Réserves d’or des banques centrales : l’Europe assise sur un trésor record, la Pologne en tête des acheteurs

L'once flirte avec les sommets et les coffres des banques centrales européennes s'alourdissent de dizaines de milliards d'euros. De l'Allemagne à la Pologne, enquête sur le grand retour de l'or souverain.

Réserves d'or des banques centrales dans une chambre forte

Un trésor qui culmine avec l’envolée du cours de l’or

L’or n’a jamais autant brillé dans les bilans des grands argentiers européens. Après un record historique franchi au-delà de 5 100 dollars l’once en janvier 2026, le métal jaune évolue désormais autour de 4 150 à 4 200 dollars (environ 3 620 euros) la once troy, selon les données de marché de la mi-juin. Le recul des dernières semaines — près de 8,5 % sur un mois, sur fond de dollar plus ferme et d’anticipations monétaires — ne change rien à la tendance de fond : sur douze mois glissants, l’once reste en hausse d’environ 23 %.

Cette appréciation a un effet mécanique spectaculaire sur les coffres publics. Les réserves d’or des banques centrales, accumulées parfois depuis des décennies à des cours bien inférieurs, voient leur valeur comptable s’envoler à mesure que le métal grimpe. Pour les États qui détiennent les stocks les plus massifs — au premier rang desquels plusieurs poids lourds européens — le gain de valorisation se chiffre en dizaines de milliards d’euros.

Réserves d’or des banques centrales : l’Europe parmi les premières puissances

Le classement mondial des stocks d’or souverains place le Vieux Continent en très bonne position. Les États-Unis conservent la tête avec plus de 8 100 tonnes, mais l’Allemagne arrive juste derrière avec environ 3 352 tonnes, ce qui en fait le premier détenteur européen. La France, via la Banque de France, suit avec près de 2 436 tonnes, un stock quasiment inchangé depuis le début des années 2000.

À l’échelle de l’Eurosystème, ces réserves nationales s’ajoutent aux quelque 500 tonnes détenues en propre par la Banque centrale européenne. L’Europe dispose ainsi d’un matelas de métal précieux que peu de régions du monde peuvent égaler — un atout de crédibilité monétaire dans un environnement financier instable.

Banque centrale Réserves d’or (estimation) Tendance
États-Unis (Fed) > 8 100 tonnes Stable
Allemagne (Bundesbank) ~ 3 352 tonnes Stable
France (Banque de France) ~ 2 436 tonnes Stable
Chine (PBoC) ~ 2 292 tonnes En hausse
BCE ~ 500 tonnes Stable
Pologne (NBP) ~ 360 tonnes En forte hausse
Sources : World Gold Council, rapports des banques centrales. Estimations arrondies.

Pourquoi les banques centrales accumulent de l’or

Si les stocks allemand et français restent figés, le mouvement d’ensemble est, lui, résolument haussier. D’après le World Gold Council, les banques centrales ont acheté un peu plus de 1 000 tonnes d’or par an en 2022, 2023 et 2024 — des volumes inédits depuis des décennies. Le rythme ne faiblit pas : le premier trimestre 2026 a encore vu environ 244 tonnes d’achats nets officiels.

Trois logiques se conjuguent. D’abord la diversification hors dollar : des pays comme la Chine, la Turquie ou la Russie cherchent à réduire la part de leurs réserves libellées en billet vert. Ensuite la couverture géopolitique : l’or est un actif sans risque de contrepartie, impossible à geler par un tiers, ce qui le rend précieux en période de tensions et de sanctions. Enfin la protection contre l’inflation et l’érosion monétaire, le métal jaune restant la couverture historique des épargnants comme des États.

L’acheteuse la plus spectaculaire est européenne : la Pologne. Sous l’impulsion du gouverneur de la banque centrale Adam Glapiński, le NBP a multiplié les acquisitions pour porter l’or à environ 20 % de ses réserves de change, contre moins de 10 % il y a quelques années. Varsovie figurait parmi les tout premiers acheteurs souverains de la planète, devant des géants comme la Chine. La même logique de souveraineté financière qui pousse certains États à se constituer un trésor se retrouve d’ailleurs dans les stratégies des grandes fortunes européennes, friandes d’actifs refuges.

Impossible à geler, sans risque de contrepartie, l’or est devenu l’assurance-vie géopolitique des États dans un monde qui se fragmente.

Où dort l’or européen et que vaut-il vraiment

Toutes les réserves ne reposent pas sur le sol national. L’or allemand, par exemple, est en partie conservé à l’étranger : environ 1 236 tonnes dorment dans les coffres de la Federal Reserve à New York — réputés parmi les plus grands du monde — et 405 tonnes à la Banque d’Angleterre, deux des principales places de négoce mondiales du métal.

Côté valorisation, l’effet prix est saisissant. Selon le rapport annuel de la Bundesbank, la valeur des réserves d’or allemandes atteignait environ 270 milliards d’euros fin 2024, en progression de 69 milliards sur un an. Depuis, la nouvelle flambée du cours — le kilogramme d’or est passé de 80 700 à plus de 92 600 euros — a généré une plus-value latente supplémentaire de l’ordre de 40 milliards d’euros. Un gain purement comptable, qui ne se matérialise pas tant que l’or n’est pas vendu, mais qui renforce considérablement le bilan de l’institut d’émission.

Cette dynamique des taux et des actifs refuges ne se lit pas qu’en or : elle accompagne le grand mouvement de normalisation monétaire engagé par les principales banques centrales, à l’image du resserrement opéré par la Banque du Japon.

Quelles perspectives pour le cours de l’or en 2026 ?

Les prévisions des grandes maisons restent orientées à la hausse, malgré la correction récente. JP Morgan tablait sur un franchissement durable des 4 000 dollars dès la mi-2026, objectif déjà atteint. Goldman Sachs a évoqué un scénario extrême pouvant mener l’once vers 4 500 dollars en cas de choc de marché, un niveau que plusieurs analystes retiennent désormais comme cible centrale pour l’année.

Les moteurs sont connus : la perspective d’une baisse progressive des taux d’intérêt, qui réduit le coût d’opportunité de détenir un actif ne versant pas d’intérêts, un dollar potentiellement plus faible, et surtout la demande structurelle des banques centrales, qui agit comme un plancher sous les prix. Les risques baissiers existent — un rebond des taux réels ou un raffermissement durable du billet vert peuvent peser, comme l’a montré le repli de juin. Mais la combinaison d’incertitude géopolitique et de défiance envers les monnaies traditionnelles continue d’alimenter l’appétit pour le métal jaune.

L’essentiel à retenir

Après un record au-delà de 5 100 $ l’once en janvier 2026, l’or s’échange autour de 4 150 $ (≈3 620 €), en hausse de 23 % sur un an. Les banques centrales achètent plus de 1 000 tonnes par an depuis 2022, portées par la diversification hors dollar et les tensions géopolitiques. L’Europe est richement dotée : Allemagne (~3 352 t) et France (~2 436 t) figurent dans le top mondial, tandis que la Pologne vise 20 % de ses réserves en or. Pour les instituts d’émission, la flambée du métal génère des plus-values comptables de plusieurs dizaines de milliards d’euros.

 

Questions fréquentes

Quel pays détient le plus d’or au monde ?

Les États-Unis arrivent largement en tête avec plus de 8 100 tonnes. L’Allemagne occupe la deuxième place mondiale avec environ 3 352 tonnes, ce qui en fait le premier détenteur européen, devant la France (~2 436 tonnes).

Pourquoi les banques centrales achètent-elles autant d’or ?

Pour diversifier leurs réserves hors du dollar, se protéger des chocs géopolitiques — l’or ne peut pas être gelé par un pays tiers — et couvrir le risque d’inflation. Ces achats dépassent 1 000 tonnes par an depuis 2022 selon le World Gold Council.

Combien valent les réserves d’or de l’Allemagne ?

Selon le rapport annuel de la Bundesbank, elles atteignaient environ 270 milliards d’euros fin 2024. La hausse continue du cours a depuis ajouté une plus-value latente estimée à près de 40 milliards d’euros supplémentaires.

Le cours de l’or peut-il encore monter en 2026 ?

Plusieurs grandes banques (JP Morgan, Goldman Sachs) anticipent un cours pouvant atteindre 4 500 dollars l’once, soutenu par la baisse attendue des taux et la demande des banques centrales. Un rebond des taux réels ou un dollar plus fort constituent toutefois des risques baissiers.