Salaires en Europe : cinq ans d’inflation ont effacé les gains de douze pays sur trente

Depuis 2020, les salaires dans l'Union européenne ont progressé de 22 % en termes nominaux — mais l'inflation de 25,6 % a effacé ces gains pour douze pays, dont la France, l'Allemagne et l'Italie.

Depuis 2020, les salaires dans l’Union européenne ont augmenté de près de 22 % en termes nominaux. Mais l’inflation, encore plus rapide, a effacé ces gains pour des millions de travailleurs. Selon les données d’Eurostat compilées par Euronews, douze pays de l’UE ont vu leur pouvoir d’achat réel reculer sur la période — dont les quatre plus grandes économies de la zone.

Salaires en Europe depuis 2020 : une hausse nominale qui masque un recul réel

Entre 2020 et 2025, le salaire horaire brut moyen dans l’Union européenne est passé de 21,5 euros à 26,2 euros, soit une progression nominale de 21,9 %. En apparence, une amélioration significative pour les travailleurs européens.

Mais l’inflation sur cette même période a atteint 25,6 % en moyenne dans l’UE, dépassant largement la hausse des salaires. Résultat : le pouvoir d’achat réel a reculé de 3 % à l’échelle de l’ensemble de l’Union. Sur trente pays européens analysés, dix-huit ont certes connu une progression de leurs salaires réels — mais douze ont enregistré un recul, dont les poids lourds économiques du continent.

Les grands perdants de l’inflation : Italie, France et Allemagne sous l’eau

Parmi les économies qui ont le plus souffert, l’Italie se distingue avec une chute du salaire réel de 9,2 % — la plus forte baisse d’Europe. La progression nominale des salaires italiens n’a atteint que 9,5 % sur cinq ans, très loin de l’inflation sur la même période.

L’Espagne et la France suivent avec des reculs respectifs de 5,9 % et 3,3 %. L’Allemagne n’échappe pas non plus à cette tendance, affichant un recul de 3,2 % du salaire réel malgré un niveau de rémunération parmi les plus élevés d’Europe, à 34,5 euros par heure en 2025.

Cette situation s’explique par une double contrainte : des systèmes de négociation salariale traditionnellement plus rigides dans ces pays, combinés à une flambée inflationniste inédite depuis les années 1980.

Le pouvoir d’achat réel des Européens a reculé de 3 % depuis 2020 — une réalité dissimulée derrière des hausses de salaires nominales qui semblaient prometteuses.

L’effet de rattrapage de l’Est : Bulgarie, Croatie et Pologne en tête

À l’opposé du spectre, les pays d’Europe de l’Est et certains États baltes affichent des progressions spectaculaires de leurs salaires réels. La Bulgarie enregistre la plus forte hausse avec +37,4 %, portée par une politique nationale imposant un salaire minimum d’au moins 50 % du salaire brut moyen, entrée en vigueur en 2023. Son salaire horaire est passé de 5,7 euros en 2020 à 10,5 euros en 2025.

La Croatie (+21,1 %), la Lituanie (+21,1 %), la Roumanie (+19,7 %) et la Pologne (+17,8 %) complètent le peloton de tête. Ces pays bénéficient d’un effet de rattrapage structurel : partir d’un niveau bas facilite mécaniquement des progressions en pourcentage plus importantes.

Il convient toutefois de nuancer : certains de ces États ont connu une inflation nominale très élevée — 53,7 % en Hongrie, 44,6 % en Roumanie — et leurs salaires nominaux ont dû progresser bien davantage encore pour générer un gain réel.

Des inégalités salariales persistantes à travers l’Europe

Au-delà des évolutions, l’écart entre les niveaux de salaires reste considérable d’un bout à l’autre de l’Europe. En 2025, le Luxembourg affiche le salaire horaire brut le plus élevé avec 49,7 euros de l’heure, contre seulement 10,5 euros en Bulgarie — un écart de 1 à 5 qui illustre la fragmentation durable du marché du travail européen.

La directive européenne sur la transparence des salaires, dont l’entrée en application est attendue en 2026, pourrait à terme réduire une partie de ces écarts — au moins sur le plan de la visibilité — en contraignant les entreprises à publier leurs grilles de rémunération par genre et par catégorie.

Pays Variation salaire réel 2020-2025 Salaire horaire brut 2025
Bulgarie +37,4 % 10,5 €
Croatie +21,1 %
Lituanie +21,1 %
Pologne +17,8 %
Allemagne -3,2 % 34,5 €
France -3,3 % ~32 €
Espagne -5,9 % 19,5 €
Italie -9,2 %
Luxembourg 49,7 €
L’essentiel à retenir

Les salaires en Europe ont progressé de 21,9 % nominalement depuis 2020, mais l’inflation de 25,6 % a fait reculer le pouvoir d’achat réel de 3 % en moyenne dans l’UE. Douze pays enregistrent un recul réel, dont l’Italie (-9,2 %), la France (-3,3 %) et l’Allemagne (-3,2 %). À l’inverse, la Bulgarie (+37,4 %) et les pays d’Europe de l’Est tirent leur épingle du jeu grâce à un effet de rattrapage. Les écarts de niveaux de salaire restent immenses : de 10,5 €/h en Bulgarie à 49,7 €/h au Luxembourg.

 

Questions fréquentes sur les salaires en Europe
Pourquoi les salaires ont-ils baissé en termes réels dans de nombreux pays européens ?

La hausse des salaires nominaux (+21,9 % en moyenne dans l’UE) a été surpassée par l’inflation (+25,6 % sur la même période). Ce décrochage signifie que les travailleurs gagnent plus en valeur nominale, mais achètent moins avec leur salaire qu’en 2020.

Quel pays européen a le plus fort recul des salaires réels depuis 2020 ?

C’est l’Italie qui enregistre la baisse la plus marquée avec -9,2 % de salaire réel depuis 2020. La progression des salaires nominaux italiens n’a atteint que 9,5 % sur cinq ans, bien en dessous de l’inflation.

Pourquoi les salaires en Europe de l’Est ont-ils progressé plus fortement ?

Les pays d’Europe de l’Est bénéficient d’un effet de rattrapage : partir d’un niveau bas facilite des progressions nominales plus importantes. La Bulgarie a également mis en place une politique imposant un salaire minimum d’au moins 50 % du salaire moyen brut.

Quel est le pays avec le salaire horaire le plus élevé en Europe ?

En 2025, c’est le Luxembourg qui affiche le salaire horaire brut le plus élevé avec 49,7 euros de l’heure, contre 10,5 euros en Bulgarie, le pays le plus bas du classement européen.