Dix ans d’études, un permis délivré en 2019, une tour vidée de ses occupants depuis mars : tout était en place pour que le chantier démarre. Il n’a jamais commencé. Et le calendrier, désormais, se compte en semaines.
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Un programme à 727,7 millions d’euros déclaré caduc
Le 31 mars 2026, les 34 copropriétaires de la tour Montparnasse se réunissaient en assemblée générale pour se prononcer sur un budget de rénovation porté à 727,7 millions d’euros hors taxes, contre 624 millions lors du chiffrage précédent, à l’été 2025. Une inflation de plus de 100 millions en moins d’un an. Le même jour, la tour était vidée de ses derniers occupants ; l’observatoire panoramique, exploité par Magnicity, fermait ses portes au public pour la durée du chantier.
Quatre mois plus tard, ce programme n’existe plus. Réunie le 21 juillet 2026, l’assemblée générale a constaté sa caducité. Une estimation ultérieure rapportée par l’AFP situe désormais le coût de l’opération autour de 800 millions d’euros. À cette échelle, l’opposition d’un copropriétaire majeur suffit à faire s’effondrer le montage financier — et c’est précisément ce qui s’est produit.
Ce que les copropriétaires ont réellement voté le 21 juillet
La lecture rapide du 21 juillet a été celle d’un déblocage. Elle mérite d’être nuancée. Les copropriétaires ont approuvé les dispositions nécessaires à une première phase de curage, de désamiantage et de dépose partielle de la façade jusqu’au quatrième étage, annoncée à partir de septembre 2026 pour une durée de deux ans.
Trois réserves majeures accompagnent ce vote. D’abord, il a été acquis malgré l’opposition de LFPI, principal propriétaire de la tour. Ensuite, il est assorti de conditions suspensives : un accord doit être trouvé entre les propriétaires des étages destinés au futur hôtel, et les désaccords portant sur des échanges de surfaces ainsi que sur l’exploitation du toit-terrasse doivent être réglés. Enfin, une tranche de désamiantage n’est pas une rénovation : elle prépare le bâtiment sans engager la transformation architecturale préparée depuis près de dix ans.
La MGEN, qui détient 18 % de la tour et continue de soutenir le projet, reconnaît elle-même que ces divisions peuvent encore empêcher le démarrage du chantier.
Une copropriété privée que la Ville ne peut pas contraindre
C’est le point que le débat public escamote régulièrement. La tour Montparnasse appartient au paysage parisien, mais elle relève d’une copropriété privée. Ses principaux détenteurs sont le fonds LFPI, la MGEN et Axa ; l’homme d’affaires Xavier Niel figure également parmi les copropriétaires. La Ville de Paris peut délivrer les autorisations, organiser les circulations et aménager les espaces publics alentour — une convention prévoit d’ailleurs que la copropriété lui verse 4,34 millions d’euros pour financer ces interventions.
Ce qu’elle ne peut pas faire : contraindre des propriétaires privés à financer un programme, ni les obliger à échanger leurs lots. L’intervention municipale, réelle, s’exerce donc par la persuasion et le calendrier administratif, pas par l’injonction. Des recours judiciaires entre copropriétaires ont par ailleurs pesé sur la procédure ces derniers mois.
« La situation actuelle montre les limites d’un projet coûteux et déjà obsolète, car il répète les erreurs du passé. Il est temps de repartir d’une feuille blanche. »
— Roland Larivière, fondateur de Regard Naïf, à La Clé Publique
Le 26 novembre, l’échéance qui commande tout le calendrier
Le permis de construire délivré en 2019 n’a jamais été mis en œuvre. Sa validité, prolongée du fait des suspensions de délais liées aux contentieux, court jusqu’au 26 novembre 2026. Un permis modificatif a été déposé le 21 novembre 2025 afin de mieux articuler la transformation de la tour avec celle du quartier et du centre commercial.
| Repère | Donnée |
|---|---|
| Hauteur / étages | Environ 210 mètres, 59 étages |
| Copropriétaires | 34, dont LFPI, MGEN (18 %) et Axa |
| Budget voté en mars 2026 | 727,7 M€ HT (contre 624 M€ HT à l’été 2025) |
| Estimation ultérieure (AFP) | Environ 800 M€ |
| Tour vidée de ses occupants | 31 mars 2026 |
| Validité du permis de construire | Jusqu’au 26 novembre 2026 |
| Première phase votée | Curage, désamiantage, façade jusqu’au 4ᵉ étage — 2 ans |
L’arithmétique est simple et brutale. Si aucun démarrage n’intervient avant cette date, il faudra redéposer un dossier. Or une autorisation administrative ne remplace ni un financement bouclé ni un accord entre propriétaires : la copropriété se retrouverait avec un permis à reconstruire, dans un contexte de coûts de construction plus élevés qu’en 2019, et sans garantie que le programme réinstruit soit celui d’aujourd’hui.
Le blocage rouvre un débat que dix ans d’études semblaient avoir clos
L’enlisement produit un effet secondaire inattendu : il remet en discussion le principe même de la rénovation retenue, conçue par le collectif Nouvelle AOM. Faut-il moderniser la tour dans son enveloppe actuelle, ou repenser plus profondément sa place dans le quartier ?
C’est le pari de Montparnasse 2030, contre-proposition indépendante développée par l’initiative Regard Naïf, qui conserve la structure de la tour mais revoit son architecture, son socle et sa relation à la ville — avec des bâtiments plus bas au pied, un jardin et la réintroduction de la façade de l’ancienne gare de 1863. Ce projet ne fait pas partie de la procédure portée par la copropriété. Il trouve pourtant une résonance nouvelle au moment où Paris accorde davantage de place à la transformation du bâti existant.
Économiquement, l’argument mérite d’être pris au sérieux : quand un programme dérive de 624 à près de 800 millions d’euros sans avoir posé une seule benne, la question de la rentabilité de l’investissement se pose autrement que sur le papier. C’est aussi ce qui distingue ce dossier des marchés immobiliers européens portés par la demande : ici, le blocage n’est pas commercial, il est décisionnel.
Ce qui se joue au-delà de la tour
Le secteur Maine-Montparnasse ne se réduit pas au gratte-ciel. La restructuration du centre commercial et de la tour CIT constitue une opération distincte, conçue par le Renzo Piano Building Workshop, dont les permis suivent leur propre procédure ; la Ville vise un début des travaux en 2028.
Autrement dit, même dans le scénario le plus défavorable pour la tour, le quartier continuera de se transformer. Mais un bâtiment de 59 étages vide au milieu d’un secteur en chantier n’est pas un statu quo neutre : c’est un actif immobilisé qui ne produit ni loyer ni recette d’exploitation, pendant que les charges courent. Voilà le vrai coût du blocage, et il grimpe chaque mois.
Le programme de rénovation de la tour Montparnasse, voté à 727,7 millions d’euros HT le 31 mars 2026, a été déclaré caduc par l’assemblée générale du 21 juillet. Seule une première phase de curage et de désamiantage a été approuvée, malgré l’opposition de LFPI, principal propriétaire, et sous conditions non encore levées. Le permis de construire de 2019 expire le 26 novembre 2026 : sans démarrage effectif d’ici là, il faudra redéposer un dossier, avec plusieurs années de retard à la clé. Investisseurs et exploitants du secteur Maine-Montparnasse ont intérêt à considérer l’échéance de novembre comme la date de décision réelle.
Questions fréquentes sur la rénovation de la tour Montparnasse
Pourquoi le chantier de la tour Montparnasse n’a-t-il pas commencé ?
Parce que les 34 copropriétaires privés ne s’accordent pas. L’assemblée générale du 21 juillet 2026 a constaté la caducité du programme à 727,7 millions d’euros voté en mars, et n’a approuvé qu’une première phase de désamiantage, assortie de conditions non encore remplies : accord entre propriétaires des étages destinés à l’hôtel, échanges de surfaces et exploitation du toit-terrasse.
Combien coûte la rénovation de la tour Montparnasse ?
Le budget voté le 31 mars 2026 s’élevait à 727,7 millions d’euros hors taxes, contre 624 millions lors du chiffrage de l’été 2025. Une estimation ultérieure rapportée par l’AFP approche désormais 800 millions d’euros.
Quand expire le permis de construire de la tour Montparnasse ?
Le permis délivré en 2019, jamais mis en œuvre, reste valable jusqu’au 26 novembre 2026, sa validité ayant été prolongée du fait des suspensions de délais liées aux contentieux. Un permis modificatif a été déposé le 21 novembre 2025.
Qui sont les propriétaires de la tour Montparnasse ?
La tour appartient à une copropriété privée de 34 copropriétaires. Les principaux sont le fonds LFPI, la MGEN — qui en détient 18 % — et Axa. L’homme d’affaires Xavier Niel figure également parmi les copropriétaires.
La Ville de Paris peut-elle imposer la rénovation ?
Non. La Ville délivre les autorisations d’urbanisme, organise les circulations et aménage les espaces publics autour du bâtiment — une convention prévoit que la copropriété lui verse 4,34 millions d’euros à ce titre. Elle ne peut en revanche contraindre des propriétaires privés à financer un programme ni à échanger leurs lots.






