Tesla FSD en Europe : une ONG belge documente des excès de vitesse répétés en zone 30

Quatre cents kilomètres d'essais, trois jours de juillet, une caméra embarquée. Le verdict d'une petite association belge tombe au plus mauvais moment pour Tesla : à moins de deux semaines d'un vote européen qui doit décider du sort de son système de conduite assistée sur tout le continent.

Voiture électrique et cycliste dans une rue résidentielle de Bruxelles

Quatre cents kilomètres d’essais, trois jours de juillet, une caméra embarquée. Le verdict d’une petite association belge tombe au plus mauvais moment pour Tesla : à moins de deux semaines d’un vote européen qui doit décider du sort de son système de conduite assistée sur tout le continent.

Sommaire

 

Tesla FSD en Europe : ce que l’ONG belge a mesuré sur 400 kilomètres

L’association belge Johanna.be, qui milite pour la sécurité des piétons et des cyclistes, a pris le volant d’une Tesla équipée du Full Self-Driving (FSD) pendant trois jours en juillet, sur environ 400 kilomètres. Son rapport, transmis cette semaine au ministère flamand des Transports et au régulateur néerlandais RDW, conclut à des dépassements répétés des limitations de vitesse dans les zones les plus protégées du réseau urbain : celles à 20 et 30 km/h.

Le chiffre le plus parlant concerne l’agglomération bruxelloise. Sur la majorité des tronçons limités à 30 km/h parcourus par les testeurs, le véhicule piloté par le FSD a roulé à 44 km/h en moyenne. Ce n’est pas un pic ponctuel de quelques secondes dans une descente : c’est une vitesse de croisière, maintenue sur la durée, dans des rues où la limitation a précisément été abaissée pour réduire la gravité des collisions avec les usagers vulnérables.

L’ONG ne s’arrête pas au constat. Elle demande formellement aux deux autorités destinataires de réexaminer les agréments qu’elles ont accordés au système. Contactés par Reuters, ni Tesla ni le RDW n’ont répondu.

Un affichage de vitesse qui trompe le conducteur

Le second grief du rapport est plus insidieux que le premier, et sans doute plus embarrassant. Les testeurs ont constaté que l’écran de bord reconnaissait bien les panneaux de limitation à 30 km/h plantés au bord de la chaussée — la détection visuelle fonctionne — mais qu’il affichait ensuite au conducteur une limitation erronée de 50 km/h.

Autrement dit, le système ne se contente pas de rouler trop vite : il indique à l’automobiliste que cette vitesse est légale. Le rapport file la comparaison avec un passager qui répéterait au conducteur que la limitation est de 50 km/h dans presque chaque zone 30 traversée. La nuance est juridiquement décisive. Le FSD est commercialisé comme une aide à la conduite supervisée, dont la responsabilité reste entière entre les mains du conducteur — mais une supervision correcte suppose que l’interface homme-machine dise la vérité sur le cadre légal en vigueur.

Quarante-quatre kilomètres-heure de moyenne là où la loi en impose trente : ce n’est pas une dérive marginale, c’est un régime de croisière.

Les cyclistes, angle mort du système

Les vidéos collectées par Johanna.be documentent un troisième comportement problématique : des tentatives de dépassement de cyclistes dans des rues cyclables, ces voies où la réglementation belge interdit précisément aux voitures de doubler les vélos. Le cas illustre la difficulté centrale de l’homologation européenne : une règle de circulation qui n’existe ni aux États-Unis ni dans la plupart des États membres doit pourtant être respectée dès que le véhicule franchit la frontière.

À décharge, le rapport ne charge pas le système sur toute la ligne. Il relève que la Tesla s’est comportée de façon prudente et courtoise à l’approche des piétons et des cyclistes, cédant souvent le passage de manière anticipée. Mais l’association tranche : ces bénéfices ne compensent pas les manquements documentés aux limitations de vitesse et aux règles des rues cyclables.

Le Conseil européen pour la sécurité des transports (ETSC) avait déjà soulevé la même interrogation de fond : un système entraîné sur un corpus largement américain peut-il se conformer à des codes de la route qui varient d’un pays européen à l’autre ?

Homologation du Tesla FSD en Europe : la cascade des agréments nationaux

Le montage réglementaire mérite d’être expliqué, car il explique l’embarras actuel. Le RDW néerlandais a délivré en avril 2026 une homologation européenne provisoire du FSD. Chaque État membre reste ensuite libre de la reconnaître — ou non — sur son territoire. Sept l’ont fait à ce jour : les Pays-Bas, la Lituanie, l’Estonie, le Danemark, la Belgique, la Slovénie et, en dernier lieu, la République tchèque, dont le ministère des Transports a signé sa reconnaissance le 21 septembre 2026 après avoir exprimé des réserves de sécurité.

Pays Autorité Décision Date
Pays-Bas RDW Homologation européenne provisoire Avril 2026
Belgique Ministère flamand des Transports Reconnaissance nationale Mai 2026
Danemark, Estonie, Lituanie, Slovénie Autorités nationales Reconnaissance nationale 2026
République tchèque Ministère des Transports Reconnaissance après réserves initiales 21 septembre 2026
Union européenne Comité technique véhicules à moteur (TCMV) Vote sur l’homologation valable dans toute l’UE 6 octobre 2026

Plusieurs États membres, la Suède en tête, ont publiquement fait part de leurs inquiétudes sur la capacité du FSD à respecter les limitations. Les pays qui ont donné leur feu vert s’abritent, eux, derrière le même argument : le conducteur demeure responsable du respect du code de la route. Cette architecture de responsabilité, déjà au cœur du retard européen sur le robotaxi face à la Chine, est précisément ce que le rapport belge vient fragiliser.

Le vote européen du 6 octobre sous pression

Le rendez-vous décisif porte un nom peu médiatique : le comité technique véhicules à moteur (TCMV), l’instance où siègent les experts des États membres. Une réunion est attendue le 6 octobre 2026, avec à l’ordre du jour un vote sur l’homologation du « FSD Supervised » à l’échelle de l’Union. En cas de majorité qualifiée favorable, la Commission européenne adopterait un acte d’exécution autorisant le RDW néerlandais à délivrer une réception par type valable dans les vingt-sept. Le patchwork actuel disparaîtrait d’un coup.

Le ministère flamand des Transports, qui a délivré l’autorisation belge, défend sa décision. Son porte-parole Xavier Lesenne décrit le FSD comme « un système apprenant qui traite en continu des informations nouvelles et supplémentaires » et qui s’adapte avec le temps. Il rappelle que le conducteur « reste responsable à 100 % » et doit être prêt à reprendre la main « si le système commet une erreur ou n’applique pas correctement une règle de circulation ». Selon lui, les données transmises par Tesla montrent que la technologie « recèle un potentiel significatif de prévention des accidents dès aujourd’hui ».

Tesla, de son côté, a publié plus tôt ce mois-ci une étude concluant que ses véhicules équipés du FSD ne commettent pas d’excès de vitesse importants et circulent à une allure alignée sur le trafic environnant. L’argument a sa logique sur autoroute et en rase campagne. Il est nettement plus fragile en zone 30, où l’objectif réglementaire est justement de rouler moins vite que le flux perçu comme naturel.

L’essentiel à retenir

Une ONG belge a mesuré 44 km/h de moyenne en zone 30 autour de Bruxelles lors d’un test de 400 km du Tesla FSD, avec un affichage erroné de la limitation à 50 km/h. Elle demande au ministère flamand et au RDW néerlandais de réexaminer leurs agréments. L’échéance décisive est le vote du comité technique véhicules à moteur le 6 octobre 2026 : une majorité qualifiée ouvrirait la voie à une homologation valable dans les vingt-sept, là où sept États membres seulement reconnaissent aujourd’hui l’agrément provisoire néerlandais. Les constructeurs et les équipementiers européens ont un intérêt direct au niveau d’exigence qui sera retenu.

 

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le Tesla FSD exactement ?

Le Full Self-Driving (supervisé) est une fonction d’aide à la conduite qui exécute la plupart des tâches de conduite, mais qui exige du conducteur une attention permanente. Il ne s’agit pas d’un véhicule autonome au sens réglementaire : la responsabilité juridique reste celle du conducteur.

Que reproche l’ONG belge au Tesla FSD en Europe ?

Trois choses : des dépassements fréquents des limitations dans les zones à 20 et 30 km/h, un affichage erroné de la limitation sur l’écran de bord (50 km/h au lieu de 30), et des tentatives de dépassement de cyclistes dans des rues cyclables où la manœuvre est interdite.

Dans quels pays européens le FSD est-il autorisé ?

Le régulateur néerlandais RDW a délivré une homologation européenne provisoire en avril 2026. Sept États membres la reconnaissent à ce jour : Pays-Bas, Lituanie, Estonie, Danemark, Belgique, Slovénie et République tchèque (21 septembre 2026). Plusieurs autres, dont la Suède, ont exprimé des réserves.

Que se passe-t-il le 6 octobre 2026 ?

Le comité technique véhicules à moteur (TCMV), où siègent les experts des États membres, doit se réunir et voter sur l’homologation du FSD Supervised à l’échelle de l’Union. En cas de majorité qualifiée favorable, la Commission adopterait un acte d’exécution autorisant le RDW néerlandais à délivrer une réception par type valable dans les vingt-sept.

Que répondent Tesla et les autorités belges ?

Tesla a publié en septembre 2026 une étude concluant que ses véhicules équipés du FSD roulent à une vitesse alignée sur le trafic environnant, sans excès importants. Le ministère flamand des Transports rappelle que le conducteur reste responsable à 100 % et décrit le FSD comme un système apprenant qui s’améliore avec le temps. Tesla et le RDW n’ont pas répondu aux sollicitations de Reuters.