L’AIE prévient : six semaines de kérosène pour l’aviation européenne
L’Europe se trouve face à une menace sérieuse de pénurie de kérosène aviation d’ici cet été. Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), a déclaré à l’agence Associated Press que le continent dispose « peut-être de six semaines de carburant d’aviation restantes ». Selon le rapport mensuel du marché pétrolier de l’AIE, les stocks européens atteindraient un point critique en juin si l’Europe ne parvient pas à remplacer au moins la moitié de ses importations de kérosène en provenance du Moyen-Orient.
La fermeture effective du détroit d’Ormuz par l’Iran depuis la fin février 2026 est la cause directe de cette situation. Cette voie maritime stratégique représente la principale route d’exportation du kérosène issu des raffineries du Golfe persique vers l’Europe et l’Asie. L’AIE, qui conseille 32 pays membres sur la sécurité d’approvisionnement énergétique, note que la crise « a jeté une clé à molette dans les rouages des marchés du carburant d’aviation ».
Un prix du kérosène multiplié par plus de deux depuis le début du conflit
Les effets sur les prix sont déjà considérables. Le kérosène aviation de référence en Europe a dépassé les 1 800 dollars la tonne début avril 2026, contre moins de 800 dollars la tonne avant le début du conflit, soit une multiplication par plus de deux en moins de deux mois. Selon les chiffres compilés par Perplexity, les experts du secteur évoquent des prix atteignant même 1 950 dollars la tonne pour certains contrats spot, tandis que les raffineries alternatives en Corée, en Inde et en Chine sont elles-mêmes dépendantes du brut du Golfe.
La part du carburant dans le coût d’un billet d’avion, habituellement comprise entre 20 et 40 %, a bondi selon certaines estimations à plus de 45 % du coût opérationnel pour les compagnies les plus exposées. Air France a déjà procédé à deux hausses de tarifs depuis le début du conflit, selon des données sectorielles. L’Association des aéroports européens a adressé un courrier à la Commission européenne fin mars pour l’avertir d’un risque de pénurie systémique d’ici juillet 2026 si le détroit d’Ormuz ne rouvre pas.
EasyJet, KLM, Lufthansa : les compagnies s’adaptent en urgence
Dans une mise à jour commerciale publiée jeudi, EasyJet a fait état de surcoûts carburant significatifs pour le mois de mars, et ce malgré une couverture de prix (hedging) portant sur plus des trois quarts de sa consommation. La compagnie a évoqué « une incertitude à court terme autour des coûts de carburant et de la demande des clients ». La compagnie néerlandaise KLM a annoncé de son côté des annulations de vols européens dans les prochaines semaines en raison de la hausse des coûts, tout en précisant ne pas faire face à une pénurie physique de kérosène. À Francfort, Lufthansa a également dû clouer au sol certains appareils, selon les informations de Reuters.
L’AIE précise que les importations américaines et nigérianes ont pris le relais pour une partie des livraisons perdues. Cependant, même en additionnant l’ensemble de ces flux alternatifs, ils ne compenseraient qu’un peu plus de la moitié des approvisionnements perdus depuis le Golfe. « Pour l’instant, il semble que les marchés européens devront travailler davantage pour attirer de nouveaux cargos de remplacement si les stocks suffisants doivent être maintenus pendant les mois d’été », indique l’AIE dans son rapport.
Deux scénarios, deux échéances pour les annulations de vols
L’AIE distingue plusieurs scénarios. Si l’Europe ne parvient à remplacer que 50 % ou moins de ses importations du Moyen-Orient, des « pénuries physiques pourraient apparaître dans certains aéroports, entraînant des annulations de vols ». Si 75 % des volumes peuvent être substitués, le même risque subsiste, mais son apparition serait repoussée à août 2026.
Amaar Khan, responsable des prix du kérosène en Europe chez Argus Media, résume ainsi la situation : « Ce n’est pas une certitude, mais il est de plus en plus probable qu’il y ait une pénurie d’une certaine ampleur dans certaines zones d’Europe. Même si l’approvisionnement reprend, il faudra cinq à six semaines avant que les stocks se reconstituent. »
Du côté politique, le groupe Airlines for Europe demande à l’Union européenne de clarifier la réglementation sur les compensations aux passagers, afin que les pénuries de carburant liées au conflit soient reconnues comme des « circonstances extraordinaires » — ce qui exonérerait les compagnies de versements d’indemnités en cas d’annulations. La Commission européenne a déclaré jeudi n’avoir « aucune preuve de pénuries de carburant » dans l’Union, tout en reconnaissant que des problèmes d’approvisionnement pourraient survenir « dans un avenir proche ». Des mesures devraient être annoncées par la présidente de la Commission la semaine prochaine.
Pour suivre l’évolution des prix de l’énergie en Europe dans ce contexte, voir notre analyse : Prix du pétrole et du gaz en Europe : pourquoi l’énergie restera durablement chère.
L’AIE prévient que l’Europe dispose de six semaines de réserves de kérosène aviation — un seuil critique qui pourrait mener à des annulations de vols en juin 2026. Le prix du carburant d’aviation a dépassé les 1 800 dollars la tonne, contre moins de 800 avant la guerre. EasyJet, KLM et Lufthansa ont déjà pris des mesures d’urgence. La Commission européenne doit annoncer des réponses politiques la semaine prochaine.
Questions fréquentes — Pénurie de kérosène en Europe
Pourquoi y a-t-il une pénurie de kérosène aviation en Europe ?
La fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran depuis fin février 2026 a interrompu les exportations de kérosène depuis le Golfe persique, principale source d’approvisionnement de l’Europe.
Quand les premières annulations de vols pourraient-elles survenir ?
Selon les scénarios de l’AIE, des pénuries physiques dans certains aéroports pourraient apparaître en juin 2026 si les substitutions d’approvisionnement restent insuffisantes.
Quelles compagnies aériennes sont touchées par la hausse du kérosène ?
EasyJet, KLM et Lufthansa ont toutes signalé des impacts. Air France a procédé à deux hausses de tarifs. La totalité des compagnies européennes est concernée, à des degrés variables selon leur niveau de couverture (hedging).
Quelles mesures l’UE envisage-t-elle ?
La Commission européenne doit annoncer des mesures énergétiques la semaine prochaine. Le groupe Airlines for Europe demande par ailleurs que les pénuries soient reconnues comme « circonstances extraordinaires » pour exonérer les compagnies des compensations aux passagers.



