Unilever cède ses activités alimentaires à McCormick pour 44,8 milliards de dollars : Knorr, Hellmann’s et Maille changent de mains

La transaction : 44,8 milliards de dollars pour les saveurs mondiales d’Unilever

L’annonce, publiée en ce début avril 2026, marque l’une des plus grandes opérations de fusion-acquisition dans le secteur agroalimentaire de la décennie. Unilever cède l’intégralité de sa division Unilever Foods à McCormick & Company pour une valeur d’entreprise (enterprise value) de 44,8 milliards de dollars, soit un multiple EV/EBITDA de 13,8x et un EV/Sales de 3,6x.

La structure est celle d’un Reverse Morris Trust (RMT) : une technique juridico-fiscale qui permet une cession avec efficacité fiscale optimale pour les actionnaires. Concrètement, Unilever reçoit 15,7 milliards de dollars en cash et des actions représentant 65 % du capital dilué de la nouvelle entité combinée — dont 55,1 % directement pour ses actionnaires et 9,9 % détenus par Unilever en direct, valorisés ensemble à 29,1 milliards de dollars.

Les fonds en cash seront alloués selon trois axes : couvrir les coûts de séparation et la fiscalité liée à la transaction, réduire l’endettement net à un ratio net debt/EBITDA d’environ 2,0x, et financer 6 milliards d’euros de rachat d’actions entre 2026 et 2029.

Knorr, Hellmann’s, Maille : les grandes marques qui changent de mains

Le périmètre de la cession couvre l’ensemble de la division Foods d’Unilever, dont le chiffre d’affaires 2025 s’établit à 14,3 milliards de dollars (12,9 milliards d’euros). Les marques concernées sont :

  • Knorr — leader mondial des bouillons, soupes et assaisonnements
  • Hellmann’s — numéro un mondial de la mayonnaise
  • Maille — moutardes et condiments premium
  • Marmite et Colman’s — icônes britanniques de la conserverie savoureuse
  • Cholula et Frank’s RedHot — sauces épicées déjà dans le portefeuille McCormick

Knorr et Hellmann’s représentent à eux seuls environ 60 % des revenus de la division. En revanche, les marques de glaces — Magnum, Ben & Jerry’s, Carte d’Or — ne sont pas concernées : elles ont été démergées en décembre 2025 au sein de The Magnum Ice Cream Company, une entité indépendante cotée séparément. De même, certaines activités en Inde sont exclues du périmètre de la transaction.

Unilever se réinvente en pure-player beauté et bien-être

La cession s’inscrit dans la stratégie de transformation d’Unilever entamée sous la direction de Hein Schumacher. En se séparant de l’alimentaire, le groupe britannique-néerlandais réalise son recentrage total sur le HPC (Home & Personal Care) : cosmétiques, soins corporels, hygiène, bien-être.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Post-deal, les catégories beauté et bien-être représenteront 67 % du chiffre d’affaires d’Unilever, contre 51 % en 2025. Ces segments affichent une croissance sous-jacente de 5,4 % sur trois ans, une marge brute de 48 % et une dépense marketing de 18 % du CA — bien au-dessus des moyennes de l’alimentaire. 90 % des revenus proviendront de positions de numéro un ou numéro deux par catégorie et géographie.

La logique est claire : l’alimentaire est un secteur à faible croissance et pression prix permanente, tandis que la beauté et les soins offrent des marges structurellement plus élevées, un pouvoir de marque plus fort et une dynamique favorable dans les marchés émergents.

McCormick : de l’épicerie à la puissance mondiale des saveurs

Fondée en 1889 à Baltimore, McCormick & Company est le leader mondial des épices, herbes aromatiques et assaisonnements. Présente dans la distribution retail, la restauration et le B2B, elle affiche une capitalisation boursière d’environ 14,5 milliards de dollars avant l’annonce, avec une dette nette d’environ 4 milliards de dollars.

L’acquisition transforme radicalement le groupe. Le chiffre d’affaires combiné atteindra 20 milliards de dollars en année pleine (exercice 2025 pro forma), faisant de la nouvelle entité un géant mondial que McCormick qualifie lui-même de « global flavour powerhouse ». La complémentarité des portefeuilles est réelle : épices et herbes aromatiques (McCormick) d’un côté, condiments et bouillons (Unilever Foods) de l’autre, avec des canaux de distribution et des implantations géographiques qui se renforcent mutuellement.

« Cette opération crée un leader mondial unique dans les saveurs et les condiments, avec la taille, les marques et la présence géographique pour servir les consommateurs et les clients à l’échelle mondiale. »

— Brendan Foley, PDG de McCormick & Company, communiqué de presse, mars 2026

Reverse Morris Trust : comprendre la structure de l’opération

Le recours à la structure RMT (Reverse Morris Trust) n’est pas anodin. Ce mécanisme, fréquemment utilisé dans les grandes scissions américaines, permet au cédant — ici Unilever — de réaliser la cession d’une activité sans déclencher d’imposition immédiate sur les plus-values, sous certaines conditions réglementaires.

Composante du deal Montant
Valeur d’entreprise totale (EV) 44,8 Md$
Cash reçu par Unilever 15,7 Md$
Actions nouvelle entité (actionnaires Unilever) 55,1 % du capital
Actions nouvelle entité (Unilever direct) 9,9 % du capital
Valeur totale des actions 29,1 Md$
CA combiné (FY 2025 pro forma) 20 Md$

Condition clé : les actionnaires d’Unilever (qui détiennent l’entité cédante) doivent, au moment du closing, posséder une majorité du capital de l’entité combinée — ce qui est le cas ici avec 65 %. Cette structure garantit également que le deal sera traité comme une cession taxable pour McCormick sur la base des actifs acquis, lui permettant de bénéficier d’amortissements fiscaux futurs.

L’essentiel à retenir

Unilever cède sa division alimentaire à McCormick & Company pour 44,8 milliards de dollars dans le cadre d’une opération Reverse Morris Trust (RMT). Les marques Knorr, Hellmann’s, Maille, Marmite et Colman’s passent ainsi sous le contrôle d’un nouveau groupe à 20 milliards de dollars de chiffre d’affaires combiné. Unilever, de son côté, se transforme en pure-player HPC (beauté et soins), tandis que les actionnaires Unilever conserveront 65 % du capital de la nouvelle entité.

 

FAQ : Unilever cède ses marques alimentaires à McCormick

Pourquoi Unilever vend-il ses marques alimentaires ?

Unilever souhaite se recentrer sur les catégories à plus forte croissance et meilleures marges : beauté, soins personnels et bien-être (HPC). La division alimentaire, bien que rentable, affichait une croissance et des marges inférieures aux ambitions du groupe. Post-cession, les produits HPC représenteront 67 % du CA d’Unilever.

Qu’est-ce qu’un Reverse Morris Trust (RMT) ?

Le RMT est une structure juridico-fiscale américaine permettant de fusionner une filiale cédée avec une société tierce, en franchisant cette opération d’imposition pour le cédant si les actionnaires de ce dernier conservent la majorité du capital de l’entité résultante. Ici, les actionnaires Unilever reçoivent 65 % de la nouvelle entité combinée.

Quelles marques sont incluses dans la cession à McCormick ?

Les marques incluses sont Knorr, Hellmann’s, Maille, Marmite, Colman’s, ainsi que les marques de sauces épicées Cholula et Frank’s RedHot. Les marques de glaces (Magnum, Ben & Jerry’s) ne sont pas concernées : elles ont été démergées séparément en décembre 2025 dans The Magnum Ice Cream Company.

Quand le deal Unilever-McCormick sera-t-il finalisé ?

La transaction a été annoncée fin mars/début avril 2026. Le calendrier de closing n’a pas encore été communiqué précisément ; les opérations RMT impliquent généralement plusieurs mois d’approbations réglementaires (antitrust, autorités boursières). Le closing est attendu dans le courant de 2026 ou début 2027.