Cadmium dans les engrais : le gouvernement divise le plafond par plus de trois d’ici 2030

Huit ans plus tôt que prévu. Face à la surexposition des Français à ce métal lourd, le gouvernement accélère la baisse du cadmium autorisé dans les engrais phosphatés, au risque de bousculer toute la filière des fertilisants.

Tracteur épandant de l'engrais dans un champ de céréales

Cadmium dans les engrais : un plafond divisé par plus de trois d’ici 2030

Le gouvernement a tranché. Vendredi 2 octobre 2026, le ministère de l’Agriculture a annoncé que la teneur maximale en cadmium autorisée dans les engrais phosphatés serait ramenée à 20 milligrammes par kilogramme au 1er janvier 2030, contre 90 mg/kg aujourd’hui en France. Précision technique utile : le seuil s’exprime en milligrammes de cadmium par kilogramme d’anhydride phosphorique (P2O5), c’est-à-dire rapporté à la teneur en phosphore de l’engrais.

Le cadmium est un métal lourd naturellement présent dans certaines roches phosphatées utilisées pour fabriquer ces engrais. Selon le gouvernement, il pose un enjeu sanitaire particulier en raison de sa toxicité et de sa capacité à s’accumuler durablement dans les sols, puis à passer dans certaines cultures. Une exposition prolongée peut avoir des effets sur les reins et les os.

Un calendrier en trois marches, plus rapide que prévu

La baisse sera progressive. Le gouvernement a publié le même jour plusieurs textes réglementaires sur les matières fertilisantes, dont un arrêté fixant la trajectoire de réduction du cadmium :

Échéance Teneur maximale en cadmium (mg/kg de P2O5) Commentaire
Aujourd’hui 90 Seuil français actuel
1er janvier 2027 60 Alignement sur le règlement européen (UE) 2019/1009
1er janvier 2028 40 Étape intermédiaire
1er janvier 2030 20 Cible recommandée par l’Anses

Ce calendrier est nettement plus serré que celui du projet initial. Le texte soumis à consultation publique du 26 mai au 30 juin 2026 ne prévoyait d’atteindre les 20 mg/kg qu’au plus tard en 2038. Le gouvernement explique avoir tenu compte des nombreuses contributions citoyennes qui réclamaient une accélération.

En parallèle, un arrêté plafonne à partir de 2027 les apports de cadmium issus des engrais minéraux à 3 grammes par hectare et par an. L’Anses, l’agence nationale de sécurité sanitaire, recommande d’aller jusqu’à 2 grammes.

Une réponse à la surexposition alimentaire au cadmium

Le durcissement intervient quelques mois après une alerte sanitaire. En mars 2026, l’Anses avait confirmé une surexposition de la population française au cadmium par l’alimentation et appelé à agir à la source, c’est-à-dire sur la contamination des sols. L’agence classe la substance comme cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction.

Le cadmium apporté aujourd’hui par les engrais s’accumule dans les sols agricoles pour des décennies : c’est à la source que se joue l’essentiel.

La logique est simple : le cadmium épandu avec les engrais ne disparaît pas. Il s’accumule dans les terres agricoles, puis remonte dans la chaîne alimentaire via certaines cultures. Réduire la teneur des engrais revient donc à agir sur l’exposition des consommateurs à long terme.

Engrais phosphatés : quel impact pour la filière agricole ?

Pour les fabricants et distributeurs d’engrais phosphatés, la nouvelle trajectoire impose de mettre sur le marché, en quelques années, des produits nettement moins chargés en cadmium, alors que ce métal provient des roches phosphatées elles-mêmes. Le gouvernement s’est d’ailleurs ménagé une marge de manœuvre : selon son communiqué, le calendrier pourra être adapté sur la base de rapports des inspections générales, qui tiendront compte des données technologiques, des facteurs socio-économiques et de la sécurité d’approvisionnement en matières fertilisantes.

L’approvisionnement en engrais est un sujet déjà suivi de près à Bruxelles, comme l’a montré au printemps le plan européen consacré aux engrais et aux agriculteurs. Le défi sera de concilier exigence sanitaire et disponibilité de produits à un prix acceptable.

Un cadre élargi à tous les fertilisants, y compris recyclés

La réforme ne se limite pas au cadmium. Pris en application de la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC) de février 2020, un décret et deux arrêtés publiés le 2 octobre instaurent un cadre commun de sécurité pour l’ensemble des fertilisants : engrais minéraux, organiques, mais aussi matières issues du recyclage comme certaines boues traitées.

Ces textes fixent des seuils de concentration par type de contaminant (métaux comme le chrome ou le cadmium, composés organiques comme les PCB ou les dioxines, plastiques, verre, micro-organismes pathogènes) ainsi que les quantités maximales pouvant être apportées aux sols. L’objectif affiché est de poursuivre le développement des filières de recyclage tout en garantissant la qualité des sols agricoles.

L’essentiel à retenir

La teneur maximale en cadmium des engrais phosphatés passera de 90 à 20 mg/kg de P2O5 d’ici le 1er janvier 2030, avec des paliers à 60 mg en 2027 et 40 mg en 2028. Le calendrier est accéléré de huit ans par rapport au projet initial, qui visait 2038. Le gouvernement se réserve toutefois la possibilité de l’ajuster selon la sécurité d’approvisionnement de la filière.

 

FAQ

Quel sera le taux maximal de cadmium dans les engrais en 2030 ?

20 milligrammes de cadmium par kilogramme d’anhydride phosphorique au 1er janvier 2030, contre 90 mg/kg actuellement en France.

Quelles sont les étapes intermédiaires ?

60 mg/kg au 1er janvier 2027, en ligne avec le règlement européen 2019/1009, puis 40 mg/kg au 1er janvier 2028.

Pourquoi le cadmium dans les engrais pose-t-il problème ?

Ce métal lourd toxique s’accumule dans les sols et passe dans certaines cultures. L’Anses a confirmé en mars 2026 une surexposition de la population française au cadmium par l’alimentation.

Le calendrier peut-il encore changer ?

Oui. Selon le gouvernement, il pourra être adapté sur la base de rapports des inspections générales tenant compte notamment de la sécurité d’approvisionnement en matières fertilisantes.