Schneider Electric s’offre PTC : 22,6 milliards de dollars pour devenir un géant du logiciel industriel

Le spécialiste français des équipements électriques signe le plus gros chèque de son histoire. En rachetant l'américain PTC, rival de Dassault Systèmes, Schneider Electric mise sur l'IA industrielle, quitte à inquiéter la Bourse.

Schneider Electric PTC : ingénieurs examinant une maquette numérique de pièce industrielle

Schneider Electric rachète PTC pour 22,6 milliards de dollars

C’est la plus grosse acquisition de son histoire. Lundi 5 octobre 2026, Schneider Electric a annoncé un accord définitif pour racheter 100 % du capital de l’éditeur américain de logiciels industriels PTC, au prix de 205 dollars par action. L’opération valorise la cible à 22,6 milliards de dollars, soit plus de 20 milliards d’euros.

Le groupe français, connu pour ses tableaux électriques, ses automatismes et ses équipements de data centers, s’offre ainsi un spécialiste de la conception et de la gestion du cycle de vie des produits industriels. Pour son directeur général Olivier Blum, cité par Le Figaro, l’opération représente « une étape importante » dans l’ambition du groupe de devenir le leader de ce qu’il appelle « l’intelligence énergétique et industrielle ».

Qui est PTC, le rival américain de Dassault Systèmes ?

Fondé en 1985 et installé à Boston, PTC emploie plus de 7 000 salariés et revendique plus de 30 000 clients dans l’automobile, l’aéronautique, la défense ou le médical, selon Les Échos. Son logiciel phare, Creo, est un outil de conception assistée par ordinateur (CAO) concurrent historique de Catia, le produit vedette du français Dassault Systèmes.

L’éditeur vise un chiffre d’affaires d’environ 2,75 milliards de dollars pour son exercice 2026, clos fin octobre, soit deux fois moins que Dassault Systèmes. Son modèle repose largement sur l’abonnement logiciel (SaaS), qui garantit des revenus récurrents. La moitié de son activité est réalisée en Amérique du Nord et un peu plus d’un tiers en Europe, essentiellement en Allemagne.

Indicateur PTC
Création 1985, Boston (États-Unis)
Salariés Plus de 7 000
Chiffre d’affaires visé (exercice 2026) Environ 2,75 milliards de dollars
Logiciel phare Creo (CAO), rival de Catia
Prix offert par Schneider 205 dollars par action, 22,6 milliards de dollars au total

Le logiciel, nouveau pilier de croissance de Schneider Electric

Le rachat prolonge une stratégie engagée depuis près de dix ans. En 2018, Schneider avait pris le contrôle du britannique Aveva, spécialiste du logiciel industriel. Cette année, le groupe a enchaîné les opérations : le norvégien Cognite, spécialiste de l’IA appliquée aux données industrielles, pour environ 2,7 milliards d’euros, puis fin septembre une offre d’environ 1,2 milliard d’euros sur le bulgare Shelly, spécialiste des bâtiments connectés.

Avec l’acquisition de PTC, on va encore plus loin, de la conception d’un produit à la gestion de son cycle de vie de bout en bout.

Olivier Blum, directeur général de Schneider Electric, dans Les Échos

L’enjeu est de relier le monde physique, où Schneider équipe usines, bâtiments et data centers, au monde numérique où se conçoivent et se pilotent les produits. Selon Olivier Blum, interrogé par Les Échos, les logiciels et services devraient représenter, avec Aveva, Cognite et PTC, environ 24 % du chiffre d’affaires du groupe, en hausse de cinq points par rapport à 2025, dont 89 % de revenus récurrents. Le dirigeant juge aussi le moment favorable : le développement de l’IA a fait baisser en Bourse la valorisation de plusieurs éditeurs de logiciels. Le titre PTC reculait ainsi de 15 % depuis le début de l’année avant l’annonce, selon Les Échos.

Action Schneider Electric : le marché tique sur le prix et la dilution

Les investisseurs ont accueilli l’opération avec méfiance : l’action Schneider Electric a nettement reculé lundi à la Bourse de Paris. En cause, le prix élevé payé pour PTC et son financement. Celui-ci combine une émission d’actions nouvelles d’environ 5 à 6 milliards de dollars, synonyme de dilution pour les actionnaires actuels, et environ 16 à 17 milliards de dollars de nouvelle dette.

Le groupe aborde toutefois l’opération en position de force. Au premier semestre 2026, il a réalisé un chiffre d’affaires record de 21,2 milliards d’euros, en croissance organique de 14 %, avec une marge d’Ebita ajusté de 19,3 %. Ses débouchés sont diversifiés : les data centers et réseaux représentent 30 % des ventes, le bâtiment 29 % et l’industrie 27 %, selon Le Figaro. La branche data centers profite directement de la vague d’investissements dans l’IA, dont la solidité financière fait par ailleurs débat, comme l’illustre le cas de la dette d’Oracle.

Un pari sur l’IA industrielle

Au fond, Schneider parie que l’intelligence artificielle va transformer toute la chaîne de valeur de l’industrie : conception des produits, maintenance prédictive, gestion des stocks, contrôle qualité. En réunissant les outils de conception de PTC, l’analyse de données de Cognite et le pilotage industriel d’Aveva, le groupe veut proposer une offre couvrant tout le cycle de vie d’un produit.

Il assure vouloir rester sur des systèmes « ouverts et interopérables », pour ne pas enfermer ses clients dans une seule marque. Reste désormais à finaliser l’opération, puis à réussir l’intégration d’un ensemble qui fera de Schneider un concurrent plus direct de Siemens et de Dassault Systèmes dans le logiciel industriel.

L’essentiel à retenir

Schneider Electric rachète l’éditeur américain PTC pour 22,6 milliards de dollars (205 dollars par action), la plus grosse acquisition de son histoire. Avec Aveva et Cognite, les logiciels et services devraient peser environ 24 % de son chiffre d’affaires. Le financement, mêlant 5 à 6 milliards de dollars d’actions nouvelles et 16 à 17 milliards de dette, a fait reculer le titre en Bourse.

 

FAQ

Combien Schneider Electric paie-t-il pour PTC ?

205 dollars par action, ce qui valorise PTC à 22,6 milliards de dollars, soit plus de 20 milliards d’euros. C’est la plus grosse acquisition de l’histoire du groupe.

Que fait PTC ?

PTC est un éditeur américain de logiciels industriels basé à Boston. Son logiciel Creo sert à la conception assistée par ordinateur et concurrence Catia, de Dassault Systèmes.

Comment le rachat de PTC est-il financé ?

Par une émission d’actions nouvelles d’environ 5 à 6 milliards de dollars et environ 16 à 17 milliards de dollars de nouvelle dette.

Pourquoi l’action Schneider Electric a-t-elle baissé ?

Les investisseurs ont réagi au prix élevé payé pour PTC et à la dilution liée à l’augmentation de capital prévue pour financer l’opération.