Accord UE-Mercosur en vigueur : le Brésil ratifie et l’Europe abaisse ses droits de douane

Signé en janvier 2026 et ratifié en cascade par l'Argentine, l'Uruguay puis le Brésil, l'accord de libre-échange UE-Mercosur est désormais en application provisoire. Il ouvre un marché de 300 millions de consommateurs à l'industrie européenne, avec des économies tarifaires annuelles estimées à 4 à 4,5 milliards d'euros. Mais l'agriculture européenne reste en alerte.

Accord UE-Mercosur : une ratification en cascade depuis janvier 2026

Le 17 janvier 2026, la cérémonie de signature se tenait à Asunción, au Paraguay. Deux mois plus tard, le processus de ratification avait progressé à un rythme que peu d’observateurs anticipaient. L’Argentine a ratifié l’accord le 26 février, l’Uruguay le 27 février. Le 4 mars, le Congrès brésilien votait à son tour l’approbation, et la cérémonie de promulgation brésilienne était fixée au 17 mars — clôturant ainsi la séquence côté Mercosur en moins de deux mois.

Dans la foulée des ratifications, la Commission européenne a annoncé le 27 février 2026 qu’elle appliquerait l’accord de façon provisoire, sans attendre la ratification formelle des 27 États membres ni le feu vert définitif du Parlement européen. Ce mécanisme, prévu dans le cadre juridique de l’UE, permet d’activer les dispositions commerciales — la partie qui relève de la compétence exclusive de l’Union — avant même la ratification parlementaire complète.

Au Parlement européen, les eurodéputés ont voté le 21 janvier 2026 pour renvoyer l’accord à la Cour de justice de l’Union européenne (334 voix pour, 324 contre), une procédure d’avis consultatif qui peut durer jusqu’à deux ans mais ne bloque pas l’application provisoire déjà enclenchée.

Ce que l’accord UE-Mercosur change concrètement pour les exportateurs européens

L’accord prévoit l’élimination des droits de douane sur 91 % des exportations européennes vers les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay) et sur 92 % des importations en provenance de cette zone. La suppression s’étalera progressivement sur dix ans en règle générale, et jusqu’à quinze ans pour les secteurs sensibles comme l’automobile.

La Commission européenne chiffre les gains potentiels à 4 à 4,5 milliards d’euros d’économies annuelles en droits de douane pour les exportateurs européens, et à 77,6 milliards d’euros de PIB supplémentaire d’ici 2040. Pour la France seule, les exportations actuelles vers le Mercosur représentent 5,56 milliards d’euros par an, principalement dans l’aéronautique, les produits pharmaceutiques et les vins et spiritueux.

L’accord protège également 344 indications géographiques européennes sur le marché sud-américain : Roquefort, Comté, Champagne, mais aussi des produits ibériques et italiens font partie de la liste.

Secteur européen Droits de douane actuels au Mercosur Gain attendu
Automobiles 35 % +114 % d’exportations
Machines industrielles 14–20 % +100 % d’exportations
Chimie / Pharmacie 18 % / 14 % +60 % d’exportations
Textiles 35 % +400 % d’exportations
Vins / Spiritueux 27 % Libéralisation quasi complète

Les secteurs gagnants : automobile, chimie, machines industrielles

L’Allemagne figure parmi les grands bénéficiaires de cet accord UE-Mercosur. Ses constructeurs automobiles — qui affrontent aujourd’hui des droits prohibitifs de 35 % pour exporter vers le Brésil — anticipent un triplement des volumes d’exportation vers la zone. Les machines-outils et les équipements industriels, autres piliers de l’export allemand, bénéficieront d’une élimination des droits actuellement compris entre 14 et 20 %.

Au total, l’automobile, les machines et la chimie devraient concentrer près des deux tiers de la hausse espérée des exportations européennes vers le Mercosur d’ici à 2040. Le secteur pharmaceutique, lui, voit s’ouvrir un marché de 300 millions de consommateurs avec des droits réduits de 14 % à zéro progressivement.

Agriculture : des compensations pour amortir la concurrence sud-américaine

La principale résistance à l’accord est venue du secteur agricole, particulièrement en France et en Pologne. Les importations de produits agroalimentaires en provenance du Mercosur devraient augmenter de 5,7 milliards d’euros d’ici 2040, dont 365 millions d’euros pour la seule viande de bœuf. Un contingent de 99 000 tonnes métriques de bœuf sud-américain par an a été négocié pour le marché européen, assorti de droits de douane réduits mais non nuls.

Pour compenser, la Commission européenne a annoncé un versement anticipé de 45 milliards d’euros de fonds de la PAC pour soulager la trésorerie des exploitations, ainsi qu’un assouplissement du mécanisme de taxe carbone sur les engrais azotés importés. Des clauses de sauvegarde permettront par ailleurs de rétablir temporairement des protections douanières si un secteur subit un préjudice grave et documenté.

Le vote du Conseil de l’UE du 9 janvier 2026 — 21 voix pour, 5 contre, dont la France, l’Autriche, la Hongrie, l’Irlande et la Pologne — reflète ces tensions persistantes. Mais le vote à majorité qualifiée a emporté l’accord sans que l’unanimité soit requise, et la France ne disposait pas de droit de veto.

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Le plus grand accord commercial mondial par PIB combiné

Une fois pleinement opérationnel, l’accord UE-Mercosur deviendra le plus grand accord de libre-échange au monde en termes de PIB combiné des parties signataires, devant l’accord UE-Japon ou l’accord USMCA nord-américain. Le bloc réunit plus de 700 millions de consommateurs.

Pour l’Union européenne, qui compose avec les tensions commerciales américaines — les États-Unis ayant réimposé des tarifs douaniers de 15 % sur les exportations européennes en mars 2026 —, l’ouverture d’un nouveau marché continental constitue une diversification stratégique bienvenue. La mise en place progressive offre aux entreprises dix à quinze ans pour adapter leurs chaînes d’approvisionnement et leurs stratégies commerciales.

L’essentiel à retenir

L’accord de libre-échange UE-Mercosur est en application provisoire depuis fin février 2026, après sa ratification par l’Argentine, l’Uruguay et le Brésil. Il concerne 700 millions de consommateurs et prévoit l’élimination des droits de douane sur 91 % des exportations européennes sur 15 ans. Les gains attendus pour l’industrie européenne s’élèvent à 4 à 4,5 milliards d’euros d’économies tarifaires annuelles. La France a voté contre au Conseil de l’UE mais ne disposait pas de droit de veto.

 

Questions fréquentes sur l’accord UE-Mercosur
Qu’est-ce que le Mercosur ?

Le Mercosur (Marché commun du Sud) est un bloc économique regroupant le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay, fondé en 1991. Il représente la principale zone d’intégration économique d’Amérique du Sud.

Quand l’accord UE-Mercosur entre-t-il réellement en vigueur ?

L’application provisoire a débuté fin février 2026 pour la partie commerciale. L’entrée en vigueur complète dépend de la ratification par les 27 États membres de l’UE, ce qui peut prendre plusieurs années.

Quels produits européens bénéficient le plus de cet accord ?

Les voitures, les machines industrielles, les produits chimiques et pharmaceutiques, les textiles ainsi que les vins, spiritueux et fromages bénéficiant d’une indication géographique protégée (IGP/AOP) sont les principaux gagnants côté européen.

La France peut-elle encore bloquer l’accord UE-Mercosur ?

Non pour la partie commerciale. Le vote à majorité qualifiée au Conseil de l’UE (21 voix pour, 5 contre) a validé l’accord. L’accord de partenariat global nécessite l’unanimité des États membres, mais la partie commerciale, déjà en application provisoire, n’y est pas soumise.