Réarmement européen : l’Europe a dépensé 400 milliards en un an, mais achète encore américain

Dix-huit pays sur vingt-sept ont franchi la barre symbolique des 2% du PIB consacrés à la défense. L’Italie et l’Espagne, traditionnellement réticentes, frôlent désormais ce seuil. À l’Est, la Pologne et les pays Baltes jouent dans une autre catégorie : 3,5% du PIB, un niveau digne des tensions de la Guerre froide. La zone euro dans son ensemble atteint 2,5% en 2026, soit une hausse de 0,6 point en deux ans à peine.

Usine de défense européenne, véhicules blindés en maintenance

Le programme SAFE débloque les investissements, mais pas la souveraineté

Sur les 150 milliards d’euros de prêts disponibles via le programme SAFE, huit pays ont déjà obtenu l’approbation de plans nationaux totalisant 38 milliards. Les investissements atteignent 130 milliards d’euros, dont 103 milliards en équipements, affichant une progression de 17% sur un an. La machine financière européenne fonctionne, pour une fois, sans grippages bureaucratiques majeurs.

La croissance en profite directement : 1,5% attendu en 2026 pour la zone euro, contre 1% sans cet effort de défense. Un demi-point de PIB arraché à coups de Leopard et de Rafale. Mais cette renaissance industrielle cache une dépendance tenace : environ 50% du matériel reste importé, principalement des États-Unis. Les dollars continuent de traverser l’Atlantique, malgré les discours sur l’autonomie stratégique.

La pénurie de cerveaux menace l’ambition souveraine

L’argent coule, les usines tournent, mais les ingénieurs manquent. La main-d’œuvre qualifiée devient le goulot d’étranglement du réarmement européen. Former un spécialiste en systèmes d’armes demande des années, pas des décrets. Cette contrainte humaine explique en partie pourquoi l’Europe continue d’acheter sur étagère plutôt que de développer en interne.

Le plan Readiness 2030 a réussi son premier test : mobiliser rapidement des capitaux massifs et relancer une base industrielle défense atrophiée. Les chiffres de production et de croissance le prouvent. Mais transformer cette impulsion en véritable souveraineté stratégique reste un chantier de long terme. Entre l’urgence opérationnelle qui pousse vers les fournisseurs américains et l’ambition d’autonomie qui exige patience et investissements structurels, l’Europe marche sur un fil. Elle a retrouvé le réflexe de l’investissement militaire. Lui reste à acquérir celui de la production souveraine.


Infographie : bilan du réarmement européen 2025-2026