Gaz naturel liquéfié : le Qatar, fournisseur clé d’une Europe déjà fragilisée
Jusqu’au week-end dernier, QatarEnergy approvisionnait l’Europe en toute discrétion. Le Qatar fournit entre 12 et 14 % des importations européennes de gaz naturel liquéfié — ce carburant refroidi à −162 °C qui alimente les centrales électriques, les réseaux de chauffage urbain et une partie de l’industrie du continent. Lundi 2 mars au matin, la production sur le champ North Field, premier gisement de GNL au monde, s’est interrompue à la suite d’attaques militaires contre les installations de QatarEnergy. Les causes exactes n’ont pas été officiellement confirmées à l’heure de publication de cet article.
Une flambée du prix du gaz naturel de 45 % en une séance
Le hub TTF néerlandais, référence européenne du gaz naturel, a bondi jusqu’à 45 % en quelques heures, atteignant environ 46 euros par mégawattheure — un niveau inédit depuis la crise énergétique de 2022. Les marchés boursiers n’ont pas été épargnés : les indices CAC 40 et DAX ont reculé de 3 à 4 % en séance du lundi 3 mars. Les secteurs les plus exposés — chimie, fertilisants, verrerie, céramique — ont enregistré des baisses supérieures à 6 %.
Une hausse persistante du prix du pétrole de 15 dollars le baril pourrait ajouter près de 0,5 point de pourcentage à l’inflation de la zone euro.
— Holger Schmieding, économiste en chef, Berenberg Bank
Des stocks de gaz naturel liquéfié au plus bas depuis deux ans
La situation est d’autant plus préoccupante que l’Europe aborde ce choc dans une position de fragilité structurelle. Les stocks de gaz naturel dans les installations souterraines européennes sont tombés sous les 30 % de leur capacité — un niveau historiquement bas pour cette période de l’année. L’Allemagne affiche un taux de remplissage de 20,5 %, la France de 21,0 %, selon les dernières données disponibles. À titre de comparaison, à la même période en 2025, les stocks dépassaient 40 %. La fermeture du détroit d’Ormuz, qui concentre 20 % du transit pétrolier mondial et 38 % du brut maritime, amplifie les tensions sur l’ensemble de la chaîne énergétique.

La BCE surveille un nouveau risque d’inflation importée par l’énergie
La Banque centrale européenne, qui doit se réunir le 19 mars 2026, suit de près l’évolution de la situation. Son économiste en chef Philip Lane avait déjà mis en garde contre le risque d’un « second choc d’inflation importée par l’énergie » si les tensions géopolitiques au Moyen-Orient venaient à s’aggraver. Plusieurs économistes estiment qu’une prolongation de l’interruption de production au Qatar de deux semaines suffirait à faire grimper l’inflation en zone euro de 0,3 à 0,5 point de pourcentage supplémentaire — une évolution qui compliquerait sensiblement les perspectives de baisse des taux directeurs.



