Aluminium, engrais, plastiques : comment la guerre en Iran fragilise les marchés mondiaux

Le blocage du détroit d’Ormuz ne se résume pas à une crise pétrolière. Aluminium, engrais azotés, polyéthylène : trois filières industrielles mondiales sous pression, avec des répercussions en chaîne sur l’agriculture, l’automobile et l’emballage.

Silhouette d'un tanker industriel dans un détroit au coucher du soleil

Onze pour cent du commerce maritime mondial dans l’œil du cyclone

Le détroit d’Ormuz assure 11 % du volume du commerce maritime mondial, selon la Cnuced. Il représente 34 % des exportations mondiales de pétrole par voie maritime et 30 % de celles de GNL. Mais au-delà des hydrocarbures — dont la flambée des prix concentre l’essentiel de l’attention —, c’est une chaîne industrielle entière qui se retrouve sous pression. Les marchandises transitant via Ormuz sur des porte-conteneurs proviennent à 70 % de l’axe Inde-Chine-Océanie : produits industriels, chimiques, automobile, électroménager. L’Europe ne représente que moins de 10 % de ce flux, mais les effets indirects se feront sentir bien au-delà des rives du Golfe.

L’aluminium du Golfe dans la ligne de mire

Bahreïn et les Émirats arabes unis sont parmi les principaux producteurs d’aluminium de la région, qui assure collectivement 8 % de la production mondiale, selon Simon Lacoume, économiste chez Coface. Ces fonderies dépendent massivement d’importations de bauxite — notamment d’Australie — et d’alumine pour convertir le minerai en métal. Une fermeture prolongée du détroit pourrait compromettre ces approvisionnements et, par ricochet, affecter l’industrie automobile mondiale. Citigroup note toutefois dans une récente note de recherche que les fonderies disposent généralement d’un stock d’alumine couvrant une à deux semaines de production, ce qui limite les risques immédiats.

La bonne nouvelle, pour l’Europe, c’est qu’elle n’importe que 4 % de son aluminium des pays du Golfe. Par contrecoup, les fabricants européens pourraient profiter d’un regain d’activité.

— Simon Lacoume, économiste, Coface

Les engrais : une chaîne sans alternative viable

Environ 33 % des engrais mondiaux — soufre et ammoniac en tête — transitent par le détroit d’Ormuz, selon le cabinet d’analyse Kpler. Le sultanat d’Oman exporte ses engrais azotés vers l’Inde, le Brésil et l’Australie ; le Qatar fournit en priorité le Brésil, les États-Unis et l’Australie. « Il n’existe pas d’alternative viable » à ces routes maritimes, précise Kpler, les voies terrestres étant limitées par la capacité des pipelines et des convois routiers.

La flambée du prix du gaz naturel — matière première des engrais de synthèse — risque d’amplifier l’effet en renchérissant simultanément le coût de production, créant un double choc sur l’offre et les coûts qui pourrait se répercuter sur les prix agricoles mondiaux au moment des semis.

Plastiques : 80 % de la production régionale exposée

Moins médiatisée, la menace sur les plastiques est pourtant réelle. Argus Media signale que 80 % de la production de polyéthylène du Moyen-Orient — soit 23 millions de tonnes par an, représentant 15 % de la production mondiale — dépend du détroit pour son exportation. Cette résine, omniprésente dans l’emballage, la construction et l’automobile, est principalement transformée en Chine et en Asie du Sud-Est.

La paralysie se traduit déjà par des ajustements chez les géants du e-commerce : Shein et Temu ont suspendu leurs expéditions de stocks vers le Moyen-Orient, tandis qu’Amazon affiche des délais de livraison allant jusqu’à 45 jours dans certaines zones, soit dix jours de plus qu’avant le déclenchement du conflit.