Bayer à Villefranche-sur-Saône : 30 millions d’euros pour la France, une usine fermée à Francfort

Quand la France l'emporte sur l'Allemagne. Pour sa branche agricole, Bayer renforce son usine du Rhône et ferme un site historique outre-Rhin. Derrière l'arbitrage industriel, le prix de l'énergie a pesé lourd.

Bayer Villefranche : ligne de formulation de produits phytosanitaires

Bayer à Villefranche-sur-Saône : 30 millions d’euros pour une nouvelle unité de formulation

Le chimiste allemand Bayer va investir 30 millions d’euros dans une nouvelle unité de formulation sur son site de Villefranche-sur-Saône, au nord de Lyon, a rapporté Les Échos le 5 octobre 2026. L’usine travaille pour la division Crop Science, la branche agricole du groupe : on y formule des fongicides, des herbicides et des insecticides destinés à la vigne, à l’arboriculture et aux grandes cultures, ensuite distribués dans le monde entier.

Selon son directeur, Peter Skopeck, le site rhodanien de 200 personnes deviendra ainsi l’usine la plus importante du groupe en Europe pour la formulation de ces produits. La formulation est l’étape qui transforme une substance active en produit utilisable par l’agriculteur : dosage, mélange avec des adjuvants, conditionnement. La nouvelle unité doit ouvrir dans le courant de l’année 2028. La direction ne s’est pas engagée sur un nombre d’emplois créés.

Un second site français sort conforté de l’arbitrage : l’usine de biosolutions de Marle-sur-Serre, dans l’Aisne, dont l’extension avait déjà bénéficié de 7 millions d’euros d’investissement en 2025.

Francfort et Gebze paient l’arbitrage

Ce qui est gagné en France est perdu ailleurs. Bayer fermera fin 2028 une usine à Francfort, en Allemagne, ainsi qu’un site à Gebze, en Turquie. La fermeture allemande doit se traduire par environ 500 suppressions de postes en 2028, selon Les Échos. Le calendrier est serré : l’unité de Villefranche doit démarrer quelques mois avant l’arrêt du site de Francfort, de façon à reprendre une partie des volumes.

Site Pays Décision
Villefranche-sur-Saône (Rhône) France 30 M€ pour une nouvelle unité de formulation, ouverture prévue en 2028
Marle-sur-Serre (Aisne) France Site de biosolutions conforté (7 M€ investis en 2025)
Francfort Allemagne Fermeture fin 2028, environ 500 postes supprimés
Gebze Turquie Fermeture annoncée

Le directeur de Villefranche justifie le choix des deux sites français par leur savoir-faire, leur flexibilité de production, leur proximité avec les distributeurs et l’espace foncier disponible. Le groupe rappelle aussi qu’il consacre chaque année 50 millions d’euros d’investissements à ses 13 sites français, usines et centres de recherche confondus.

Le choix de Bayer est de continuer à investir en Europe et en France.

Peter Skopeck, directeur du site de Villefranche-sur-Saône, cité par Les Échos

Le prix de l’énergie, argument décisif pour la France

Au-delà des arguments industriels, le coût de l’énergie a pesé lourd. Selon Luc Juchat, coordinateur CFDT du groupe Bayer en France, cité par Les Échos, le prix de l’électricité, à la fois plus bas et plus stable en France qu’en Allemagne, a été prépondérant. Le gaz, lui aussi moins cher côté français, a joué dans le même sens.

L’argument n’est pas propre à Bayer. Pour l’industrie chimique allemande, grande consommatrice d’énergie, la facture énergétique est devenue un facteur de compétitivité central depuis la crise du gaz de 2022. La France, adossée à son parc nucléaire, en fait un levier d’attractivité, comme l’a illustré récemment le projet d’aciérie de Marcegaglia à Fos-sur-Mer.

En France, une gestion au cordeau des effectifs

Choisir la France ne signifie pas recruter massivement. Toujours selon la CFDT, la direction cherche à supprimer une centaine de postes dans l’Hexagone via une procédure d’information-consultation, en misant sur les départs volontaires, les postes modifiés et les départs en retraite non remplacés. La production et la recherche seraient épargnées. La négociation doit s’ouvrir le 8 octobre.

Le groupe sort d’une première vague de réorganisation : fin 2024, un projet de restructuration touchant ses activités françaises (santé, grand public et agrochimie) avait été chiffré à 246 postes par la direction et à environ 400 par les syndicats. Selon Les Échos, il s’est traduit par la perte effective de 150 emplois.

Bayer Crop Science sous la pression des génériques chinois

Ces arbitrages interviennent dans un marché des produits phytosanitaires marqué par une guerre des prix. Peter Skopeck pointe la concurrence « féroce » de la Chine, qui inonde le marché de produits génériques, c’est-à-dire de molécules tombées dans le domaine public et vendues à bas coût.

Le groupe de Leverkusen, présent dans la santé, l’agrochimie et les produits grand public, vise un retour à une marge opérationnelle de 25 % dans toutes ses divisions. Au premier semestre 2026, Bayer a réalisé un chiffre d’affaires d’environ 24 milliards d’euros. La marge d’Ebitda de Crop Science a dépassé 18 %, en progression grâce aux restructurations, mais reste loin de l’objectif. Un redressement à suivre après un exercice 2025 difficile, marqué par une perte nette de 3,6 milliards d’euros.

L’essentiel à retenir

Bayer investit 30 millions d’euros à Villefranche-sur-Saône pour en faire sa première usine européenne de formulation de produits phytosanitaires, avec une ouverture prévue en 2028. En parallèle, le groupe fermera fin 2028 son usine de Francfort (environ 500 postes) et un site en Turquie. Le prix plus bas et plus stable de l’électricité en France a pesé dans la décision, sans empêcher une centaine de suppressions de postes dans l’Hexagone.

 

FAQ

Combien Bayer investit-il à Villefranche-sur-Saône ?

30 millions d’euros dans une nouvelle unité de formulation de produits phytosanitaires pour sa division Crop Science, dont l’ouverture est prévue en 2028.

Quelle usine Bayer va-t-il fermer ?

Bayer fermera une usine à Francfort, en Allemagne, fin 2028, avec environ 500 suppressions de postes, ainsi qu’un site à Gebze, en Turquie.

Pourquoi Bayer a-t-il privilégié ses sites français ?

Le groupe met en avant le savoir-faire, la flexibilité et l’espace disponible des sites de Villefranche et de Marle-sur-Serre. Selon la CFDT, le prix de l’électricité plus bas et plus stable en France qu’en Allemagne a été prépondérant.

Y aura-t-il des suppressions de postes chez Bayer en France ?

Selon la CFDT, la direction cherche à supprimer une centaine de postes en France via des départs volontaires et des départs en retraite non remplacés. La négociation s’ouvre le 8 octobre 2026.