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Un vote qui clôt quarante ans d’interdit
Mercredi 23 septembre, le Sénat italien a donné son feu vert définitif au projet de loi porté par le gouvernement de Giorgia Meloni pour réintroduire l’énergie atomique dans la Péninsule. Le texte a été adopté par 81 voix contre 51, avec sept abstentions, selon World Nuclear News. La Chambre des députés l’avait déjà voté en juin, par 155 voix contre 86.
La présidente du Conseil a salué un pays qui, « après près de quarante ans », dispose de nouveau d’un cadre réglementaire pour la production d’énergie nucléaire. Son argument est d’abord économique : réduire la dépendance de l’Italie vis-à-vis de l’étranger et protéger les ménages et les entreprises des crises internationales « payées dans nos factures ». L’Italie importe en effet une partie de son électricité, produite notamment par les centrales françaises et suisses.
Pour mesurer le chemin parcouru, il faut remonter à 1987. Au lendemain de Tchernobyl, un référendum avait supprimé les compensations financières accordées aux communes prêtes à accueillir une centrale et interdit à Enel, l’équivalent italien d’EDF, de construire des réacteurs à l’étranger. Les deux dernières centrales en activité, Caorso et Trino Vercellese, ont été arrêtées en 1990. Une première tentative de relance, lancée par Silvio Berlusconi en partenariat avec la France, avait été balayée en 2011 : quelques mois après Fukushima, 94 % des votants avaient rejeté toute construction de nouveau réacteur.
Ce que la loi sur le nucléaire en Italie contient, et ce qu’elle ne contient pas
Le texte voté n’autorise la construction d’aucune centrale. Il s’agit d’une loi de délégation : elle donne au gouvernement douze mois pour adopter, par décrets, l’ensemble du cadre juridique du « nucléaire durable ». Le chantier est vaste : choix des sites, règles d’autorisation des projets, création d’une autorité de sûreté nucléaire indépendante, gestion des déchets, mais aussi programme national, recherche, formation et campagnes d’information du public.
Côté calendrier, le ministre de l’Environnement et de la Sécurité énergétique, Gilberto Pichetto Fratin, affiche une première mise en service vers 2033-2034. Pour lui, le vote parachève un processus engagé trois ans plus tôt.
« Le nucléaire n’est pas un retour au passé : c’est une technologie gagnante qui, intégrée aux renouvelables, peut apporter des résultats extraordinaires pour notre sécurité énergétique. »
— Gilberto Pichetto Fratin, ministre italien de l’Environnement et de la Sécurité énergétique, cité par World Nuclear News
Reste une lacune de taille, relevée par Michele Governatori, expert en énergie du think tank indépendant Ecco, interrogé par Le Figaro : la loi n’alloue aucun financement à la construction et ne tranche pas la question d’un opérateur nucléaire public. Le même analyste estime que l’atome n’est pas aujourd’hui une option disponible et économique pour faire baisser les prix de l’énergie ou tenir les objectifs d’émissions, et qu’il ne se concrétisera peut-être que dans plusieurs décennies.
| Date | Étape du nucléaire en Italie |
|---|---|
| 1987 | Référendum post-Tchernobyl : coup d’arrêt au programme |
| 1990 | Arrêt des dernières centrales, Caorso et Trino Vercellese |
| Juin 2011 | Après Fukushima, 94 % des votants rejettent la relance |
| Juin 2026 | La Chambre des députés adopte la loi de délégation (155 voix contre 86) |
| 23 septembre 2026 | Adoption définitive au Sénat (81 voix contre 51) |
| Septembre 2027 | Échéance des douze mois accordés au gouvernement pour les décrets |
| 2033-2035 | Premières mises en service visées par le gouvernement et les industriels |
Petits réacteurs modulaires : les industriels français en embuscade
Rome devra aussi choisir sa technologie. Tout indique qu’elle privilégiera, plutôt que de grandes centrales, les petits réacteurs modulaires (SMR), conçus pour être produits en série avec une puissance maximale de 300 MW. Aucun n’a encore été construit en Occident ; selon Le Figaro, la Chine et la Russie seraient les plus avancées sur ce terrain.
Les industriels n’ont pas attendu le vote pour se positionner. Le jour même, Nuward, la filiale d’EDF dédiée aux SMR, sa maison mère, Edison — filiale italienne d’EDF — et les groupes italiens Ansaldo et Maire ont affiché leur ambition de déployer un premier réacteur en Italie d’ici 2035. Nuward vise une flotte de dix unités réparties dans cinq pays de l’Union européenne, avec de premiers chantiers à partir de 2030. Autre acteur à suivre : Newcleo, développeur de réacteurs refroidis au plomb, dont le siège est en France mais qui mène une large part de ses activités en Italie.
Pour la filière française, l’enjeu dépasse l’Italie : décrocher une première commande européenne donnerait de la crédibilité à une technologie qui reste à démontrer. Nous avions détaillé ces paris dans notre analyse de la stratégie européenne autour des SMR.
Le retour du nucléaire italien face à ses vieux obstacles
Le soutien politique s’est nourri de la flambée des prix du gaz après l’invasion russe de l’Ukraine : l’atome est revenu dans les promesses de campagne du centre et de la droite en 2022 et devrait peser dans les législatives de 2027. Mais l’expérience du passé invite à la prudence. Aucun gouvernement n’a encore réussi à désigner un site national de stockage des déchets radioactifs, pourtant obligatoire, et le démantèlement de l’ancien parc est loin d’être achevé.
Le vrai test viendra avec le choix des emplacements. Michele Governatori prévient qu’une position aujourd’hui populaire risque de l’être beaucoup moins lorsqu’il faudra désigner la commune d’accueil. Les délais observés ailleurs en Europe, à l’image des aléas de l’EPR de Flamanville, rappellent aussi que le calendrier 2033-2035 relève pour l’heure de l’objectif plus que de la certitude.
Le Sénat italien a adopté le 23 septembre 2026, par 81 voix contre 51, la loi qui rouvre la voie au nucléaire, près de quarante ans après son abandon. Le gouvernement dispose désormais de douze mois pour fixer par décrets les sites, l’autorité de sûreté et la gestion des déchets. Aucun financement n’est encore prévu, et les premiers réacteurs, probablement des SMR, ne sont pas attendus avant 2033-2035.
Questions fréquentes
L’Italie va-t-elle construire des centrales nucléaires ?
Pas immédiatement. La loi adoptée le 23 septembre 2026 est une loi de délégation : elle charge le gouvernement de définir en douze mois le cadre juridique (sites, sûreté, déchets). Aucune centrale n’est autorisée à ce stade.
Pourquoi l’Italie avait-elle abandonné le nucléaire ?
Après Tchernobyl, le référendum de 1987 a mis un coup d’arrêt au programme et les dernières centrales ont fermé en 1990. Une relance a de nouveau été rejetée par référendum en 2011, après Fukushima.
Quand le premier réacteur italien pourrait-il fonctionner ?
Le ministre de l’Énergie évoque une première mise en service vers 2033-2034. EDF, Nuward, Edison, Ansaldo et Maire visent un premier petit réacteur modulaire en Italie d’ici 2035.
Quelle technologie l’Italie devrait-elle retenir ?
Plutôt que de grandes centrales, Rome devrait privilégier des petits réacteurs modulaires (SMR), d’une puissance maximale de 300 MW, produits en série.






