L’essentiel à retenir
- Donald Trump menace Londres de « gros droits de douane » si le Royaume-Uni ne supprime pas sa taxe numérique de 2 % visant les géants américains de la tech.
- La Digital Services Tax a rapporté environ 800 millions de livres en 2024-2025 au Trésor britannique.
- Downing Street tient bon : la mesure, jugée « équitable et proportionnée », sera maintenue.
- L’épisode ravive les tensions commerciales transatlantiques à quelques jours d’une visite d’État du roi Charles III aux États-Unis.
Une menace tarifaire frontale contre la taxe numérique du Royaume-Uni
Donald Trump a ouvert un nouveau front commercial avec le Royaume-Uni. Depuis le Bureau ovale, jeudi 23 avril 2026, le président américain a menacé d’imposer un « gros droit de douane » à Londres si la taxe numérique au Royaume-Uni – la Digital Services Tax (DST) – n’est pas démantelée. La déclaration, rapportée par CNBC et The Guardian, vise une mesure fiscale britannique introduite en 2020, qui prélève 2 % du chiffre d’affaires des moteurs de recherche, réseaux sociaux et marketplaces tirant de la valeur d’utilisateurs basés au Royaume-Uni.
Selon le Trésor britannique, le dispositif a généré environ 800 millions de livres sterling en 2024-2025, soit l’équivalent de 1,08 milliard de dollars. L’organisation Tax Justice UK estime que la taxe pourrait rapporter entre 4,4 et 5,2 milliards de livres entre 2024 et 2029. Sa cible est étroite mais lourde : seules les entreprises dont les revenus mondiaux issus des activités numériques dépassent 500 millions de livres, et dont au moins 25 millions proviennent d’utilisateurs britanniques, sont concernées. Dans les faits, ce sont surtout les Big Tech américaines – Alphabet, Meta, Apple, Amazon – qui en supportent la charge.
« S’ils ne suppriment pas la taxe, nous mettrons probablement un gros droit de douane sur le Royaume-Uni. »
— Donald Trump, président des États-Unis, 23 avril 2026, depuis le Bureau ovale
Londres campe sur ses positions, malgré la menace de droits de douane
Le 24 avril, le porte-parole officiel du Premier ministre Keir Starmer a fait savoir que la position du gouvernement travailliste « n’a pas changé ». La taxe est jugée « équitable et proportionnée » et perçue comme un instrument fiscal stratégique pour s’assurer que les entreprises numériques contribuent à hauteur de l’activité qu’elles tirent du marché britannique. Pour Londres, l’enjeu va au-delà des recettes : la DST génère plus que la plupart des cibles ne paient au titre de l’impôt sur les sociétés au Royaume-Uni, même si Amazon, Google et Apple répercutent la taxe sur les vendeurs et entreprises tierces qui utilisent leurs plateformes.
L’argument de Donald Trump est connu : selon lui, plusieurs gouvernements étrangers cherchent à « faire de l’argent facile » sur le dos des champions américains. « Ils pensent qu’ils vont gagner facilement, c’est pour ça qu’ils ont tous profité de notre pays », a déclaré le président. Sans préciser de pourcentage, il a indiqué que l’éventuel droit de douane serait calibré sur ce que rapporte la taxe : « Nous riposterons en imposant quelque chose d’équivalent ou de supérieur à ce qu’ils prélèvent ».
Une vieille promesse de l’OCDE qui ne s’est jamais concrétisée
La taxe numérique britannique avait, à l’origine, vocation à disparaître. Le Royaume-Uni s’était engagé en 2021, dans le cadre de l’accord négocié par l’OCDE avec 140 pays, à substituer à la DST un nouveau régime mondial reposant sur deux piliers : la taxation des multinationales dans les pays où elles réalisent leur activité et un impôt sur les sociétés minimum à 15 %. La mise en œuvre, prévue pour 2024, n’est jamais entrée pleinement en vigueur. Plusieurs pays, dont les États-Unis, ont continué à émettre des objections, retardant l’application du dispositif et laissant les taxes nationales en vigueur.
Le Royaume-Uni n’est pas isolé. La France, l’Italie et l’Espagne appliquent également des taxes numériques nationales similaires, qui ciblent les mêmes acteurs. Le débat britannique fait donc écho à un dossier européen plus large que Bruxelles et Paris suivent de près, dans un contexte où Washington a déjà brandi à plusieurs reprises l’arme tarifaire contre les régulations européennes du numérique. En août 2025, sur Truth Social, Donald Trump avait promis de « tenir tête aux pays qui s’attaquent à nos formidables entreprises tech américaines » et menacé d’imposer « des droits de douane substantiels supplémentaires » aux nations qui ne reculeraient pas.
Tensions transatlantiques sur fond de guerre en Iran et de visite royale
| Donnée clé | Valeur |
|---|---|
| Taux de la Digital Services Tax | 2 % du chiffre d’affaires éligible |
| Année d’entrée en vigueur | 2020 |
| Seuil mondial d’éligibilité | > 500 M£ de revenus numériques mondiaux |
| Recettes 2024-2025 | ~ 800 M£ (1,08 Md$) |
| Recettes attendues 2024-2029 | 4,4 à 5,2 Md£ (estimation Tax Justice UK) |
| Pays européens avec une DST nationale | Royaume-Uni, France, Italie, Espagne |
L’algarade survient dans un contexte diplomatique chargé. Les relations entre Washington et Londres se sont sensiblement tendues depuis que Keir Starmer a refusé toute participation britannique à la guerre menée par les États-Unis en Iran. Selon plusieurs médias américains, des responsables du Pentagone exploreraient des « options de sanction » contre les alliés de l’OTAN jugés défaillants pendant le conflit, allant jusqu’à évoquer une révision de la position américaine sur la souveraineté britannique des îles Falkland. Aucune mesure formelle n’est cependant engagée à ce stade.
L’épisode tombe à un moment particulièrement sensible. Le roi Charles III et la reine Camilla doivent entamer lundi une visite d’État de quatre jours aux États-Unis, avec une rencontre prévue à la Maison-Blanche. Le déplacement, hautement symbolique, devra coexister avec une rhétorique tarifaire qui rappelle la fragilité de l’accord commercial signé entre les deux pays en mai 2025. Donald Trump a lui-même rappelé en début de mois, dans un entretien à Sky News, que les termes de cet accord « peuvent toujours être modifiés ». Le chapitre de la taxe numérique au Royaume-Uni n’est manifestement pas refermé. Il s’inscrit dans la même logique que d’autres bras de fer commerciaux opposant Washington à ses partenaires.
Foire aux questions
Qu’est-ce que la taxe numérique au Royaume-Uni ?
La Digital Services Tax, introduite en 2020, est un prélèvement de 2 % sur le chiffre d’affaires des moteurs de recherche, réseaux sociaux et places de marché en ligne tirant leur valeur d’utilisateurs britanniques. Elle vise les grandes entreprises numériques, dont les revenus mondiaux dépassent 500 millions de livres et dont plus de 25 millions proviennent d’utilisateurs au Royaume-Uni.
Pourquoi Donald Trump menace-t-il le Royaume-Uni de droits de douane ?
Le président américain estime que la taxe numérique britannique cible de façon disproportionnée les Big Tech américaines, comme Alphabet, Meta, Apple et Amazon. Il considère qu’elle constitue une discrimination commerciale envers les entreprises américaines et menace d’y répondre par des droits de douane sur les exportations britanniques.
Combien rapporte la taxe numérique britannique ?
La Digital Services Tax a généré environ 800 millions de livres sterling au cours de l’exercice 2024-2025. L’organisation Tax Justice UK estime que les recettes cumulées entre 2024 et 2029 pourraient atteindre 4,4 à 5,2 milliards de livres.
Quels autres pays appliquent une taxe numérique en Europe ?
La France, l’Italie et l’Espagne disposent également de taxes numériques nationales ciblant les mêmes acteurs. Plusieurs autres pays européens ont préféré attendre la mise en œuvre de l’accord OCDE de 2021, qui prévoyait un régime mondial de taxation des multinationales, mais dont l’application a été repoussée.
