mais valorisation par hectolitre en bond
Les volumes totaux progressent de 0,8 % et les volumes de bière de 1,2 % — une évolution mesurée, mais la révélation se trouve dans la valeur par hectolitre, en hausse de 4,5 % grâce à la combinaison du repricing et de la montée en gamme. Autrement dit, AB InBev vend à peu près le même nombre de bouteilles que l’an passé, mais à un prix moyen sensiblement supérieur, signe d’un pouvoir de marque qui résiste à la pression sur le pouvoir d’achat dans plusieurs marchés émergents.
Les performances par marque illustrent ce mouvement : Corona a progressé de 16 % en volume hors de son marché d’origine, Stella Artois de 14 % et Michelob Ultra de 39 %. La direction estime avoir gagné ou maintenu sa part de marché dans 75 % des géographies où elle est présente, avec des volumes records pour un premier trimestre au Mexique, en Colombie, au Brésil, en Afrique du Sud et au Pérou.
Le sans-alcool progresse de 27 %, la marketplace BEES affiche 14,6 milliards de dollars de volume d’affaires : le groupe brasseur historique se transforme silencieusement en plateforme de distribution.
Sans-alcool et « Beyond Beer », nouveaux moteurs de croissance
L’autre grande lecture du trimestre concerne les segments de diversification. Le portefeuille sans-alcool affiche une croissance de 27 % de ses revenus, tiré notamment par Corona Cero, qui a livré une « croissance à deux chiffres élevée » en volume selon le groupe. AB InBev estime gagner des parts de marché sur cinq des six marchés-clés de ce segment, qui devient le relais structurel de croissance face au plafonnement des volumes de bière dans les marchés matures.
La catégorie Beyond Beer, qui regroupe les hard seltzers, les ready-to-drink et les boissons hybrides, progresse de 37 % en revenus organiques. C’est désormais une catégorie qui pèse plusieurs milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel, et qui répond directement aux changements de consommation chez les jeunes adultes — moins de bière, plus de cocktails prêts-à-boire, davantage d’alternatives sans alcool.
Asie en repli, Amériques en pleine forme
La carte des performances par zone fait apparaître des contrastes marqués. La zone Middle Americas, qui inclut le Mexique, signe la meilleure dynamique avec une croissance organique de 9,4 % du chiffre d’affaires et de 11,2 % de l’EBITDA. La zone South America n’est pas en reste : +9 % de revenus organiques, +14,4 % d’EBITDA, portée par le Brésil. La zone EMEA, qui couvre l’Europe et l’Afrique, gagne 4,5 % de revenus et 6,7 % d’EBITDA — un trimestre solide après plusieurs périodes plus mitigées en Europe occidentale.
L’Amérique du Nord, en revanche, ralentit nettement avec une croissance organique de 0,9 % de revenus seulement et de 2,4 % d’EBITDA. Le marché américain reste sous pression macroéconomique, après deux années marquées par la controverse Bud Light et l’érosion lente des volumes de bière mainstream. La zone Asie Pacifique est la plus défavorisée du trimestre : revenus en repli de 1,3 % et EBITDA en chute de 9,8 %, principalement à cause de la sous-performance persistante en Chine.
BEES : la plateforme de distribution monte en puissance
Au-delà de la bière elle-même, AB InBev consolide sa transformation en plateforme. Sa marketplace B2B baptisée BEES, qui permet aux détaillants — épiciers de quartier, bars, restaurants — de commander leurs produits via une application, affiche désormais un volume d’affaires global de 14,6 milliards de dollars sur le trimestre, en hausse de 15 %. Sa composante marketplace, qui propose aussi des produits de partenaires non-AB InBev, accélère encore plus vite : +55 % sur un an, à 1,1 milliard de dollars de GMV.
L’enjeu est stratégique : BEES transforme AB InBev en intermédiaire incontournable de la distribution boissons-alimentation dans plusieurs dizaines de marchés émergents, et capture une part de la valeur autrefois laissée aux grossistes. Cette logique de plateforme commence à apparaître dans la valorisation que les analystes accordent au titre belge — ce qui explique en partie l’envolée du cours à l’annonce des résultats.
Guidance maintenue, Coupe du monde en renfort
Pour l’ensemble de l’exercice 2026, la direction du brasseur a confirmé sa fourchette de guidance : une croissance organique de l’EBITDA comprise entre 4 % et 8 %, dans la lignée de l’objectif de moyen terme du groupe. À cela s’ajoute un effet de calendrier favorable : la Coupe du monde de la FIFA 2026, organisée en juin et juillet aux États-Unis, au Mexique et au Canada, pourrait apporter entre 20 et 30 points de base de volumes supplémentaires sur l’année — Budweiser étant sponsor historique de la compétition.
Le groupe a par ailleurs précisé que son taux d’imposition normalisé attendu se situerait dans une fourchette de 26 % à 28 % et que ses investissements nets s’établiront entre 3,5 et 4 milliards de dollars sur l’année. Le programme de rachat d’actions de 6 milliards de dollars annoncé en octobre 2025 a été exécuté à hauteur de 1,4 milliard à fin avril, et reste un levier de retour aux actionnaires — un message rassurant pour Wall Street, où le titre BUD a réagi à la hausse à l’annonce.






