Samedi 26 septembre, le réacteur le plus puissant du parc français s’éteindra. Il ne redémarrera pas avant 350 jours. Deux ans après son raccordement au réseau, l’EPR de Flamanville entre dans sa première visite complète : un chantier de maintenance d’une ampleur sans précédent, dont dépend la crédibilité industrielle des six EPR2 qu’EDF veut construire derrière lui.
Sommaire
- Une visite complète de 350 jours, un record sur le parc français
- Le couvercle de 99 tonnes, dernier héritage d’un chantier hors de contrôle
- Vingt mille opérations, 2 500 personnes, 200 entreprises
- Un programme allégé par l’ASNR après une alerte interne
- 1 600 MW confirmés, mais une production en deçà des prévisions
- Questions fréquentes
Une visite complète de 350 jours, un record sur le parc français
La « visite complète » n’est pas une option : c’est le rendez-vous réglementaire auquel tout nouveau réacteur français est soumis dans les trente mois suivant sa mise en route. Pour Flamanville 3, le compte à rebours a démarré en mai 2024, au chargement du combustible nucléaire. L’échéance tombe donc cet automne.
Ce qui sort de l’ordinaire, c’est sa durée. Les dernières visites complètes de réacteurs à eau pressurisée, à Chooz dans les Ardennes et à Civaux dans la Vienne, s’étaient étalées sur 190 à 200 jours. Flamanville en demandera près du double. EDF avance deux explications : le volume d’activités et de contrôles à mener, et surtout la complexité intrinsèque de l’EPR, conçu avec un niveau de sûreté rehaussé et une redondance des équipements que les réacteurs des générations précédentes n’ont pas.
| Réacteur | Type | Durée de la visite complète |
|---|---|---|
| Chooz B et Civaux | REP palier N4 | 190 à 200 jours |
| Flamanville 3 | EPR | 350 jours |
Le couvercle de 99 tonnes, dernier héritage d’un chantier hors de contrôle
L’opération la plus spectaculaire de l’année à venir tient en une pièce : le couvercle qui ferme la cuve du réacteur. Six mètres de diamètre, 99 tonnes. Il est défectueux depuis l’origine — la découverte d’un excès de concentration en carbone dans cet élément maîtresse fut l’un des nombreux épisodes qui ont fait dérailler le chantier de l’EPR, achevé avec douze années de retard et une facture multipliée par sept.
Le remplaçant sort de la même forge que son prédécesseur : celle de Framatome, au Creusot, filiale qu’EDF a rachetée et redressée après des années d’errements industriels. La pièce a été convoyée en Normandie en juin. La hisser sous le dôme de béton figurera parmi les gestes les plus délicats du chantier.
Une fois déposé, l’ancien couvercle deviendra le plus gros déchet nucléaire français. Il sera entreposé sur le site de Flamanville avant de rejoindre, dans quelques années, le centre de stockage de l’Andra, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, dans l’Aube.
Vingt mille opérations, 2 500 personnes, 200 entreprises
Derrière le couvercle, c’est une petite ville industrielle qui va s’installer en bord de Manche. EDF chiffre l’opération à « plusieurs millions d’euros » et l’articule autour de trois ordres de grandeur : environ 20 000 activités, jusqu’à 2 500 personnes sur site et 200 entreprises partenaires, a détaillé mardi Renaud Crassous, directeur adjoint performance de la division production nucléaire d’EDF, lors d’un échange avec la presse.
Pour la quasi-totalité des opérateurs et des ingénieurs mobilisés, cette visite complète sera une première de carrière — l’EPR est le premier réacteur mis en service en France depuis vingt-cinq ans. EDF relativise toutefois le saut dans l’inconnu en comparant l’exercice à une visite décennale classique, du type de celle que vient d’achever le réacteur de Paluel 1 pour ses quarante ans.
Au programme des vérifications maintenues : la turbine géante, le bâtiment réacteur, et une modification du « contrôle-commande » — la salle de commande et les automates qui pilotent l’installation — pour suivre les évolutions réglementaires et intégrer le retour d’expérience.
S’y ajoute un chantier né d’un incident bien réel. En début d’année, la tempête Goretti a déposé du sel marin sur les isolateurs en verre qui protègent les transformateurs électriques des courts-circuits ; plusieurs ont grillé. Ils seront recouverts de silicone, un matériau sur lequel les gouttes d’eau ne s’agglomèrent pas en film conducteur. Le revêtement sera produit par Masci, un industriel rémois — une percée notable sur un réseau électrique français jusqu’ici réticent au silicone, dont le marché mondial est largement tenu par des fabricants chinois.
Un programme allégé par l’ASNR après une alerte interne
Le calendrier initial a été revu à la baisse. Face à la diversité et à l’ampleur des tâches, EDF a obtenu de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) un allègement de son programme de maintenance : certaines vérifications seront reportées sur les prochains arrêts de l’EPR.
Cet allègement n’est pas tombé du ciel. En début d’année, l’inspecteur interne de la sûreté nucléaire d’EDF avait alerté sur « un programme trop chargé et une préparation en retard », ainsi que sur le manque d’expérience du personnel et la faible disponibilité des équipes de maintenance. L’électricien assure de son côté que son niveau de sûreté « demeure impeccable ».
C’est tout l’enjeu de ce chantier : il sert de galop d’essai grandeur nature pour la filière. Flamanville 3 est un exemplaire unique qui préfigure les futurs EPR2 dont EDF a déjà engagé les travaux préparatoires à Gravelines. La capacité de l’électricien à tenir 350 jours et à redémarrer à l’heure sera scrutée comme un indicateur avancé de sa maîtrise industrielle.
1 600 MW confirmés, mais une production en deçà des prévisions
Au moment de son arrêt, le réacteur aura produit 10 TWh d’électricité — sensiblement moins que les 14 TWh anticipés lors de son raccordement au réseau, en décembre 2024. Entre les aléas de démarrage, la tempête de janvier et plusieurs arrêts de contrôle, la montée en régime a été plus heurtée que prévu.
Un point, au moins, est désormais tranché : la puissance. Longtemps annoncée à 1 650 puis 1 620 MW, la « puissance nette normalisée » de l’EPR s’établit finalement à 1 600 MW, avec une marge de 20 MW supplémentaires selon la température de la Manche, dont l’eau refroidit les circuits. Cela reste, de loin, le réacteur le plus puissant du parc français.
Pour le système électrique national, l’addition est immédiate : une capacité de 1,6 GW retirée du réseau pendant près d’un an, sur une période qui couvre deux hivers partiels. EDF devra compenser par le reste du parc, alors que l’été a déjà pesé sur la production nucléaire et hydraulique.
L’EPR de Flamanville s’arrête le 26 septembre 2026 pour 350 jours, soit près du double des 190 à 200 jours qu’avaient demandé les visites complètes de Chooz et Civaux. Le chantier mobilisera 20 000 activités, 2 500 personnes et 200 entreprises, et verra le remplacement du couvercle de cuve de 99 tonnes, défectueux depuis l’origine, qui deviendra le plus gros déchet nucléaire français. Le réacteur aura produit 10 TWh au lieu des 14 TWh prévus, pour une puissance nette confirmée à 1 600 MW. Sa capacité à redémarrer à l’heure, à l’été 2027, servira de test grandeur nature avant les EPR2.
Questions fréquentes
Pourquoi l’EPR de Flamanville est-il arrêté pendant 350 jours ?
Il s’agit de sa première « visite complète », un contrôle réglementaire imposé à tout nouveau réacteur français dans les trente mois suivant sa mise en route. Sa durée exceptionnelle s’explique par le volume d’activités à mener, par la complexité de l’EPR — niveau de sûreté rehaussé et redondance des équipements — et par le remplacement du couvercle de cuve.
Quand l’EPR de Flamanville doit-il redémarrer ?
L’arrêt débute le 26 septembre 2026 et doit durer 350 jours, ce qui situe le redémarrage vers la fin de l’été 2027, sous réserve du respect du calendrier.
Pourquoi faut-il changer le couvercle de la cuve ?
La pièce d’origine présente un excès de concentration en carbone, une anomalie identifiée de longue date. Le nouveau couvercle, de 6 mètres de diamètre et 99 tonnes, a été forgé par Framatome au Creusot et acheminé en Normandie en juin 2026.
Quelle est la puissance réelle de l’EPR de Flamanville ?
Sa puissance nette normalisée est de 1 600 MW, contre 1 650 puis 1 620 MW annoncés par le passé. Elle peut gagner jusqu’à 20 MW supplémentaires selon la température de l’eau de la Manche utilisée pour le refroidissement.
Que devient l’ancien couvercle du réacteur ?
Il deviendra le plus gros déchet nucléaire français. Il sera d’abord entreposé sur le site de Flamanville, avant de rejoindre dans quelques années un centre de stockage de l’Andra, dans l’Aube.






