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Fonds souverains : un virage confirmé par les chiffres
Longtemps présentés comme de simples gestionnaires de patrimoine à long terme, les fonds souverains changent de nature. Selon l’édition 2026 de l’étude de l’IE University (Espagne), dirigée par le chercheur Javier Capapé, ces investisseurs publics ont déployé environ 404 milliards de dollars en investissements directs sur les dix-huit mois écoulés jusqu’à fin décembre 2025 — un bond de 91 % par rapport au précédent rapport, publié en 2024.
Le paradoxe est frappant : ce montant record a été atteint avec moins d’opérations. Le nombre de transactions directes a reculé de 17 %, à 391 deals. Autrement dit, les fonds souverains signent des chèques plus gros, plus concentrés et plus stratégiques. Ils ne cherchent plus seulement à diversifier un portefeuille, mais à peser sur des secteurs jugés critiques par leurs États.
L’intelligence artificielle, nouvel aimant à capitaux
Où va cet argent ? En premier lieu vers l’intelligence artificielle, qui capte à elle seule près d’un tiers des sommes recensées par l’IE University. Les capitaux souverains ont afflué vers les grands noms de la tech américaine — OpenAI, Stargate, Databricks, xAI ou encore Anthropic et son tour de table de 13 milliards de dollars. Résultat : les États-Unis ont capté à eux seuls quelque 220 milliards de dollars, de loin la première destination mondiale.
Cette poussée est portée par une poignée d’acteurs. Le fonds MGX d’Abou Dabi, la Qatar Investment Authority, l’Oman Investment Authority ou les singapouriens GIC et Temasek — ces derniers en tête par le nombre d’opérations, avec 71 transactions — dominent le classement. Pour l’Europe, spectatrice de cette course mondiale à l’IA, le constat est rude : le continent finance rarement, il est surtout financé.
Les fonds souverains sont de plus en plus utilisés par les gouvernements pour déployer des stratégies nationales et se renforcer dans les chaînes de valeur mondiales.
— Javier Capapé, directeur de la recherche sur les fonds souverains, IE University
La résilience, nouvelle boussole des investisseurs souverains
Une seconde étude, publiée le 29 juin par le gestionnaire d’actifs Invesco, confirme la tendance de fond. Fondée sur les réponses de 144 institutions — 90 fonds souverains et 54 banques centrales gérant près de 29 000 milliards de dollars —, l’enquête annuelle montre que la résilience est en train de rejoindre le rendement au rang des priorités. 71 % des banques centrales et 54 % des fonds souverains estiment désormais qu’elle compte autant que la performance dans la construction de leur portefeuille.
Cette quête de solidité se traduit dans les allocations. L’infrastructure — routes, réseaux, énergie — représente 9,0 % des actifs des fonds souverains en 2026, contre 4,9 % seulement en 2022 : c’est la classe d’actifs alternative qui progresse le plus vite. Huit institutions sur dix citent la sécurité énergétique et les infrastructures de transition comme le thème de résilience le plus crédible. Quant à l’IA, elle a envahi les back-offices : 69 % des fonds souverains l’utilisent dans leurs processus d’investissement, contre 33 % deux ans plus tôt.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Investissements directs des fonds souverains (18 mois à fin 2025) | ~404 Md$ (+91 %) |
| Nombre de transactions | 391 (−17 %) |
| Part dirigée vers l’intelligence artificielle | ~1/3 |
| Captés par les États-Unis | ~220 Md$ |
| Actifs des institutions sondées (Invesco) | ~29 000 Md$ |
| Part de l’infrastructure (fonds souverains) | 9,0 % (vs 4,9 % en 2022) |
Le dollar et l’or, la ligne de faille
Le basculement le plus lourd de conséquences concerne les réserves. Selon Invesco, 61 % des banques centrales jugent désormais que le niveau d’endettement des États-Unis pèse négativement sur le statut de monnaie de réserve du dollar — contre à peine 20 % deux ans plus tôt. Dans la foulée, un tiers des institutions comptent renforcer leurs avoirs en or au cours des trois prochaines années, prolongeant un mouvement déjà visible dans les réserves record des banques centrales européennes.
Où se situe l’Europe ?
Face aux mastodontes du Golfe et d’Asie, l’Europe avance en ordre dispersé. Son atout majeur reste le fonds norvégien, premier fonds souverain de la planète, mais le continent voit émerger de nouveaux véhicules : l’IE University recense douze fonds nouvellement créés, notamment en Irlande, au Royaume-Uni et en Espagne. Le débat sur l’autonomie stratégique européenne trouve là un prolongement financier : à l’heure où les fonds souverains deviennent des instruments de puissance nationale, l’Union s’interroge sur sa capacité à mobiliser, elle aussi, des capitaux patients au service de ses priorités industrielles.
Les fonds souverains ont investi environ 404 milliards de dollars en dix-huit mois (+91 %), dont près d’un tiers dans l’intelligence artificielle, selon l’IE University. L’étude Invesco confirme un pivot vers la résilience et l’infrastructure, et une défiance croissante envers le dollar : 61 % des banques centrales s’en inquiètent. Pour l’Europe, portée par le seul fonds norvégien, l’enjeu est désormais de ne pas rester un simple terrain d’investissement.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un fonds souverain ?
C’est un fonds d’investissement détenu par un État, alimenté par des excédents budgétaires, des revenus des matières premières ou des réserves de change. Il investit ces capitaux à long terme, en actions, obligations, infrastructures ou entreprises non cotées.
Pourquoi investissent-ils autant dans l’IA ?
Parce qu’ils y voient une technologie transformatrice à horizon de plusieurs décennies, cohérente avec leur logique de long terme. Près d’un tiers de leurs investissements directs récents s’est dirigé vers des acteurs de l’intelligence artificielle, essentiellement aux États-Unis.
Quel est le poids de l’Europe ?
Le fonds norvégien reste le premier fonds souverain mondial, mais l’Europe compte peu d’acteurs de cette envergure. De nouveaux fonds émergent toutefois, en Irlande, au Royaume-Uni et en Espagne notamment.






