Sommaire
- Résultats de TotalEnergies : un troisième trimestre historique
- Les marges de raffinage, moteur du bénéfice record
- Une production qui progresse malgré la guerre
- Plafonnement à 2,25 euros : le « vrai investissement » de Patrick Pouyanné
- Surprofits : le débat politique relancé
- Quelles perspectives pour la fin 2026 et 2027 ?

Résultats de TotalEnergies : un troisième trimestre historique
Les désordres du monde font les beaux jours des majors pétrolières. TotalEnergies a publié jeudi 29 octobre 2026 un bénéfice net de 8,3 milliards de dollars pour le troisième trimestre, plus que doublé par rapport aux 3,7 milliards engrangés un an plus tôt. Le résultat net ajusté, indicateur suivi par les analystes, grimpe à 9,1 milliards de dollars, en hausse de 52 % sur un an. Un record pour le groupe français.
La performance dépasse largement les deux premiers trimestres de l’année, pourtant déjà exceptionnels, avec des bénéfices nets de 5,8 puis 5,4 milliards de dollars. Nous avions détaillé en juillet les résultats de TotalEnergies au premier semestre 2026. « Dans un environnement de prix élevés, marqué par des marges de raffinage à des niveaux historiques et un marché du gaz haussier, TotalEnergies tire une nouvelle fois pleinement parti de son modèle intégré et de sa diversification géographique », a résumé le PDG Patrick Pouyanné dans le communiqué du groupe.
Les marges de raffinage, moteur du bénéfice record
C’est l’aval qui tire l’ensemble. Les frappes sur les installations énergétiques et les raffineries en Ukraine, en Russie et au Moyen-Orient ont créé une forte tension sur le marché du diesel. Résultat : la marge de raffinage, c’est-à-dire l’écart entre le prix du pétrole brut et celui des produits raffinés, a atteint des niveaux historiques en Europe et dans le monde. La branche Raffinage-Chimie affiche un résultat de 3,5 milliards de dollars sur le trimestre, contre 687 millions un an plus tôt. L’ensemble de l’aval, raffinage et distribution compris, signe un trimestre record à 4,1 milliards de dollars de résultat net opérationnel ajusté.
« L’augmentation de 10 % de la production de produits raffinés a permis au groupe de capturer des marges de raffinage historiquement hautes », a expliqué Patrick Pouyanné devant les analystes. Nous avions décrit en septembre pourquoi les raffineurs gagnent sept fois plus qu’en février. Le gaz naturel liquéfié contribue aussi : la division GNL dégage 1,9 milliard de dollars, grâce à une hausse de 20 % du prix moyen de vente et à une très bonne performance du négoce. Mercredi, le prix du gaz européen a d’ailleurs dépassé les 100 euros le mégawattheure pour la première fois depuis quatre ans.
| Indicateur (T3 2026) | Valeur | Comparaison |
|---|---|---|
| Bénéfice net | 8,3 Md$ | 3,7 Md$ au T3 2025 |
| Résultat net ajusté | 9,1 Md$ | +52 % sur un an |
| Raffinage-Chimie | 3,5 Md$ | 687 M$ au T3 2025 |
| GNL (résultat opérationnel net ajusté) | 1,9 Md$ | Plus que doublé sur un an |
| Production d’hydrocarbures | 2,474 Mbep/j | +3 % sur un trimestre, -1 % sur un an |
| Coût du plafonnement des prix à la pompe | 500 M€ | Cumulé à fin octobre 2026 |
Une production qui progresse malgré la guerre
Autre bonne surprise pour les investisseurs : la production de pétrole et de gaz a atteint 2,474 millions de barils équivalent pétrole par jour, en hausse de 3 % d’un trimestre à l’autre, même si elle recule de 1 % sur un an. La guerre au Moyen-Orient n’a affecté que 5 % de la production du groupe ce trimestre, les majors parvenant mieux à sortir leurs barils du Golfe, par oléoduc ou par tanker. « En excluant l’impact du conflit au Moyen-Orient, la croissance de la production dépasse les 4 % d’une année à l’autre », a souligné le PDG.
« Tous les voyants sont au vert », s’est-il félicité, « pas seulement pour le troisième trimestre, mais aussi pour le premier mois du quatrième et probablement aussi pour le reste de l’année », les conditions de marché étant « très positives pour toutes les énergies que nous vendons ».
« On a de la chance d’avoir un grand major pétrolier dans une crise telle que celle que l’on traverse. Donc nous, on demande à Total d’être exemplaire. »
— Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et ministre de l’Énergie, sur BFMTV, citée par Le Figaro
Plafonnement à 2,25 euros : le « vrai investissement » de Patrick Pouyanné
Ces profits tombent au pire moment politique. Le gazole dépasse 2,35 euros le litre à la pompe en France et alimente la crise sociale. TotalEnergies, qui plafonne ses prix à 2,25 euros le litre de gazole pour les particuliers depuis le début de la crise, gagne au passage des parts de marché. Devant des investisseurs anglo-saxons sceptiques, Patrick Pouyanné a défendu le dispositif, qui aura coûté un demi-milliard d’euros au groupe à fin octobre.
« Si vous aviez suivi hier le débat au Parlement, vous auriez constaté qu’il a été largement question de l’imposition de TotalEnergies. Le gouvernement a rejeté tous les amendements », a-t-il rappelé, avant de conclure : « Ces 500 millions d’euros sont un vrai investissement. » Une taxe exceptionnelle sur les profits coûterait bien plus cher au groupe que le plafonnement, qui a au surplus le mérite de le rendre populaire.
Surprofits : le débat politique relancé
L’opposition ne l’entend pas ainsi. Marine Le Pen a réclamé sur X d’« imposer les surprofits provenant non pas des performances économiques objectives des multinationales mais des conséquences des crises qui frappent le monde ». Le Parti socialiste veut « encadrer les marges » des entreprises de raffinage pour faire baisser le prix à la pompe « de 20 à 30 centimes par litre ». La France insoumise qualifie le groupe de « profiteur de la guerre ».
Le gouvernement, lui, défend le groupe tout en lui fixant une exigence. Il a puisé dans les stocks stratégiques de gazole, achetés avant la guerre à 0,28 euro le litre contre environ 1,10 euro aujourd’hui sur le marché selon Matignon, pour faire baisser les prix dès le 1er novembre. Le Premier ministre Sébastien Lecornu promettait une baisse de 12 à 18 centimes ; Patrick Pouyanné l’estime plutôt à 8 à 12 centimes. Un arrêté paru au Journal officiel jeudi impose aux distributeurs bénéficiaires de répercuter l’effet sur leurs prix et d’en informer clairement les consommateurs, avec des contrôles dès lundi. Nous avions analysé début octobre la libération coordonnée des réserves stratégiques du G7.
Quelles perspectives pour la fin 2026 et 2027 ?
Sur la suite, le PDG se montre prudent. « Je pense que les marges de raffinage en Europe demeureront plutôt bonnes durant le premier semestre 2027, à cause des stocks bas de produits raffinés. Mais après ça, il est très dur de dire dans quel sens le vent tournera », a-t-il reconnu, qualifiant cette question de l’une des plus complexes auxquelles le groupe fait face. L’issue du conflit au Moyen-Orient et la politique américaine après les élections de mi-mandat restent les grandes inconnues : « Les marchés pensent que la guerre va durer. Mais moi, je ne sais pas. »
Pour les actionnaires, le message est clair : tant que le brut, le gaz et les produits raffinés se vendent cher, la major française encaisse. Pour les automobilistes, la question est de savoir combien de centimes de la baisse promise au 1er novembre arriveront réellement à la pompe.
TotalEnergies a dégagé un bénéfice net record de 8,3 milliards de dollars au troisième trimestre 2026, contre 3,7 milliards un an plus tôt, grâce à des marges de raffinage historiques et à un marché du gaz en hausse. La production atteint 2,474 millions de barils équivalent pétrole par jour. Le groupe maintient son plafonnement du gazole à 2,25 euros le litre, qui lui a coûté 500 millions d’euros, pendant que l’opposition réclame une taxe sur les surprofits. La baisse des prix liée au déstockage stratégique est attendue à partir du 1er novembre 2026.
Questions fréquentes
Quel bénéfice TotalEnergies a-t-il réalisé au troisième trimestre 2026 ?
Le groupe a publié un bénéfice net de 8,3 milliards de dollars, plus que doublé par rapport aux 3,7 milliards du troisième trimestre 2025. Le résultat net ajusté atteint 9,1 milliards de dollars, en hausse de 52 %.
Pourquoi les résultats de TotalEnergies sont-ils si élevés ?
Les marges de raffinage ont atteint des niveaux historiques en raison des tensions sur le diesel liées aux conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, et les prix du gaz naturel liquéfié ont progressé de 20 %. La production d’hydrocarbures a aussi progressé de 3 % sur le trimestre.
TotalEnergies va-t-il baisser le prix du gazole ?
Le groupe plafonne déjà le gazole à 2,25 euros le litre pour les particuliers. Avec la libération des stocks stratégiques au 1er novembre 2026, le gouvernement attend une baisse de 12 à 18 centimes, que Patrick Pouyanné estime plutôt entre 8 et 12 centimes.
Une taxe sur les surprofits est-elle prévue ?
Non à ce stade. Les amendements visant à taxer TotalEnergies ont été rejetés au Parlement, mais le Rassemblement national, le Parti socialiste et La France insoumise réclament des mesures fiscales ou un encadrement des marges.






