Starlink en Europe : Orange et Vodafone s’unissent pour défendre les fréquences satellitaires

À l’ouverture du Mobile World Congress de Barcelone, Orange annonce un partenariat satellitaire inédit avec AST SpaceMobile, via une co-entreprise installée au Luxembourg. L’opérateur historique veut occuper le terrain avant qu’Elon Musk ne s’y installe définitivement.

Antenne satellite et smartphone au Mobile World Congress — illustration Europe-Business-News

Orange défie Starlink en Europe depuis le MWC de Barcelone

C’est au Mobile World Congress, le grand-messe annuelle des télécoms qui ouvre ses portes ce 2 mars à Barcelone, qu’Orange a choisi de monter au filet. L’opérateur français annonce son entrée dans Satellite Connect Europe, une co-entreprise fondée par AST SpaceMobile — start-up texane spécialisée dans la 5G spatiale — et l’opérateur britannique Vodafone. La joint-venture, domiciliée au Luxembourg et pilotée par des vétérans des télécoms, entend « fournir une connectivité haut débit par satellite aux appareils des opérateurs » sur le continent européen.

Pour Orange, ce partenariat marque une accélération dans l’espace. L’opérateur avait déjà lancé fin 2025 un service expérimental de messages par satellite — le premier du genre en Europe — sur les smartphones Google Pixel 9 et 10, en partenariat avec la start-up américaine Skylo. Avec Satellite Connect Europe, il franchit une nouvelle étape en ajoutant la voix et, dans un second temps, la navigation internet.

La bataille des fréquences satellitaires : l’enjeu européen de 2027

Derrière l’annonce se joue une guerre des fréquences aux enjeux considérables. La bande 2 GHz MSS — indispensable pour proposer un véritable service de connectivité spatiale — doit être réattribuée par la Commission européenne en mai 2027. Or c’est cette même bande qu’Elon Musk a rachetée en 2025 pour près de 20 milliards de dollars, en acquérant l’opérateur américain EchoStar. Son objectif : distribuer la 5G depuis l’espace directement aux consommateurs, sans passer par les opérateurs télécoms traditionnels.

La procédure de réattribution pourrait accuser jusqu’à un an de retard selon des sources industrielles, le dossier étant devenu hautement politique depuis que l’Europe a fait de la souveraineté technologique une priorité stratégique. Pour Orange, agir maintenant, c’est s’assurer une place à la table des négociations avant que Starlink ne soit en position de force.

Starlink en Europe : une offensive commerciale et politique

Starlink ne cache pas ses ambitions sur le Vieux Continent. En coulisses, SpaceX a intensifié son lobbying auprès des institutions européennes, se présentant volontiers comme un partenaire potentiel des opérateurs pour couvrir les zones blanches rurales. Une main tendue que certains acteurs du secteur regardent avec méfiance. « Ils jouent un jeu dangereux en acceptant cette offre de service, alors que Musk rachète ses propres fréquences », avertit un dirigeant du secteur des tours télécoms.

La position d’Orange est pragmatique : Michaël Trabbia, directeur exécutif d’Orange Wholesale, affirme envisager une attribution de la bande de fréquences à « trois allocataires », ce qui ouvrirait la porte à Starlink — tout en le contenant. Pour la patronne d’Orange, Christel Heydemann, le satellite devient désormais un « complément essentiel » aux réseaux mobiles, pour connecter tous les clients « où qu’ils se trouvent ».

Souveraineté européenne ou dépendance américaine ?

Le paradoxe n’échappe à personne : pour résister à une entreprise américaine, Orange s’est allié à une autre entreprise américaine. AST SpaceMobile, fondée en 2017 au Texas, est à ce jour le seul opérateur capable de fournir du mobile depuis l’espace à grande échelle, avec une soixantaine de satellites prévus en orbite basse d’ici fin 2026 — tous lancés par les fusées Falcon 9 de SpaceX.

Le schéma rappelle celui du cloud souverain : faute d’acteurs européens en mesure d’égaler les géants américains, des alliances hybrides émergent, comme Bleu (Orange, Capgemini et Microsoft). Des garde-fous techniques sont toutefois prévus : « Nous avons un contrôle switch en Europe, donc la capacité de contrôler les satellites quand ils passent au-dessus de chez nous », précise Trabbia, ajoutant que le téléport par lequel transitent les données est localisé en Allemagne. La co-entreprise luxembourgeoise vise par ailleurs à « ne pas être soumise à l’extraterritorialité américaine ». Suffisant pour convaincre ? Le doute, lui, reste entier.

Le premier test du service sera disponible en Roumanie à partir du second semestre 2026, dans un premier temps en 2G — SMS et voix uniquement. La vraie bataille, celle de la 5G spatiale, se jouera à Bruxelles en 2027.

Infographie : Orange & Vodafone vs Starlink — La Bataille pour le Ciel Européen
Orange & Vodafone vs Starlink : la bataille pour le ciel européen. Infographie Europe Business News.