Volvic fête ses cinquante ans avec une contrainte que la marque n’avait jamais connue : la demande grimpe, mais la source, elle, ne donnera pas davantage. Après un été de canicules en Auvergne, Danone change de logique et mise sur chaque litre économisé plutôt que sur chaque litre supplémentaire.
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Danone Volvic : un plan de 50 millions d’euros d’ici 2030
Le directeur général de Danone, Antoine de Saint-Affrique, a annoncé lundi 28 septembre 2026, sur le site d’embouteillage du Puy-de-Dôme, un plan d’investissement de 50 millions d’euros étalé jusqu’en 2030. L’enveloppe poursuit trois objectifs : économiser l’eau, décarboner l’usine et moderniser l’outil de production.
Environ 10 millions d’euros financeront la réutilisation des eaux usées traitées pour nettoyer le site : lavage des machines, des lignes, des sols. Ce projet, baptisé ReUse en interne, doit permettre de réutiliser 80 % de l’eau de process d’ici deux ans. Le reste servira à installer des équipements moins gourmands en eau, une chaudière biomasse appelée à remplacer le gaz à partir de 2027, et une nouvelle ligne de production dont le calendrier n’a pas été précisé.
Ce virage a été rendu possible à grande échelle par l’évolution récente de la réglementation, qui a ouvert aux industriels de l’agroalimentaire le recours aux eaux usées traitées. Danone y avait déjà recours à titre expérimental à Volvic, notamment avec des procédés de filtration par les plantes.
Une marque à 800 millions d’euros de ventes
L’enjeu dépasse l’Auvergne. Les eaux représentent 4,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires par an pour Danone, soit 17 % de son activité. Volvic en pèse à elle seule 800 millions. En France, c’est la première marque d’eau du groupe en valeur comme en volume, devant Evian, et la plus rentable.
Le site produit entre 4 et 5 millions de litres d’eau minérale par jour et revendique 1 400 emplois directs et indirects, ce qui en fait l’un des principaux employeurs du département. La direction change d’ailleurs de mains : Emmanuel Gerardin, directeur de la Société des eaux de Volvic, cède sa place le 1er octobre 2026 à Catalin Manoli, jusqu’ici à la tête d’un site du groupe en Espagne, et se consacrera à la préservation de la ressource au sein de Danone.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Chiffre d’affaires des eaux de Danone | 4,8 milliards d’euros par an (17 % du groupe) |
| Ventes de la marque Volvic | 800 millions d’euros |
| Production du site | 4 à 5 millions de litres par jour |
| Prélèvements annuels du site | environ 2,4 millions de m³ |
| Eau prélevée pour 1 litre embouteillé | 1,26 litre aujourd’hui, 1,15 litre visé |
| Plan d’investissement | 50 millions d’euros d’ici 2030 |
Une source partagée, et plus aucune marge
L’eau de Volvic provient de la source Clairvic, alimentée par un impluvium de 38 km² : la pluie y filtre pendant environ cinq ans à travers les roches volcaniques de la chaîne des Puys. La recharge de la nappe n’a pas été perturbée l’hiver dernier, mais la région subit des sécheresses à répétition depuis une décennie. L’Auvergne a perdu son image de « château d’eau de la France », et le Puy-de-Dôme reste soumis à des restrictions en cette fin septembre.
La source est partagée entre plusieurs usages : la moitié des volumes va à l’eau potable, un quart au site d’embouteillage, le reste à d’autres industriels ou à l’écoulement naturel. En 2025, la préfecture a réduit de 5 %, de façon définitive et en concertation avec Danone, les volumes annuels que le site peut prélever. L’usine pompe désormais presque son plafond, autour de 2,4 millions de mètres cubes par an. S’y ajoute, depuis juin, une baisse temporaire de 5 % prévue par le plan de sobriété signé avec la préfecture en période de sécheresse. En cas de pénurie, Danone s’est engagé à céder une partie de ses volumes à l’alimentation en eau potable.
« Ce sont des investissements du futur dans une usine qui est au cœur de nos métiers. »
— Antoine de Saint-Affrique, directeur général de Danone, dans L’Écho républicain
Moins d’eau prélevée par bouteille
Danone a lancé une première vague d’investissements en 2017. Selon le groupe, elle a permis de baisser de 13 % les prélèvements dans la source à production égale. Le nouveau plan doit les réduire de 10 % de plus, soit une économie annoncée de 220 millions de litres par an.
Concrètement, l’usine prélève aujourd’hui 1,26 litre d’eau pour remplir une bouteille d’un litre : le reste sert à l’entretien et au nettoyage des installations. L’objectif est de descendre à 1,15 litre. Cet effort a une contrepartie réglementaire : décidé avec la préfecture, il doit se traduire par une nouvelle baisse de 10 % des autorisations de prélèvement en 2028. Autrement dit, l’eau économisée ne servira pas à produire davantage, elle restera dans la nappe.
La contrainte tombe au mauvais moment. Le marché de l’eau minérale a retrouvé de l’élan : l’an dernier, chaque Français en a consommé 9 litres de plus et les ventes ont progressé de 6 %. Pendant les canicules de l’été, la demande s’est envolée, et l’usine n’a pas pu servir tous les magasins qui en réclamaient. D’autres sources françaises sont confrontées aux mêmes tensions, dans un climat qui pèse aussi sur d’autres filières agricoles, comme l’a montré la crise de la pomme de terre cette année.
Vendre mieux faute de vendre plus
Puisque les volumes sont plafonnés, la Société des eaux de Volvic cherche la croissance dans la valeur. Les eaux aromatisées aux zestes de fruits et les boissons enrichies, vendues plus cher que l’eau plate, représentent déjà 25 % des ventes de la marque.
Le groupe ouvre aussi à Volvic son premier centre d’expertise mondial sur l’eau. Il doit faire progresser la recherche sur le cycle de l’eau et partager le savoir des hydrogéologues de Danone avec les collectivités et d’autres industriels. Ce travail prolonge le comité de protection de l’impluvium, créé il y a vingt ans avec les quatre communes concernées (Volvic, Charbonnières-les-Varennes, Saint-Ours-les-Roches et Pulvérières), qui travaille avec les agriculteurs pour préserver la qualité des eaux souterraines. Pour les minéraliers, la ressource est désormais le premier facteur de production, avant même la demande.
Danone investit 50 millions d’euros d’ici 2030 à Volvic pour réduire de 10 % supplémentaires ses prélèvements dans la source, soit 220 millions de litres économisés par an. La marque, qui pèse 800 millions d’euros de ventes, prélève déjà presque le maximum autorisé et verra ses autorisations baisser de 10 % en 2028. Faute de pouvoir produire plus, Volvic mise sur la réutilisation de l’eau et sur des boissons vendues plus cher.
Questions fréquentes
Combien Danone investit-il à Volvic ?
Danone a annoncé le 28 septembre 2026 un plan de 50 millions d’euros d’ici 2030 sur son site de Volvic, dont environ 10 millions pour la réutilisation des eaux usées traitées. Le reste finance des équipements moins gourmands en eau, une chaudière biomasse et une nouvelle ligne de production.
Combien d’eau l’usine Volvic prélève-t-elle ?
Le site d’embouteillage prélève environ 2,4 millions de mètres cubes par an, soit un quart des volumes de la source. Il faut aujourd’hui 1,26 litre d’eau pour embouteiller un litre de Volvic, un ratio que Danone veut ramener à 1,15 litre.
Que pèse Volvic pour Danone ?
Volvic réalise 800 millions d’euros de ventes. En France, c’est la première marque d’eau de Danone en valeur et en volume, devant Evian, et la plus rentable. Les eaux représentent 4,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour le groupe, soit 17 % de son activité.
Pourquoi Volvic ne peut-il pas produire davantage ?
Les autorisations de prélèvement ont été réduites de 5 % en 2025 et le site pompe presque son maximum. Une nouvelle baisse de 10 % est prévue en 2028. Les économies d’eau réalisées resteront dans la nappe et ne serviront pas à augmenter la production.






