Fusion Euralis-Maïsadour : l’Autorité de la concurrence donne son feu vert, sous conditions

Longtemps rivales, les deux grandes coopératives du Sud-Ouest vont pouvoir s'unir. L'Autorité de la concurrence a validé leur fusion le 17 juillet, mais l'a assortie de cessions destinées à protéger les consommateurs de foie gras et les agriculteurs de la région.

Silos a grains d'une cooperative agricole du Sud-Ouest de la France

Un feu vert de l’Autorité de la concurrence, mais sous conditions

C’est l’aboutissement d’un long feuilleton pour l’agriculture du Sud-Ouest. Le 17 juillet 2026, l’Autorité de la concurrence a autorisé la fusion des deux grands groupes coopératifs Euralis et Maïsadour, par sa décision 26-DCC-155. Mais ce feu vert n’est pas inconditionnel : il est assorti de trois séries d’engagements proposés par les parties pour désamorcer les risques que la concentration fait peser sur la concurrence.

Au terme d’une instruction nourrie de consultations auprès des agriculteurs, des concurrents et de la grande distribution, le régulateur a estimé que le rapprochement de ces deux poids lourds, longtemps rivaux, pouvait se faire — à condition de céder à des concurrents une partie de leurs actifs. La fusion Euralis-Maïsadour illustre ainsi la ligne de crête que doit tenir l’Autorité : permettre aux coopératives de se consolider face à un secteur agricole sous tension, sans laisser se former un acteur en position d’écraser la concurrence locale.

Euralis et Maïsadour, deux géants coopératifs du Sud-Ouest

Les deux groupes partagent un même ancrage territorial et une même culture coopérative. Euralis, dont le siège est à Lescar, dans les Pyrénées-Atlantiques, rassemble environ 5 300 agriculteurs adhérents, pour un chiffre d’affaires de l’ordre de 1,6 milliard d’euros et près de 4 900 salariés. Le groupe est actif dans la production animale — au premier rang de laquelle le canard gras —, dans les grandes cultures (semences, céréales, oléagineux, protéagineux, légumes) et dans les activités liées à l’agriculture, dont la nutrition animale.

Maïsadour, basé à Haut-Mauco dans les Landes, fédère de son côté quelque 5 000 agriculteurs adhérents, emploie environ 4 300 personnes et réalise près de 1,4 milliard d’euros de chiffre d’affaires. Ses activités couvrent le canard gras et la volaille, l’aquaculture, les grandes cultures, mais aussi l’accouvage et la nutrition animale. Deux ensembles très proches, donc, et surtout concurrents directs sur plusieurs marchés — ce qui explique la vigilance du régulateur. Le projet fait suite à l’abandon, fin août 2023, d’un premier plan plus limité de coentreprise sur le seul canard gras.

Cette décision montre que, moyennant des engagements concrets et adaptés, des coopératives agricoles peuvent fusionner tout en préservant le bon fonctionnement de la concurrence, de la production jusqu’au consommateur.

— Benoît Cœuré, président de l’Autorité de la concurrence

Le canard gras, principal point de friction

Le cœur du dossier se joue sur le canard gras — foie gras et magret en tête —, un marché où le nouvel ensemble aurait occupé une position clé, en particulier dans le Sud-Ouest. L’Autorité a jugé que ce poids risquait de se traduire par des hausses de prix pour les consommateurs, que ce soit dans les rayons de la grande distribution ou dans la restauration.

Pour lever ce risque, les parties se sont engagées à transférer à des concurrents une capacité de production d’au moins 2 millions de canards gras d’ici au 17 juillet 2031. Concrètement, Euralis et Maïsadour ont cédé Canadour, société active dans la production de canards gras, ainsi que la marque Sarrade, bien connue de la restauration. Ils se sont en outre engagés à faciliter le rachat, par des concurrents, d’exploitations d’éleveurs adhérents : levée des obstacles juridiques à ce transfert, aide à la réorientation, et information des concurrents sur les éleveurs proches de la retraite ou en fin de contrat.

Silos et nutrition animale : les autres cessions imposées

Au-delà du canard, l’Autorité a identifié deux autres foyers de préoccupation, cette fois du côté des agriculteurs eux-mêmes. Pour la collecte des céréales, oléagineux et protéagineux, le régulateur a craint que des exploitants ne se retrouvent sans débouché alternatif sur certains marchés locaux. Les parties devront donc céder 12 infrastructures de collecte — silos ou plateformes — à des concurrents agréés, et garantir aux adhérents proches de ces sites la possibilité d’y livrer leur récolte.

Troisième volet, la nutrition animale : pour préserver les alternatives d’approvisionnement en aliments pour le bétail, Maïsadour s’est engagé à vendre son usine de Pomarez, dans les Landes, à un concurrent agréé. L’ensemble de ces engagements sera placé sous la surveillance d’un ou plusieurs mandataires indépendants, l’Autorité annonçant une vigilance particulière, sur cinq ans, quant au transfert effectif de capacités de production vers les concurrents. Le mariage peut désormais se poursuivre, mais sous étroite surveillance.

Les trois séries d’engagements en un coup d’œil

Marché concerné Risque identifié Engagement
Canard gras (foie gras, magret) Hausse de prix pour le consommateur Transfert d’au moins 2 M de canards d’ici 2031 ; cession de Canadour et de la marque Sarrade
Collecte céréales / oléo-protéagineux Agriculteurs sans débouché local Cession de 12 silos ou plateformes de collecte
Nutrition animale Perte d’alternative d’approvisionnement Vente de l’usine Maïsadour de Pomarez (Landes)

Source : Autorité de la concurrence, décision 26-DCC-155 du 17 juillet 2026.

L’essentiel à retenir

L’Autorité de la concurrence a autorisé le 17 juillet 2026 la fusion des coopératives Euralis (Pyrénées-Atlantiques) et Maïsadour (Landes), sous réserve de trois séries d’engagements. Le nouvel ensemble devra transférer au moins 2 millions de canards gras à des concurrents d’ici 2031, céder 12 silos de collecte et l’usine de nutrition animale de Pomarez. Objectif du régulateur : laisser deux géants du Sud-Ouest se rapprocher sans faire flamber les prix du foie gras ni priver les agriculteurs de débouchés. La mise en œuvre sera surveillée pendant cinq ans.

 

FAQ — La fusion Euralis-Maïsadour

Qui sont Euralis et Maïsadour ?

Ce sont deux grands groupes coopératifs agricoles du Sud-Ouest de la France. Euralis, basé à Lescar (Pyrénées-Atlantiques), réunit environ 5 300 agriculteurs adhérents ; Maïsadour, basé à Haut-Mauco (Landes), en fédère quelque 5 000. Tous deux sont notamment actifs dans le canard gras et les grandes cultures.

Pourquoi la fusion est-elle soumise à conditions ?

Parce que le rapprochement de ces deux concurrents directs aurait donné au nouvel ensemble une position clé, en particulier sur le canard gras, faisant craindre des hausses de prix pour les consommateurs et une perte de débouchés pour les agriculteurs sur certains marchés locaux.

Quels sont les principaux engagements pris ?

Le transfert d’au moins 2 millions de canards gras à des concurrents d’ici le 17 juillet 2031 (avec la cession de Canadour et de la marque Sarrade), la cession de 12 infrastructures de collecte de céréales et oléoprotéagineux, et la vente par Maïsadour de son usine de nutrition animale de Pomarez.