Liberation Day un an après : le bilan contrasté de la guerre commerciale de Donald Trump

Un an jour pour jour après le « Liberation Day » du 2 avril 2025, le bilan de la guerre commerciale de Donald Trump est sans appel : 100 000 emplois manufacturiers perdus, une hausse des prix de 2 % et un camouflet de la Cour suprême.

Conteneurs dans un port commercial international - illustration Liberation Day droits de douane

Liberation Day : retour sur le choc du 2 avril 2025

Il y a un an jour pour jour, Donald Trump se tenait dans la roseraie de la Maison Blanche pour signer le décret 14257, érigeant le mur tarifaire le plus élevé depuis les années 1930. Le dispositif prévoyait un plancher de 10 % sur toutes les importations, assorti de taux majorés : 34 % sur la Chine, 20 % sur l’Union européenne et 24 % sur le Japon.

Les promesses étaient ambitieuses. Le président américain assurait que les droits de douane « rapporteraient des milliers de milliards de dollars », que les emplois industriels reviendraient « en masse » et que les prix baisseraient pour les consommateurs. Selon une analyse de la Tax Foundation publiée à l’occasion de cet anniversaire, aucune de ces promesses ne s’est matérialisée.

Des emplois manufacturiers au plus bas depuis 1939

Le bilan social est particulièrement sévère. Entre janvier 2025 et avril 2026, les États-Unis ont perdu 100 000 emplois dans l’industrie manufacturière. Le ratio d’emplois manufacturiers par rapport à l’emploi total non agricole est tombé à son plus bas niveau depuis 1939, selon les données du Bureau of Labor Statistics. Le secteur s’est contracté pendant neuf mois consécutifs après l’entrée en vigueur des droits de douane, avant un léger rebond en début d’année 2026.

L’agriculture a elle aussi souffert. Le déficit commercial agricole américain est passé de 37 milliards de dollars en 2024 à 41 milliards en 2025, en hausse de 10,8 %. Les coûts des machines agricoles et des intrants chimiques ont bondi de 958 millions de dollars entre février et octobre 2025, selon la National Taxpayers Union.

Indicateur Donnée
Emplois manufacturiers perdus (janv. 2025 – avr. 2026) 100 000
Surcoût moyen par ménage américain en 2026 1 230 $/an
Part des droits de douane répercutée sur les consommateurs 90 à 95 %
Hausse cumulée des prix à la consommation +2 %
Déficit commercial agricole US (2025) 41 Md$ (+10,8 %)

La Cour suprême invalide les droits de douane IEEPA

Le 20 février 2026, la Cour suprême a rendu un verdict historique dans l’affaire Learning Resources, Inc. v. Trump. Par six voix contre trois, les juges ont déclaré que la loi IEEPA (International Emergency Economic Powers Act) n’autorise pas le président à imposer des droits de douane, ce pouvoir relevant exclusivement du Congrès.

Cette décision a invalidé d’un coup plus de 75 milliards de dollars de droits en vigueur. Un processus de remboursement sans précédent s’est enclenché : plus de 330 000 importateurs ont versé des droits IEEPA sur quelque 53 millions d’entrées individuelles, pour un total d’environ 166 milliards de dollars. Le service des douanes américain développe actuellement une plateforme baptisée CAPE pour traiter ces remboursements en masse.

Section 122 : le plan B de la Maison Blanche

Le jour même du verdict, l’administration Trump a répliqué en invoquant l’article 122 du Trade Act de 1974, une disposition jamais utilisée auparavant pour des restrictions commerciales. Ce tarif uniforme de 10 % sur toutes les importations est limité par la loi : le taux ne peut dépasser 15 %, et la mesure expire automatiquement après 150 jours — soit le 24 juillet 2026 — sans vote du Congrès pour la prolonger.

Selon le Committee for a Responsible Federal Budget, ce tarif devrait générer environ 35 milliards de dollars de recettes sur les 150 jours. L’écart avec les recettes IEEPA perdues reste considérable.

L’impact sur l’Europe et la France

Pour l’Union européenne, les droits de douane « réciproques » de 20 % ont amputé jusqu’à 0,3 point de pourcentage les prévisions de croissance du PIB de la zone euro. La France, relativement moins exposée que l’Allemagne, a subi un impact estimé à 0,4 % du PIB, selon France-Épargne.

Le CAC 40 a traversé une année en dents de scie. Après avoir atteint un record historique à 8 511 points le 20 février 2026 (porté par l’invalidation des tarifs IEEPA), l’indice a ensuite subi les contrecoups de la crise au Moyen-Orient et des nouveaux droits sectoriels, reculant sensiblement. Les secteurs du luxe et des spiritueux ont été particulièrement touchés.

Un nombre alarmant d’agriculteurs se trouvent en situation financière critique, les faillites agricoles continuent de grimper.

— National Taxpayers Union, rapport « Liberation Day One Year Review », avril 2026

L’arsenal juridique de Washington après le verdict

Selon le Council on Foreign Relations, l’administration dispose de plusieurs outils pour reconstituer son mur tarifaire. La Section 232 (sécurité nationale) a été étendue le 26 mars 2026 aux automobiles, au cuivre et au bois d’œuvre, avec un taux de 25 %. La Section 301 (pratiques commerciales déloyales) nécessite une enquête formelle préalable. La Section 338 (discrimination déraisonnable) autorise des taux jusqu’à 50 %, mais n’a jamais été utilisée.

Ce « patchwork » d’autorités ne permet toutefois pas de reproduire l’ampleur ni la flexibilité des droits IEEPA, qui pouvaient cibler des pays spécifiques avec des taux personnalisés.

Questions fréquentes

L’essentiel à retenir

Le 2 avril 2025, Donald Trump annonçait le « Liberation Day » et des droits de douane historiques sur les importations américaines. Un an plus tard, les États-Unis ont perdu 100 000 emplois manufacturiers, les ménages paient 1 230 dollars de plus par an, et la Cour suprême a invalidé les tarifs IEEPA en février 2026. Le remplacement par la Section 122 (tarif uniforme de 10 %) expire le 24 juillet 2026.

 

Qu’est-ce que le Liberation Day du 2 avril 2025 ?

Le Liberation Day désigne l’annonce par Donald Trump, le 2 avril 2025, de droits de douane « réciproques » massifs sur toutes les importations américaines : un plancher de 10 %, avec des taux majorés pour la Chine (34 %), l’Union européenne (20 %) et le Japon (24 %).

Pourquoi la Cour suprême a-t-elle invalidé les droits de douane ?

Dans l’affaire Learning Resources v. Trump (20 février 2026), la Cour suprême a jugé par 6 voix contre 3 que la loi IEEPA n’autorise pas le président à imposer des droits de douane, ce pouvoir relevant exclusivement du Congrès.

Quel est l’impact sur les consommateurs américains ?

Les études montrent que 90 à 95 % du coût des droits de douane a été répercuté sur les consommateurs et importateurs américains. En 2026, les ménages paient en moyenne 1 230 dollars supplémentaires par an.