Cession de Marc Jacobs : LVMH se sépare de la griffe au profit de WHP Global et G-III pour un milliard de dollars

LVMH cède la marque Marc Jacobs à WHP Global et G-III Apparel pour environ un milliard de dollars. Le créateur conserve son rôle de directeur artistique.

Vitrine luxe SoHo Marc Jacobs

Une transaction d’un milliard de dollars qui solde trente ans d’aventure

LVMH a annoncé jeudi 14 mai 2026 la signature d’un accord définitif portant sur la cession de Marc Jacobs à WHP Global et G-III Apparel Group. La transaction, qui valorise la marque autour de un milliard de dollars, met fin à près de trente ans de présence du créateur new-yorkais dans le portefeuille du géant français du luxe.

Selon le communiqué conjoint, G-III Apparel apportera environ 500 millions de dollars, le solde étant financé par WHP Global. Les deux groupes américains s’associeront dans une joint-venture détenue à parité (50/50) qui contrôlera la propriété intellectuelle de la marque. G-III reprendra par ailleurs certaines activités directes à la consommation et de distribution de gros, dont l’opération sera assurée sous licence longue durée.

La clôture de l’opération, soumise aux conditions habituelles, est attendue avant la fin de l’année 2026. Une période de transition (TSA) sera assurée par LVMH pour faciliter le transfert.

WHP Global et G-III, des acheteurs spécialistes des marques en seconde vie

WHP Global n’est pas un nouveau venu dans la mode américaine : la société new-yorkaise détient déjà Vera Wang, Rag & Bone, Anne Klein et G-Star RAW. L’ajout de Marc Jacobs porte son portefeuille combiné à plus de 9,5 milliards de dollars de ventes de détail mondiales, selon les chiffres communiqués par les acquéreurs.

G-III Apparel, coté à la Bourse de New York, est un opérateur de longue date du segment du prêt-à-porter premium accessible. Il gère sous licence des marques comme Calvin Klein, Tommy Hilfiger ou DKNY pour leurs lignes vestimentaires. L’apport opérationnel de G-III sera décisif : le groupe prend en charge le réseau de boutiques propres et les contrats de distribution en gros, qui constituaient l’essentiel du chiffre d’affaires de la marque sous LVMH.

« Marc Jacobs est un créateur d’une créativité rare et d’une vision unique. Son impact sur le monde de la mode est indéniable. »

— Bernard Arnault, président-directeur général de LVMH

Le créateur conserve son rôle de directeur artistique

Élément central de l’accord : Marc Jacobs reste fondateur et directeur créatif de la maison après la clôture. La continuité créative est jugée stratégique pour rassurer les acheteurs, les multimarques et les licenciés du parfum (Coty pour la division beauté), qui s’engagent sur des cycles longs.

Robert Duffy, cofondateur de la maison aux côtés de Marc Jacobs en 1984, n’apparaît pas dans le tour de table : la marque change de propriétaire, sans changer de visage créatif. Dans son communiqué, le créateur a tenu à saluer Bernard Arnault, président-directeur général de LVMH, en évoquant « trente années de soutien, de confiance et de foi » dans son projet.

Pourquoi LVMH se sépare maintenant de sa griffe new-yorkaise

L’opération s’inscrit dans une stratégie de recentrage assumée du portefeuille du groupe français. Depuis plusieurs trimestres, la division Mode & Maroquinerie, principal moteur de profits de LVMH, montre des signes d’essoufflement. La conjoncture du luxe a viré au ralenti à compter de 2024, sous l’effet conjugué du repli de la clientèle chinoise, de la baisse du pouvoir d’achat des classes moyennes occidentales et d’une fatigue des consommateurs face à des hausses de prix répétées.

Dans ce contexte, LVMH a fait le choix de concentrer ses moyens sur ses griffes les plus rentables — Louis Vuitton, Dior, Loro Piana, Celine — et de céder les marques dont la stratégie de croissance s’éloigne du cœur premium-luxe. Marc Jacobs, positionné historiquement sur le segment « accessible » (sacs et accessoires à 300-1 500 euros, prêt-à-porter sous 2 000 euros), correspond davantage à un modèle de mode-streetwear premium qu’à l’univers du grand luxe.

Pour les analystes, le passage sous pavillon WHP/G-III est cohérent : le portefeuille de WHP est dominé par des marques au positionnement comparable, avec une logique de monétisation via licences (cosmétique, lunettes, accessoires) plus que via la couture pure. Marc Jacobs y trouve un modèle économique sans doute mieux adapté à sa nature commerciale.

Un signal envoyé à l’industrie du luxe en repli

La cession de Marc Jacobs n’est pas anodine pour le secteur. Elle confirme que les grands conglomérats du luxe préfèrent désormais resserrer leur portefeuille plutôt que multiplier les acquisitions. Le mouvement de consolidation par le haut (LVMH, Kering, Richemont) qui a marqué les vingt dernières années cède la place à des arbitrages de plus en plus sélectifs.

Pour Marc Jacobs, l’enjeu sera désormais de transformer une licence parfum, une licence beauté à venir et un réseau de boutiques rentabilisé en moteur de croissance. La maison, présente dans la maroquinerie, le prêt-à-porter, la chaussure, la lunette et la parfumerie, dispose de relais bien identifiés. À ses nouveaux propriétaires de prouver qu’ils peuvent les actionner sans diluer l’image que LVMH avait patiemment construite depuis 1997, date d’entrée du conglomérat français au capital de la marque.

L’essentiel à retenir

LVMH cède Marc Jacobs à WHP Global et G-III Apparel pour environ 1 milliard de dollars, dans le cadre d’une joint-venture 50/50 sur la propriété intellectuelle. G-III apporte 500 millions de dollars et reprend les opérations directes et de gros sous licence. Marc Jacobs conserve son rôle de directeur créatif. La clôture est prévue avant la fin de l’année 2026. L’opération acte le recentrage de LVMH sur ses griffes les plus rentables face au ralentissement du luxe.

 

Questions fréquentes

Pour combien LVMH a-t-il cédé Marc Jacobs ?

La valeur globale de la transaction est estimée à environ 1 milliard de dollars, dont 500 millions apportés par G-III Apparel. Les modalités précises n’ont pas été détaillées par les parties.

Marc Jacobs reste-t-il directeur artistique de sa marque ?

Oui. Marc Jacobs conserve son rôle de fondateur et directeur créatif de la maison après la clôture, prévue avant la fin 2026. La continuité créative est un élément clé de l’accord.

Qui sont WHP Global et G-III Apparel ?

WHP Global est une société new-yorkaise spécialisée dans la gestion de marques mode, propriétaire entre autres de Vera Wang, Rag & Bone, Anne Klein et G-Star RAW. G-III Apparel Group est un opérateur coté à New York qui gère sous licence des marques comme Calvin Klein, Tommy Hilfiger et DKNY. Les deux sociétés se partagent à 50/50 la propriété intellectuelle de Marc Jacobs.

Pourquoi LVMH vend-il Marc Jacobs maintenant ?

LVMH recentre son portefeuille sur ses griffes les plus rentables (Louis Vuitton, Dior, Celine, Loro Piana) face au ralentissement du secteur du luxe. Marc Jacobs, positionné sur un segment plus accessible, trouve dans le portefeuille de WHP un modèle économique mieux adapté à sa nature.